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Manifestations au Nigeria pour réclamer la libération des lycéennes de Chibok


Des manifestants marchent à Abuja, au Nigeria, le 14 avril 2016.

Des manifestants marchent à Abuja, au Nigeria, le 14 avril 2016.

Deux ans après l’enlèvement des Nigérianes de Chibok, les habitants se mobilisent pour demander leurs retours.

Deux ans après leur enlèvement par les islamistes de Boko Haram, familles et sympathisants ont manifesté jeudi au Nigeria pour réclamer la libération des lycéennes de Chibok, tandis que le gouvernement "étudie" une preuve de vie de certaines d'entre elles envoyée par leurs ravisseurs.

Marches et veillées de prières avaient lieu en différents lieux, à commencer par la petite ville du nord-est, devenue un symbole du conflit qui déchire le nord-est défavorisé du Nigeria depuis 2009.

276 adolescentes y avaient été enlevées le 14 avril 2014 dans un kidnapping sans précédent qui a provoqué une vague d'indignation au Nigeria et dans le monde.

Les manifestations ont rassemblé nombre de parents des jeunes filles, vêtus de noir. A Lagos, la grande métropole économique, et dans la capitale fédérale Abuja des centaines de gens du mouvement de solidarité #BringBackOurGirls ont réclamé la libération des 219 filles qui n'ont toujours pas été retrouvées.

Cinquante-sept lycéennes avaient réussi à s'échapper peu après leur enlèvement dans leur dortoir.

Preuve de vie des jeunes filles

Les images montrant quinze captives, obtenues mercredi par CNN, sont les premières prouvant que certaines d'entre elles au moins sont en vie depuis une précédente vidéo des insurgés nigérians datant de mai 2014. Y apparaissaient une centaine de filles, tout de noir vêtues et récitant le Coran.

Trois mères et une condisciple des 219 adolescentes dont on est sans nouvelles ont confirmé que les quinze étaient bien des filles de Chibok qui, sur la vidéo, portant un voile islamique noir, s'identifient, affirment avoir été enlevées à Chibok et disent "aller bien".

Un haut responsable gouvernemental a assuré à l'AFP que les autorités avaient reçu la nouvelle vidéo qui daterait du 25 décembre dernier.

Dans un tweet, l'organisation de la manifestation écrit : " Pourquoi subissons-nous ces traitements inhumains ? Nos filles sont en vie et nous devons aller à leurs rescousses!"

Selon les informations dont dispose l'AFP, des membres de Boko Haram auraient pris contact mi-janvier avec le gouvernement, réclamant des discussions sur un possible échange de prisonniers.

De l'espoir pour les familles

La vidéo "a donné un peu d'espoir" à Ayuba Alamson Chibok, habitant de la ville, qui a déclaré à l'AFP avoir reconnu dans cette vidéo deux de ses nièces enlevées il y a deux ans.

"Nous pouvons désormais penser que ces filles sont encore en vie et nous prions pour qu'elles soient bientôt libérées" a-t-il affirmé par téléphone depuis Chibok, ajoutant être "très heureux d'entendre leur voix".

Pour Habiba Balogun, membre du mouvement #BringBackOurGirls à Lagos, cette vidéo "est la preuve que nous avons eu raison de poursuivre la mobilisation", alors que le rapt des jeunes filles était mis en doute par certains, qui prétendaient qu'il s'agissait d'une manoeuvre politique pour renverser le gouvernement précédent.

Selon un haut responsable gouvernemental, avant de recevoir la vidéo montrée par CNN, le gouvernement avait déjà obtenu de Boko Haram, mi-janvier, cinq photos d'otages, vues par l'AFP.

Esclaves sexuelles et bombes humaines

Mais, a ajouté le responsable gouvernemental, le gouvernement veut éviter que sa publication ne débouche sur le genre de problèmes rencontré par l'administration précédente. Les autorités avaient annoncé prématurément des pourparlers avec des éléments de Boko Haram et même un cessez-le-feu.

"Nos services de renseignement et de sécurité ont reçu une vidéo similaire en juillet de l'an dernier et quand ils ont suivi les pistes, ils se sont retrouvés dans un cul-de sac" et il avait été impossible d'établir un contact ou si la vidéo avait obtenu le feu vert des dirigeants de Boko Haram, a-t-il expliqué.

Le mouvement, qui a fait allégeance à l'organisation État islamique, est notoirement divisé en factions qui n'agissent pas toujours de façon coordonnée.

Ainsi, le gouvernement a reçu en juillet dernier une demande de rançon d'un million d'euros pour la libération de dix adolescentes, selon le responsable gouvernemental.

Le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, a de son côté déclaré dans le passé que les captives seraient relâchées en échange de la libération de combattants islamistes détenus au Nigeria.

Tout ceci tend à confirmer que les lycéennes ont été séparées en différents groupes après leur enlèvement, une tactique qui complique toute possible discussion et tentative de libération.

Les filles de Chibok sont les victimes les plus tristement célèbres de l'insurrection de Boko Haram, qui utilise souvent le kidnapping comme une arme, dans une guerre qui a déjà fait quelque 20.000 morts depuis 2009.

Selon les ONG qui militent pour les droits de l'Homme, plusieurs milliers de femmes et de jeunes filles ont été enlevées depuis le début du conflit.

Boko Haram en fait des esclaves sexuelles ou des bombes humaines, tandis que les garçons et les hommes sont enrôlés de force pour combattre par les rebelles qui veulent instaurer un État islamique dans le nord-est du Nigeria.

Le directeur d'Amnesty International Nigeria, M.K. Ibrahim, a appelé à la libération de tous les otages, estimant que les filles de Chibok étaient devenues le symbole "de tous les civils qui ont vu leur vie détruite par Boko Haram".

"Le gouvernement (du président) Muhammadu Buhari doit faire tout son possible pour mettre fin aux souffrances des parents de ces jeunes filles et de tous les otages en général, en garantissant une protection à la population du nord-est et l'accès à l'éducation pour tous les enfants de la région", a-t-il insisté.

Pendant la manifestation, le cortège s'est fait stopper par la police, l'empêchant d'accéder à la résidence présidentielle de plus près.

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