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La méga bombe américaine a tué des dizaines de combattants du groupe Etat islamique


Une vue générale du district d'Achin, à Jalalabad, après que les forces américaines ont largué jeudi la méga bombe, en Afghanistan, le vendredi 14 avril 2017.

La plus puissante bombe américaine non-nucléaire, larguée jeudi dans l'est de l'Afghanistan, a détruit un fief montagneux du groupe Etat islamique et tué au moins 36 de ses combattants, a indiqué vendredi le gouvernement afghan, écartant toute victime civile.

La bombe à effet de souffle massif (MOAB) GBU-43/B, surnommée "mère de toutes les bombes", a touché jeudi soir ce que les autorités afghanes ont décrit comme un réseau de tunnels et de grottes utilisé par l'EI dans le district d'Achin, situé dans la province orientale de Nangarhar frontalière du Pakistan.

C'est la première fois que cette bombe de 9,8 tonnes, d'une puissance explosive comparable à 11 tonnes de TNT, était utilisée au combat.

Elle pourrait entamer les capacités de l'EI en Afghanistan mais aussi constituer un avertissement pour les talibans, beaucoup plus nombreux et implantés, avant le début de leur offensive de printemps.

"A la suite du bombardement, des repaires stratégiques de Daech (acronyme arabe pour l'EI) et un complexe profond de tunnels ont été détruits, et 36 combattants de l'EI tués", a indiqué le ministère afghan de la Défense dans un communiqué.

Le président américain Donald Trump s'était auparavant félicité d'un "nouveau succès".

Ce bombardement est intervenu une semaine après d'intenses frappes américaines contre le régime en Syrie et le jour même où le président Trump a averti que les Etats-Unis allaient "traiter le problème" nord-coréen.

L'explosion a résonné des kilomètres à la ronde et provoqué une vaste flambée dans cette zone isolée.

"C'est la plus forte explosion que j'ai jamais vue. L'endroit a été envahi par des flammes très hautes", a déclaré à l'AFP Esmail Shinwari, gouverneur du district d'Achin, ajoutant que la bombe avait frappé la zone de Mamand Dara.

Une source proche des insurgés afghans a indiqué à l'AFP sous couvert de l'anonymat que des habitants avaient senti le sol bouger "comme lors d'un tremblement de terre", et que certains s'étaient évanouis en raison de la puissance du souffle.

"Des gens ont commencé à quitter la zone par peur de nouveaux bombardements", a-t-il ajouté.

Selon une autre source proche des insurgés, entre 800 et 1.000 combattants de l'EI étaient estimés se cacher dans cette région frontalière du Pakistan.

Au poste-frontière pakistano-afghan de Torkham, situé à plusieurs dizaines de kilomètres du point d'impact indiqué, aucun mouvement inhabituel n'était détecté.

Intensification des combats

La bombe a été larguée après une intensification des combats la semaine passée dans cette zone où les forces afghanes au sol, soutenues par les troupes américaines, peinaient à avancer. Un soldat des forces spéciales américaines a été tué samedi dernier à Nangarhar lors d'opérations anti-EI.

Des experts en sécurité estiment que l'EI avait établi ses bases près d'habitations civiles, mais le gouvernement afghan a assuré que des milliers de familles avaient fui les lieux ces derniers mois.

Selon un porte-parole des forces spéciales afghanes à Nangarhar, il ne restait plus qu'une famille, qui a été transférée en sécurité.

"Des précautions avaient été prises pour éviter des victimes civiles", a dit le président Ashraf Ghani sur Twitter, soutenant le bombardement avec lequel certains responsables proches de lui ont néanmoins pris leurs distances.

"Je trouve répréhensible et contre-productive l'utilisation sur notre sol de la plus gros bombe non-nucléaire, la soi-disant +mère de toutes les bombes+", a estimé sur Twitter l'ambassadeur afghan au Pakistan, Omar Zakhilwal. "Si les grosses bombes offraient une solution, nous serions aujourd'hui l'endroit le plus sûr au monde".

Mais le commandant des forces américaines en Afghanistan, le général John Nicholson, a assuré que "c'était la bonne arme contre la bonne cible".

La méga bombe, conçue en 2002-2003 au début de la guerre en Irak, est la plus grosse bombe non-nucléaire jamais utilisée au combat, a indiqué l'armée de l'air américaine.

Elle était initialement destinée autant à intimider l'ennemi qu'à dégager de vastes étendues.

Un porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a condamné dans un communiqué ce bombardement des Américains qui "utilisent l'Afghanistan comme un laboratoire expérimental", soulignant qu'éliminer Daech était "le travail des Afghans".

Le commerce depuis l'Afghanistan vers le Pakistan semblait se dérouler malgré tout normalement vendredi malgré la détonation entendue à quelque 50 km à la ronde.

La province de Nangarhar est la première région d'implantation en Afghanistan de l'organisation jihadiste moyen-orientale EI, qui a progressé ces dernières années en Afghanistan, en recrutant notamment au sein des talibans afghans ou pakistanais.

Depuis août 2016, les forces américaines y ont conduit de nombreuses frappes aériennes sur les bastions jihadistes. Les efforts combinés des forces afghanes et américaines les ont fait reculer.

Avec AFP

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