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Mer de Chine méridionale : Pékin et Washington s'accusent de "provocations"


Le sécrétaire d'État américain John Kerry donne une conférence de presse à Ulaanbataar, Mongolie, le 5 juin 2016.

Le sécrétaire d'État américain John Kerry donne une conférence de presse à Ulaanbataar, Mongolie, le 5 juin 2016.

Pékin et Washington se sont mutuellement accusés de "provocations" dans les contentieux territoriaux en mer de Chine méridionale, où le gouvernement chinois mène d'importantes opérations de remblaiement, au grand dam des pays voisins.

La rhétorique entre les différentes parties à ce litige maritime ne cesse de s'enflammer à mesure qu'approche la décision de la Cour permanente d'arbitrage de la Haye saisie par Manille.

"Les pays extérieurs devraient jouer un rôle constructif à ce sujet, pas l'inverse. La question de la mer de Chine méridionale s'envenime à cause des provocations de certains pays qui poursuivent leurs intérêts égoïstes", a déclaré l'amiral Sun Jianguo lors d'une réunion sur la sécurité à Singapour.

En Mongolie, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a, lui, exhorté "la Chine à ne pas prendre de mesures unilatérales de manière provocatrice".

Pékin revendique la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale, où ses travaux d'infrastructures et de remblaiements sur des îlots contestés provoquent la colère des Etats riverains, le Vietnam, les Philippines, Brunei et la Malaisie.

Mais elle se heurte aussi aux Etats-Unis qui ont répété que la liberté de navigation devait prévaloir dans ces eaux stratégiques pour les échanges mondiaux.

Washington estime que les querelles de souveraineté doivent être réglées par la diplomatie, non par la politique du fait accompli menée par la Chine, et a envoyé des navires de guerre croiser à proximité d'îles contrôlées par Pékin.

"Préjugés de la Guerre froide"

L'amiral Sun s'exprimait dimanche au Shangri-La, réunion annuelle à Singapour des ministres de la Défense de la zone Asie-Pacifique.

Estimant que Pékin risquait d'édifier "une Grande Muraille d'isolement, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter avait averti samedi que la politique chinoise l'exposait à "des actions des Etats-Unis et des pays de la région".

"Nous ne créons pas de problèmes, mais nous n'avons pas non plus peur des problèmes", a répliqué dimanche dans un discours l'amiral à la tête de la délégation chinoise à Singapour.

"La Chine a la sagesse et la patience nécessaires pour résoudre les disputes par les négociations pacifiques. Nous pensons aussi que les autres pays concernés ont la même sagesse et la même patience pour marcher avec la Chine sur le chemin de la paix."

"Les pays qui ne sont pas directement concernés ne sont pas autorisés à saboter pour des profits égoïstes notre chemin de paix", a-t-il averti.

Interrogé lors d'une table ronde, l'amiral a contesté que son pays soit isolé ou risque de l'être.

"En fait, je m'inquiète de ce que certains pays continuent de considérer la Chine avec une mentalité et les préjugés hérités de la Guerre froide", a-t-il dit. "Il se pourrait bien qu'ils érigent un mur dans leur propre esprit et finissent par s'isoler eux-mêmes."

Pékin conteste la légalité de la procédure à la Cour permanente d'arbitrage, qui doit rendre une décision dans les prochaines semaines.

Les relations entre Washington et Pékin s'étaient brutalement tendues en 2013 après que Pékin eut unilatéralement instauré une zone aérienne d'identification sur une grande partie de la mer de Chine orientale, entre la Corée du Sud et Taïwan.

Or une source militaire chinoise a affirmé cette semaine au South China Morning Post que Pékin pourrait déclarer une zone aérienne de défense et d'identification (Adiz) en mer de Chine méridionale.

"Nous considérerions une Adiz au-dessus de portions de la mer de Chine méridionale comme un acte provocateur et déstabilisateur qui ferait automatiquement monter les tensions", a mis en garde John Kerry à Oulan-Bator.

M. Kerry est attendu dans la soirée à Pékin pour le "dialogue stratégique et économique" annuel entre les deux premières puissances mondiales, lundi et mardi, qui devrait être dominé par les contentieux frontaliers.

De son côté, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a estimé dimanche à Singapour que ces différends maritimes concernaient "directement l'Union européenne, et pas seulement à cause de l'intérêt de nos économies à ce que la liberté de circulation maritime soit respectée".

"Dès lors, pourquoi ne pas envisager que les marines européennes se coordonnent de manière à assurer une présence aussi régulière et visible que possible dans les espaces maritimes en Asie?", a-t-il suggéré.

Avec AFP

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