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Mali: la rébellion signe l'accord de paix à Bamako


Photo d’archives : poignée de main entre le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, et les représentants des groupes rebelles armés maliens à la fin d'une cérémonie de l'accord de paix à Alger, la capitale algérienne, 1 mars 2015.

Photo d’archives : poignée de main entre le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, et les représentants des groupes rebelles armés maliens à la fin d'une cérémonie de l'accord de paix à Alger, la capitale algérienne, 1 mars 2015.

Un représentant de la rébellion à dominante touareg du nord du Mali a signé samedi à Bamako l'accord de paix déjà entériné par le camp gouvernemental et la médiation internationale.

L'accord a été signé au nom de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA, rébellion) par Sidi Brahim Ould Sidati, un dirigeant du Mouvement arabe de l'Azawad (MAA), lors d'une cérémonie en présence du président malien Ibrahim Boubacar Keïta et du chef de la Mission de l'ONU, Mongi Hamdi.

Selon l'AFP, les youyous ont éclaté dans la salle de conférences lorsque M. Ould Sidati a apposé sa signature après celles figurant déjà sur l'accord depuis la cérémonie du 15 mai.

Auparavant, le ministre algérien des Affaires étrangères Ramtane Lamamra, chef de file de la médiation internationale dans ces pourparlers, avait salué "un nouveau départ" pour le Mali.

La participation internationale était d'ampleur et de niveau moindres que lors de la cérémonie du 15 mai, devant un parterre de chefs d'État africains.

La France et les États-Unis étaient représentés par des responsables de leur diplomatie et plusieurs pays voisins, tels la Mauritanie, le Niger et le Burkina Faso, par des ministres.

L'accord, censé tourner définitivement la page du djihadisme dans cette partie du Sahel, vise à instaurer une paix durable dans le nord du Mali, qui a connu une série de rébellions touareg depuis les premières années d'indépendance du pays, en 1960. En 2012, cette vaste région a été transformée en sanctuaire et en base d'opérations djihadiste, jusqu'au lancement par la France de l'opération Serval en janvier 2013.

La CMA avait paraphé l'accord négocié depuis des mois à Alger la veille de sa signature le 15 mai à Bamako par le camp gouvernemental et la médiation internationale, mais exigeait pour le signer des discussions supplémentaires.

Elle s'est engagée le 5 juin à Alger à venir le ratifier après avoir signé deux documents avec le gouvernement: l'un portant sur des garanties d'application prévoyant l'"insertion prioritaire et majoritaire des combattants des mouvements politico-militaires notamment de la CMA" au sein des forces de sécurité dans le Nord, et l'autre sur des "arrangements sécuritaires".

Dans une tribune publiée à la veille de cette signature à Bamako, les ministres français et néerlandais des Affaires étrangères Laurent Fabius et Bert Koenders, ce dernier ancien chef de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma), encouragent la rébellion à franchir le pas.

"C'est un texte signé par tous qui formera une base solide pour travailler à une paix durable", soulignent les deux chefs de la diplomatie, appelant les parties maliennes à veiller à l'application "de bonne foi de cet accord, de sorte que la population malienne puisse percevoir les dividendes de la paix rapidement".

Ils exhortent les pays européens à augmenter leur contribution à la Minusma, estimant que cette crise touche "aux intérêts de l'Europe entière, au travers de la montée du terrorisme et de l'amplification des flux de migrants, et la mission de l'ONU joue un rôle essentiel dans la stabilisation du Mali et, indirectement, de la région".

Clarification sur le terrain

Le chef de la composante militaire de la force de l'ONU, le général danois Michael Lollesgaard, a déploré mercredi au Conseil de sécurité de l'ONU de graves lacunes de ses troupes en termes d'entraînement, de logistique et de capacités de renseignement, qui les rendent "extrêmement vulnérable".

Les derniers obstacles à la signature par la rébellion ont été écartés cette semaine avec la levée par le gouvernement des mandats d'arrêt visant une quinzaine de responsables rebelles, puis l'évacuation vendredi de la ville de Ménaka (nord-est) par les groupes armés pro-Bamako.

Ce retrait, prévu par l'arrangement sécuritaire signé à Alger le 5 juin, était une exigence des rebelles, chassés de Ménaka le 27 avril, pour signer l'accord.

Cette signature est "un pas nécessaire et très attendu parce que ça va permettre de clarifier la situation sur le terrain", a affirmé l'éditorialiste malien Souleymane Drabo dans un entretien avec l'AFP à Bamako.

Elle va permettre d'isoler les "bandes incontrôlées, djihadistes, narcotrafiquants qui continuent les violences sur le terrain. Au plan de la sécurité, c'est le premier avantage que l'on attend", a expliqué M. Drabo, soulignant néanmoins que cela ne signifiait pas automatiquement "le rétablissement de la sécurité".

Dans un rapport publié le 22 mai, le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG) prévenait que, sans cessez-le-feu crédible et durable, l'accord ne permettrait pas d'établir "la distinction entre groupes politico-militaires et groupes terroristes tant attendue par les forces internationales".

Selon les analystes d'ICG, "le recours aux armes resserre au contraire les liens entre groupes politico-militaires de tous bords et éléments plus radicaux ou criminels, les premiers ayant besoin des seconds pour affronter leurs adversaires".

Source: AFP

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