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Migrants : la Turquie fait monter les enchères pour aider l'UE à endiguer les flux


Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, au centre, pose avec les dirigeants de l'Union européenne lors d'un sommet UE-Turquie à Bruxelles, le 7 mars 2016.

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, au centre, pose avec les dirigeants de l'Union européenne lors d'un sommet UE-Turquie à Bruxelles, le 7 mars 2016.

Face à des Européens toujours divisés, la Turquie faisait monter les enchères lundi en réclamant 3 milliards d'euros de plus pour s'engager à endiguer l'afflux ininterrompu de migrants vers l'Union européenne, en acceptant des retours massifs.

Pourtant décidés à faire front commun afin d'obtenir que les Turcs respectent leurs promesses, les 28 dirigeants européens ont une nouvelle fois étalé leurs dissensions, lors d'un sommet extraordinaire avec Ankara à Bruxelles.

La Turquie, elle, se montre décidée à faire valoir ses intérêts. "Il y a une nouvelle proposition" turque sur la table, a annoncé un porte-parole turc, en marge d'un "déjeuner de travail" des 28 avec le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu.

Selon un diplomate européen, Ankara serait prêt à accélérer la mise en oeuvre un accord de réadmission, qui prévoyait qu'elle reprenne à partir du 1er juin les migrants "économiques" depuis l'Europe, pour les expulser à son tour vers leurs pays d'origine. La Turquie serait même disposée à aller plus loin.

-Un pour un-

"Ce qui change potentiellement le jeu est l'engagement des Turcs de reprendre non seulement les migrants illégaux mais aussi les réfugiés syriens. Nous avons dit que pour chaque Syrien qu'ils reprendront, nous réinstallerons un Syrien" dans l'UE, en le faisant venir directement, par une voie légale, depuis le territoire turc.

En échange, la Turquie réclame une enveloppe supplémentaire de trois milliards d'euros d'ici 2018, en plus des trois milliards déjà promis par Bruxelles pour favoriser l'accueil et l'intégration des 2,7 millions de réfugiés syriens sur son sol.

Enfin, la Turquie espère obtenir dès juin un régime sans visas pour ses ressortissants, qui devait jusqu'ici s'ouvrir au plus tôt à l'automne, et ouvrir rapidement des négociations sur de nouveaux chapitres d'adhésion à l'UE.

Les 28 et M. Davutoglu doivent se retrouver à dîner pour en discuter, dans un climat crispé par ailleurs par la récente mise sous tutelle du journal turc d'opposition Zaman, critiquée par l'UE.

Ankara avait déjà scellé fin novembre un "plan d'action" avec l'UE pour stopper les migrants quittant par milliers la côte anatolienne à destination de la Grèce, en renforçant notamment la lutte contre les passeurs.

La Turquie et l'UE peuvent compter depuis dimanche sur l'aide de navires de l'Otan en mer Egée, qui surveillent les réseaux de passeurs et peuvent désormais opérer dans les eaux territoriales grecques et turques en "consulation étroite" avec ces deux pays de l'Alliance.

Alors que les tractations avec les Turcs se compliquaient, une querelle a éclaté au sein du bloc européen sur la route migratoire des Balkans, empruntée l'an dernier par plus de 850.000 migrants.

-Route fermée ?-

La déclaration finale du sommet devait mentionner que "cette route est désormais fermée", mais l'Allemagne a fait part de ses fortes réserves pour ne pas entériner les décisions unilatérales de certains pays d'Europe centrale et de l'Est de bloquer leurs frontières pour stopper les arrivées. Une reformulation de la déclaration est en cours.

Du fait de ces restrictions, plus de 30.000 migrants sont aujourd'hui bloqués dans des conditions misérables en Grèce.

Mais "il ne peut s'agir de fermer quoi que ce soit", a lancé la chancelière allemande Angela Merkel, "ce qui importe, c'est que l'on trouve une solution durable avec la Turquie".

La dirigeante allemande a renoncé ces derniers mois à sa politique de porte ouverte aux réfugiés, insistant désormais davantage sur la nécessité d'une frontière gréco-turque plus hermétique et d'une solution européenne coordonnée, avec un soutien massif à la Grèce.

La crise migratoire, qui menace l'existence même de l'UE selon certains, a également remis en cause l'un de ses acquis les plus emblématiques: la libre circulation au sein de l'espace Schengen.

La Commission européenne a donc fixé un cap pour un retour à la normale, en demandant que les contrôles frontaliers à l'intérieur de l'espace Schengen, réintroduits temporairement dans huit pays, disparaissent d'ici la fin de l'année.

Mais cela suppose que les flux se tarissent vraiment, alors que 15.000 à 20.000 migrants continuent d'arriver chaque semaine de Turquie sur les côtes grecques, moins qu'à l'automne, mais en nombre "beaucoup trop élevé", selon les dirigeants européens qui craignent un nouvel afflux au printemps.

De leur côté, les Européens doivent tenir les engagements qu'ils ont pris à 28 pour trouver une solution à la crise, et notamment leur promesse d'accueillir 160.000 demandeurs d'asile devant être répartis depuis l'Italie et la Grèce, alors que seulement 884 l'ont été à ce jour.

Enfin, l'UE doit rapidement débloquer une aide humanitaire inédite de 700 millions d'euros sur trois ans pour ses pays en première ligne, principalement la Grèce.

Avec AFP

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