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Des migrants mineurs ont quitté à leur tour l'ex-"jungle" de Calais


Un bus transportant des migrants quitte la Jungle à Calais le 2 novembre 2016.

Un bus transportant des migrants quitte la Jungle à Calais le 2 novembre 2016.

Les autorités françaises ont transféré mercredi les derniers migrants mineurs restés à Calais (nord) vers d'autres sites où seront examinées leurs demandes d'entrée en Grande-Bretagne, dernière étape du démantèlement de l'immense camp de la "jungle".

Les derniers cars sont partis peu après 15hTU, laissant derrière eux les conteneurs blancs du centre d'accueil provisoire où étaient regroupés 1.616 jeunes rassemblés là dans le cadre de l'opération d'évacuation du vaste bidonville.

Le problème n'est pas reglé, il y a déjà des gens qui sont revenus à Calais.



Pour Franck Esnée, directeur de mission à Calais pour Médécins Sans Frontières, "L'Etat français n'a pas pris la mesure de cette situation alarmante et a montré une vraie politique inhospitalière par rapports aux personnes exilées en France. Le problème n'est pas résolu, il y a au moins 2000 personnes qui sont sont cachés ou qui ont fui, ayant toujours l'espoir de rejoindre la Grande-Bretagne."

Les jeunes migrants devaient rejoindre des centres d'accueil sur l'ensemble du territoire français, où ils attendront de savoir, dans les prochaines semaines, si leur dossier est accepté par les autorités britanniques.

La plupart de ces jeunes continuent en effet de rêver d'Angleterre.

Une tente à Calais juste avant sa destruction.

Une tente à Calais juste avant sa destruction.

"Je suis très content de partir, aujourd'hui, je vais aller dans un autre endroit en France pour quelques jours et après je vais aller en Angleterre ! Enfin... J'espère, ma famille m'attend!" lance Yousseph, un Afghan de 15 ans, en jean et sweat à capuche.

Il reste aussi à transférer 360 à 400 femmes et enfants hébergés dans un ancien centre aéré jouxtant l'ex-"jungle". Le secteur sera alors totalement désert, alors que s'y entassaient encore à la mi-octobre 6.400 à 8.100 personnes selon les comptages.

Des exilés de toutes nationalités -Afghans, Soudanais, Erythréens, notamment- se sont installés là au fil des mois dans l'espoir de gagner l'Angleterre, à une trentaine de km à vol d'oiseau, de l'autre côté de la Manche. Mais l'insalubrité des lieux, la multiplication des problèmes liés aux tentatives de passages clandestins, des tensions dans le camp et le mécontentement des riverains ont poussé les autorités à le démanteler avant l'hiver, à quelques mois de l'échéance de l'élection présidentielle de 2017.

La semaine dernière, environ 4.500 adultes ont été envoyés vers des sites dans toute la France. Les travaux de déblaiement des abris de fortune se sont achevés lundi. Seules ont été épargnées une église et deux mosquées de fortune, érigées par les habitants provisoires de la "jungle".

Pour les autorités, vider rapidement le centre de mineurs répond à un enjeu symbolique - parachever le démantèlement promis du bidonville - et à une question pratique : supprimer un lieu connu au-delà des frontières comme un point de fixation des migrants.

"Il n'y aura pas de réinstallation sur la lande. Elle est évacuée. Elle sera sécurisée. Plus personne ne pourra la rejoindre", a ainsi martelé le président socialiste François Hollande mardi.

- 'Evaporés' -

Pour les plus jeunes, le défi est d'obtenir enfin le sésame tant espéré pour l'Angleterre. En vertu de règles européennes sur le regroupement familial, ceux qui ont de la famille outre-Manche peuvent être autorisés à s'y rendre. D'autres espèrent profiter d'un dispositif britannique sur les migrants "vulnérables".

Depuis la mi-octobre, environ 300 mineurs isolés ont déjà pu partir pour la Grande-Bretagne. Les autres ont accepté de monter à bord des autocars parce que les autorités leur assuraient que leurs dossiers seraient examinés à l'arrivée.

Dans chacun des véhicules se trouvaient deux représentants du Home office (ministère britannique de l'Intérieur), deux accompagnateurs et un interprète, selon les autorités françaises.

Malgré cette coopération, le Comité des Nations unies sur les droits de l'enfant a critiqué mercredi la Grande-Bretagne et la France, jugeant qu'elles n'étaient "pas à la hauteur de leurs obligations en matière des droits de l'enfant".

Saluant malgré tout le transfert des mineurs de Calais, ces experts de l'ONU ont appelé depuis Genève à prendre les décisions pour leur avenir "le plus rapidement possible et d'une manière respectueuse des droits".

Les Britanniques instruiront les dossiers dans des délais très courts et transfèreront les heureux élus dans la foulée, assure-t-on de sources proches de l'opération. Mais que décideront les "recalés" ?

La moitié environ des jeunes transférés la semaine dernière dans le cadre du programme "se sont déjà évaporés", assure Pierre Henry, directeur général de l'association France terre d'asile. "Ils veulent retourner à Calais", poursuit-il, déplorant "une situation inextricable".

Et si cette ville du nord se vide, Paris ne désemplit pas. Environ 2.000 migrants campent à même les trottoirs dans le nord de la capitale, où leur nombre ne cesse de croître. Les autorités promettent de les évacuer d'ici à la fin de la semaine.

Avec AFP

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