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Cinquième anniversaire de la mort de Mouammar Kadhafi


Le 20 octobre 2011, le dictateur libyen était tué à Syrte par des soldats du Conseil national de la transition (CNT), coalition rebelle née de la vague des protestations liée au ‘Printemps arabe’ qui a pris le pouvoir après sa mort. Celui qui se faisait appeler le "Guide de la révolution" venait d’être capturé et tué, après 42 ans de règne. Quel héritage son pays garde-t-il de lui?

La Libye ne s’est pas encore relevée depuis la chute du colonel Kadhafi. Les affrontements y ont encore lieu. La plupart des factions rebelles ont laissé place au groupe islamique entré dans la danse.

Les tentatives de mettre fin aux combats et de former un gouvernement d’union nationale n’ont pas totalement ramené la paix malgré l’implication de l’ONU. Le gouvernement d’union nationale (GNA) conduit par Fayez al-Sarraj n’est toujours pas accepté par certains caciques du CNT si bien que pour les 5 ans d’anniversaire de l’assassinat les pays voisins réunis au Niger ont appelé à la mise en place d’un véritablement gouvernement qui réunirait toutes les tendances libyennes.

La Libye de l’après Khadafi, grand producteur du pétrole des années 80, est aussi aujourd'hui celle dont l’économie sombre dans une chute sans précédent de sa production ou dans le blocage quasi-total du secteur à cause des affrontements autour des zones pétrolières.

Le pays fait face à une hausse des prix sans précédent. La Banque mondiale évoque une "perte considérable du pouvoir d'achat" avec un bond des prix alimentaires de 31% au premier semestre de l'année.

Après 42 ans au pouvoir, le dictateur déchu a laissé derrière lui une infrastructure vétuste, une économie totalement dépendante du pétrole et une main d'œuvre peu qualifiée.

Le pays, déserté par les compagnies étrangères, en paie aujourd'hui le prix et les conflits des dernières années n'ont rien arrangé.

"L'économie libyenne est en train de s'effondrer", s'alarmait récemment la Banque mondiale en dressant un tableau noir des principaux indicateurs du pays.

Au cœur du marasme: l'or noir, qui fournit au pays plus de 95% de ses revenus mais dont la production a été perturbée par les conflits armés qui déchirent le pays depuis trois ans.

Aujourd'hui, les champs pétroliers ne produisent qu'à un cinquième de leurs capacités, soit seulement 335.000 barils par jour en moyenne au premier semestre.

Cette chute de la production, couplée à la baisse drastique des prix du brut depuis 2014, a engendré "une économie engluée dans la récession depuis 2013", selon la Banque mondiale qui prévoit des "niveaux historiques" de déficits publics.

Les pertes cumulées en termes de recettes pétrolières sont estimées à plus de 100 milliards de dollars (91 milliards d'euros) depuis début 2013, selon le directeur de la Compagnie nationale du pétrole (NOC), Moustafa Sanalla.

- Cercle vicieux -

Les revenus du secteur sont tombés à leur plus bas niveau historique, à peine 2,25 milliards de dollars (2,05 milliard d'euros) pendant les sept premiers mois de l'année, toujours selon la Banque mondiale.

Avant la révolution de 2011, la vente du brut rapportait 50 milliards de dollars par an à la Libye, qui produisait alors 1,6 million de barils par jour.

Presque tombée à zéro en 2011, la production de pétrole avait quasiment retrouvé son niveau d'avant-guerre en quelques mois mais elle a rechuté brusquement à partir de 2013 en raison des violences dans la région des terminaux pétroliers, dans le nord-est du pays.

Livre vert aux oubliettes

Dans l’héritage laissé par Mouammar Kadhafi se compte aussi le Livre vert, opuscule sacré et omniprésent pendant plus de trois décennies, mais aujourd’hui devenu un objet tabou dont la possession expose à des représailles.

Publié il y a quarante ans, le texte avait fait office de "Constitution" de 1976 à 2011, façonnant la vie politique, économique et sociale de la "Jamahiriya" (Etat des masses) de Kadhafi.

Omniprésents, les slogans du Livre vert se sont insinués dans la vie des Libyens: dans les maisons, sur les étiquettes et les emballages des marchandises, puisque tout était importé par l'Etat.

Dans les écoles, ils étaient imposés au programme des trois cycles de l'enseignement. Ils ornaient les murs des administrations publiques et figuraient sur les fournitures de bureaux.

Les Libyens tournaient en dérision les slogans du Livre vert, surtout ceux qui étaient d'une évidence palpable mais que leur "Guide de la Révolution" présentait comme des vérités inédites: "La poule pond mais le dinar ne pond pas", "La femme et l'homme sont des êtres humains", "La femme a des menstruations et l'homme n'en a pas".

Aujourd'hui, même si les couleurs ont perdu de leur éclat, les graffitis sur les murs de Tripoli qui longent le front de mer se moquent de Kadhafi et de son "chef d'oeuvre", les illustrant tous les deux dans une benne à ordures, des mouches tourbillonnant autour et une inscription: "Toi et ton livre en enfer".

Avec AFP

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