Liens d'accessibilité

Nigeria : le gouvernement accusé de vouloir profiter politiquement du retour de la rescapée de Chibok


Le Président du Nigeria, Muhammadu Buhari, reçoit Amina Ali, la première rescapée de Chibok au palais présidentiel à Abuja, Nigeria, 19 mai 2016.

Le Président du Nigeria, Muhammadu Buhari, reçoit Amina Ali, la première rescapée de Chibok au palais présidentiel à Abuja, Nigeria, 19 mai 2016.

Plusieurs représentants de la société civile au Nigeria ont accusé vendredi le gouvernement d'exploiter à des fins politiques la récente découverte d'une rescapée de Chibok, qui avait été enlevée il y a plus de deux ans par Boko Haram.

Amina Ali a été découverte mardi avec son bébé de quatre mois et un homme qu'elle présente comme son mari dans la forêt de Sambisa, un bastion du groupe islamiste Boko Haram, dans le nord-est du Nigeria, par des soldats et des miliciens d'autodéfense.

La jeune femme, âgée de 19 ans, a été transportée jeudi avec sa mère et son bébé à Abuja, la capitale, par avion, pour y rencontrer le président nigérian Muhammadu Buhari. Les deux femmes, qui se sont couverts la tête d'une écharpe pour tenter d'échapper aux médias, ont ensuite été largement photographiées avec le président.

M. Buhari a pris ses fonctions il y a un an. Il a fait de la lutte contre l'insurrection islamiste, qui a fait plus de 20.000 morts depuis 2009, une des grandes priorités de son mandat.

Pour Mausi Segun, chercheur pour Human Rights Watch (HWR) au Nigeria, les premiers jours de liberté d'Amina Ali auraient dû être consacrés à sa santé mentale et à celle de sa fille, "avant qu'on ne se mette à faire tourner les caméras et qu'on tire des bénéfices politiques de sa découverte".

Tsambido Hosea Abana, qui dirige une communauté de personnes originaires de Chibok à Abuja, a lui aussi accusé le gouvernement de "traiter Amina comme un objet", dans un communiqué paru jeudi.

"Il s'agit d'une jeune femme traumatisée, qui a besoin de soins dans l'immédiat et pas de tout ce cirque médiatique", a-t-il poursuivi.

En tout, elles étaient 276 à avoir été capturées par les islamistes dans le lycée public pour filles de cette petite ville du nord-est, le 14 avril 2014. Mais 57 d'entre elles avaient réussi à prendre la fuite peu après le drame. Depuis la découverte d'Amina, 218 jeunes filles sont toujours portées disparues.

Depuis 2009, Boko Haram est tenu responsable de l'enlèvement de plusieurs milliers de femmes et de filles, transformées en esclaves sexuelles et domestiques, et parfois même forcées à combattre, ou à mener des attentats suicide.

M. Buhari a affirmé de son côté qu'Amina Ali avait déjà subi de nombreux tests médicaux, et promis qu'elle recevrait "les meilleurs soins que le gouvernement nigérian peut lui fournir".

Mais les ONG dénoncent fréquemment le manque de soutien médical et psychologique apporté à ces ex-otages souvent rejetées à leur retour dans leur communauté.

Des experts de l'ONU avaient souligné en janvier "un besoin urgent et pressant de mesures concrètes pour assister ces femmes et ces enfants stigmatisés, ostracisés et rejetés" par une société généralement très conservatrice.

Avec AFP

XS
SM
MD
LG