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Nigeria : les agriculteurs appellent l'ONU à l'aide dans le nord-est ravagé par Boko Haram


Un agriculteur laboure la terre dans le village de Saulawa, à la périphérie de Kaduna, au nord-centre du Nigeria, le 15 mai 2013

Des agriculteurs affectés par l'insurrection de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria ont appelé les Nations unies à l'aide pour lutter contre la crise alimentaire, à l'occasion d'une visite du patron de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

"Si vous pouvez nous aider avec des forages, des puits, des engrais, des pesticides et de l'argent ainsi que des graines, nous allons cultiver assez de nourriture pour nous nourrir", a déclaré vendredi Ali Kawu, un producteur de légumes, à José Graziano Da Silva.

"Nous croyons que si nous augmentons la production, nous aurons une récolte accrue et un meilleur prix", a-t-il ajouté durant la visite du responsable onusien dans les champs irrigués de Gongolon, en périphérie de Maiduguri, capitale de l'Etat du Borno, épicentre des violences depuis le début du conflit avec les islamistes armés en 2009.

M. Da Silva a profité de cette visite de 24 heures pour dévoiler un plan d'aide de 62 millions de dollars (58,5 millions d'euros) sur trois ans pour lutter contre la crise humanitaire dans le nord-est du Nigeria où près de dix millions de personnes ont besoin d'une aide alimentaire, selon l'ONU.

Les agriculteurs ont perdu trois saisons de récoltes successives à cause du conflit avec Boko Haram qui a fait au total plus de 20.000 morts et quelque 2,6 millions de déplacés.

"Avec une assistance adéquate, en deux ans nous avons la capacité d'inverser les pertes subies au cours des trois dernières années", a assuré un producteur de tomates, Habib Bukar.

"Nous avons la terre et la main-d'oeuvre pour la cultiver. Nous faisons de bonnes récoltes et, avec de l'aide, nous allons nous agrandir davantage", a-t-il dit, balayant du regard ses terres où des centaines de femmes récoltaient des tomates mûres.

La FAO prévoit d'aider 1,9 million d'agriculteurs dans les trois Etats du nord-est les plus touchés par les violences - Borno, Adamawa et Yobe - pour faciliter l'accès aux intrants agricoles (semences, engrais et pesticides) pour la saison des semis qui commence dans trois semaines.

L'organisation a déjà récolté 10 millions de dollars pour aider la moitié des agriculteurs ciblés, mais il sera difficile de trouver le reste des fonds à temps, selon M. Da Silva.

- Rentrer chez soi -

La population de Gongolon a explosé en quelques années, passant de 2.000 personnes à environ 45.000 avec l'afflux de déplacés par le conflit.

Ibrahim Mammadu, un agriculteur de 35 ans venu de la région de Mata, espère faire partie du programme d'assistance de la FAO pour lancer ses propres cultures et vendre ses récoltes.

Avant de fuir son village pour échapper aux raids sanglants des islamistes, Ibrahim possédait une ferme produisant au moins 30 sacs de riz par récolte annuelle.

Il travaille désormais comme main-d'oeuvre sur le champ de tomates de Habib Bukar pour un salaire mensuel de 5.000 nairas (14 euros), à peine de quoi nourrir sa femme et ses trois enfants pendant une semaine.

Avec un peu d'argent et des intrants agricoles, dit-il, il pourra créer sa ferme et embaucher de la main-d'oeuvre.

"C'est la seule façon de sortir de la dépendance et de la pauvreté parce que l'agriculture est tout ce que je connais".

Selon la FAO, 3,6 millions de personnes seront touchées par la crise alimentaire dans l'État du Borno d'ici août, soit près du double de l'année dernière.

L'armée nigériane a chassé Boko Haram de la plupart des territoires dont les islamistes s'étaient emparés, mais rentrer chez soi représente un défi, beaucoup d'agriculteurs ayant vendu tous leurs biens pour survivre: semences, outils agricoles et bétail.

Il leur faudra souvent recommencer à zéro, c'est pourquoi l'aide humanitaire sera indispensable dans un premier temps, a déclaré aux journalistes José Graziano Da Silva.

"L'objectif est de leur permettre de cultiver leurs terres lorsqu'ils se sentiront en sécurité", a-t-il déclaré. Mais déjà, assure-t-il optimiste, "plus de zones ont été libérées et plus d'agriculteurs rentrent chez eux".

Avec AFP

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