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Au moins 300 migrants ont forcé la frontière à Ceuta

  • VOA Afrique

Migrants assis par terre dans l'enclave espagnole de Ceuta, au Maroc, après avoir franchi une clôture haute de 6 mètres, le 17 février 2017.

Trois cents migrants ont franchi dans la nuit de dimanche à lundi la frontière entourant l'enclave espagnole de Ceuta au Maroc, trois jours après l'entrée massive de 498 personnes.

Plusieurs centaines de jeunes migrants d'origine africaine ont forcé la haute barrière grillagée de six mètres entourant l'enclave, avant de célébrer en pleine nuit leur entrée dans l'enclave espagnole, aux cris de "merci Seigneur", "je suis en Europe", selon les images tournées par le média local El Faro de Ceuta.

"Il faisait nuit et j'avais très peur. J'ai reçu un coup à la tête au moment d'escalader la barrière et j'ai perdu conscience", raconte à l'AFP ce Guinéen de 17 ans, alité à l'hôpital de Tétouan, la tête couverte d'un bandage teinté de sang.

Il souffre d'un traumatisme crânien. Ses vêtements déchirés portent les marques de la nuit agitée de vendredi, où des centaines de migrants ont pris d'assaut la frontière, étape ultime vers l'Europe, après des mois, sinon des années pour certains, d'errance à travers le continent africain.

"J'ai quitté l'école en première et je suis venu au Maroc en juillet en passant par le Mali et l'Algérie", poursuit Adam, qui a vécu des mois à Rabat, avant de trouver refuge début février dans une forêt près de Ceuta, vivant dans un dénuement total.

'Galère'

"C'était vraiment la galère. Il faisait très froid la nuit et on restait parfois deux jours sans rien manger", se souvient-il.

Une militante associative lui apporte des vêtements et s'enquiert de son état de santé. "Nous rendons visite chaque jour aux migrants blessés (...) après les tentatives de passage à la frontière", explique Rajae Marsou, médecin et vice-présidente de l'association Manos Solidarias (Mains solidaires), basée à Tétouan.

"Nous faisons le suivi médical et tentons de les accompagner en cette période difficile", précise-t-elle.

Adam la remercie et lui demande un téléphone pour appeler ses proches, qui "savent qu'il a fait ça pour son avenir". Il est prêt à recommencer: "Je suis prêt à tout pour rejoindre l'Europe et subvenir aux besoins de ma famille".

Comme lui, des dizaines de ces candidats à une vie meilleure, qui fuient le désespoir de pays rongés par la pauvreté, ont été hospitalisés dans trois villes du nord du Maroc.

D'autres ont été embarqués vendredi après-midi à Fnideq, ville frontalière communément appelée Castillejos par ses habitants, dans trois autobus sur lesquels était écrit "Rapides nord sud", selon un journaliste de l'AFP.

Ces bus ont pris la direction d'une ville du sud du Maroc, selon des témoignages concordants.

D'autres migrants, enfin, ont échappé aux forces de l'ordre lors de l'assaut et se cachent dans une forêt de la commune rurale marocaine de Belyounech, à proximité de Ceuta.

Pourchassés par la police, ils se ravitaillent dans une petite épicerie d'un village proche de la forêt, a constaté un journaliste de l'AFP.

En raison d'une importante présence des forces de l'ordre, les clandestins, âgés d'une vingtaine d'années pour la plupart, se déplacent discrètement par petits groupes. Huit Camerounais sont venus se ravitailler dans l'épicerie de 4 m2 au toit de tôle.

Continuer à se battre

"On vit difficilement au Maroc, juste parce qu'on cherche à rejoindre l'Europe (...) pour une vie meilleure. La vie au Maroc ne nous plait pas", lance l'un deux, Youssouf, 27 ans, venu acheter des biscuits, des galettes et des boissons énergisantes.

"La vie n'est pas vraiment facile. On n'a pas de maison et on ne peut pas avoir de travail, heureusement que nos frères partis en Europe nous envoient de l'argent", ajoute Ismael, lui aussi Camerounais, bonnet noir vissé sur la tête. Tous deux ont entrepris il y a trois ans cette odyssée longue et aléatoire, errant dans plusieurs villes marocaines, avant de tenter leur chance via Ceuta.

"Cela fait quatre ou cinq fois qu'on tente de franchir la barrière", confie à l'AFP Ismael, qui semble déterminé à gagner l'Europe. Soudain, un nuage de fumée se forme au-dessus d'une partie de la forêt: les forces de l'ordre viennent de brûler le camp de ces migrants clandestins.

"Je porte dans mon corps les blessures de ces tentatives et des coups des forces de l'ordre. Mais je vais continuer à me battre pour avoir ce que je veux et aider ma famille", dit Aminou, Camerounais de 22 ans. Deux agents arrivent en courant pour l'arrêter. "Je dois y aller", lance-t-il, avant de prendre la fuite.

Avec AFP

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