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Au Niger, la peur gagne les camps de réfugiés maliens après les attaques djihadistes


Lutte contre le terrorisme: les Etats Unis d'Amérique appuient le Niger dans le cadre du contrôle de ses frontières, à Mainé Soroa dans la région de Diffa, au Niger, le 5 septembre 2016. (VOA/Abdoul-Razak IDRISSA)

Lutte contre le terrorisme: les Etats Unis d'Amérique appuient le Niger dans le cadre du contrôle de ses frontières, à Mainé Soroa dans la région de Diffa, au Niger, le 5 septembre 2016. (VOA/Abdoul-Razak IDRISSA)

"Rentrer au Mali ou rester au Niger? dans les deux cas la mort peut être au rendez-vous", juge Alhousseïni Mahamadou, un réfugié du camp de Tazalit où la peur est désormais omniprésente depuis le massacre au début du mois de 22 militaires nigériens.

L'attaque du 7 octobre a marqué les 3.900 réfugiés du camp onusien situé dans la région de Tahoua, à quelque 400 km au nord-ouest de Niamey.

"Certains (soldats tués) ont reçu des coups de grâce dans la tête", a confié une source militaire à l'AFP. Les trois hangars militaires ont été pillés par des djihadistes présumés venu du Mali, qui ont emporté vivres et armes.

Ce raid allonge la liste des camps de réfugiés maliens attaqués par des groupes djihadistes présumés depuis deux ans au Niger.

Mi-septembre, au moins deux civils ont été tués et plusieurs autres blessés près d'Ayorou (ouest). En octobre 2014, neuf membres des forces de sécurité ont été tués et deux réfugiés blessés dans une attaque similaire dans un camp de Mangaize où vivent 6.000 Maliens.

"Hier c'était la faim et la soif, aujourd'hui nous sommes traqués par la peur", explique Alhousseini, le visage dissimulé sous un turban gris.

"Peur surtout pour nos enfants", murmure Agaïchatou, une mère de cinq filles. Si "ceux qui assurent notre sécurité sont tués, un jour ce sera notre tour", redoute-t-elle.

Bocar Mahamadou réparait sa tente endommagée par un vent violent quand les premières rafales ont été tirées vers 14 heures .

"On s'est dit : ça y est, ils sont venus pour nous exterminer tous", raconte-t-il.

'No-man's land'

Selon l'ONU, plus de 60.000 réfugiés vivent au Niger dans des camps proches du Mali, dont ils avaient fui le Nord tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes djihadistes liés à Al-Qaïda.

"Partout, ils font part de leurs craintes d'être attaqués", affirme à l'AFP un membre du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Des opérations de rapatriement "volontaire" sont en cours, et "il y a très peu de candidats", regrette cet humanitaire.

"Rentrer ? avec ce qui se passe au Mali ? jamais !", tranche Aminta, une septuagénaire originaire de la ville d'Adramboucar.

"Nos frères maliens" ont "trouvé ici un havre de paix" mais "la peur les a rattrapés", compatit Ousmane Almoustpaha, un habitant de Tazalit.

En visite à Tazalit pour "évaluer la situation sécuritaire", le ministre nigérien de l'Intérieur Mohamed Bazoum a promis "une meilleur sécurisation" de la zone, devenue "une porte d'entrée pour les terroristes".

"Nous sommes debout et jamais nous ne faillirons à notre devoir de les protéger", a déclaré le ministre devant un millier de réfugiés. Il a notamment annoncé le retour dans cette zone de la Force militaire spéciale envoyée en renfort en juin à Bosso (sud-est) où une attaque du groupe islamiste nigérian Boko Haram a fait 26 morts parmi les militaires.

Mohamed Bazoum, un homme clé du régime nigérien, s'est ensuite recueilli sur les tombes des soldats tués à 45 kilomètres de là.

Le nord de la région de Tahoua, proche de l'Algérie et du Mali, est l'une des zones les plus instables du Niger où l'armée est souvent ciblée. Le 14 octobre Jeffrey Woodke, un humanitaire américain y a été enlevé et emmené au Mali, selon les autorités nigériennes.

Pour un colonel nigérien sous couvert de l'anonymat, les "narco-trafiquants" qui "règnent" dans la zone veulent créer "un no man's land".

Vaste zone désertique, très peu surveillée, la région forme un corridor de passage pour les narco-trafiquants, entre notamment la Libye et le Mali, qui disposent de relais au Niger. La région de Tahoua est voisine de celle d'Agadez (nord) proche de la Libye. Rapts, vols de véhicules, trafic de cigarettes et migrants clandestins, y sont courant.

"Il faut une forte présence militaire" et "plus de moyens aériens et terrestres", confie le militaire.

D'autant que "le Niger est un verrou. S'il saute, c'est la boite de Pandore", met en garde un expert onusien.

"Régler le problème de la sécurité au Mali, c'est également régler le problème de la sécurité au Niger", avait déclaré le président nigérien Mahamadou Issoufou le 10 octobre lors d'une visite de la chancelière allemande Angela Merkel.

Le Niger doit également faire face dans le sud-est aux attaques incessantes des islamistes de Boko Haram.

Avec AFP

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