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Donald Trump surfe sur la "xénophobie latente" accuse Wole Soyinka


Wole Soyinka, lauréat du prix Nobel, au Festival du Livre et des Arts de Lagos, le 15 novembre 2014.

Le président américain Donald Trump a exploité la "xénophobie latente" pour accéder à la Maison Blanche, affirme à l'AFP l'écrivain nigérian Wole Soyinka, en dénonçant la construction de murs - "surtout dans les esprits" - partout dans le monde.

Donald Trump est "arrivé au pouvoir grâce aux a priori des autres", juge le prix Nobel de littérature 1986, rencontré par l'AFP à Paris à l'occasion du Salon du Livre.

"Il a surfé sur la vague de xénophobie latente qui existe dans toutes les sociétés, y compris la mienne", explique l'auteur et poète de 82 ans, qui a rendu sa "carte verte" américaine après la victoire de Trump à la présidentielle en novembre.

"Lorsque je vois ce genre de conduite pour accèder au pouvoir, je suis révolté", ajoute-t-il.

"Pour moi, un des moments les plus difficiles a été de voir des centaines de milliers de personnes véritablement applaudir lorsque (Trump) évoquait ces sentiments", durant la campagne électorale.

"Je suis contre l'érection de murs, particulièrement dans les esprits des gens", poursuit ce noble vieillard à la large crinière blanche : "je n'ai jamais caché mes opinions sur ce sujet, que ce soit au Nigeria ou ailleurs".

Wole Soyinka n'a pas oublié lorsqu'en 1983, frappé par une sévère chute des cours du pétrole, le gouvernement nigérian "a décidé d'expulser les étrangers pour cacher ses problèmes". Quelque deux millions d'étrangers en situation irrégulière, surtout venus du Ghana voisin, ont eu quelques semaines pour quitter le Nigeria.

"On voyait des cohortes de réfugiés qui embarquaient dans des camions bringuebalants pour retourner dans leur pays", se souvient l'écrivain.

C'est depuis cet épisode que le sac en toile de jute utilisé par tous les migrants africains est désormais appelé le sac "Ghana must Go", "le Ghana doit partir", rappelle-t-il.

- 'Biafrexit' -

Il n'a pas oublié non plus son engagement en faveur du Biafra, dont la tentative de sécession a provoqué une sanglante guerre civile de 1967 à 1970 et a valu à Wole Soyinka deux ans de prison pour des accusations d'espionnage.

"Ce n'est pas la situation immobilière qui définit une nation ou un peuple, non, c'est bien plutôt une histoire et une culture", estime-t-il en défendant le droit des peuples à "s'assumer en tant que peuple distinct même à l'intérieur d'une zone politico-géographique plus large", partout dans le monde.

"Le vrai crime c'est qu'à l'intérieur d'une entité artificielle comme le Nigeria, on a des Etats qui ont été créés mais ne sont pas viables", ajoute-t-il.

Le sentiment séparatiste au Biafra a refait surface notamment avec l'arrestation en octobre 2015 de Nnamdi Kanu, le leader du mouvement Peuple indigène du Biafra (Ipob), qui a déclenché une vague de violences qui a fait, selon Amnesty international, quelque 150 morts en 2016.

"Je ne peux pas accepter l'idée que des gens aient le droit de tuer d'autres gens, uniquement parce qu'ils veulent affirmer leur identité", assure Wole Soyinka. "Ça ne coûte rien de reconnaitre cette identité".

Après avoir soutenu Trump en espérant qu'il soutiendrait leur mouvement d'indépendance, les partisans de l'Ipob travaillent désormais à un "Biafrexit" qu'ils espèrent sur le modèle du retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne.

Enfin, l'écrivain nigérian n'a pas manqué d'aborder le sujet dont tout le monde parle au Nigeria : la santé du président Muhammadu Buhari, 74 ans, récemment rentré d'un "séjour médical" de deux mois en Grande-Bretagne.

"Il est malade, il n'y a aucun doute là-dessus, et j'aimerais quand même que, par respect pour le peuple, les gens qui sont à des postes de responsabilité soient honnêtes à ce sujet".

"La maladie fait partie de notre existence...je ne comprends pas pourquoi Buhari et son entourage font tant de mystère à ce sujet", regrette l'écrivain.

Avec AFP

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