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Malgré l'accord sur la Grèce, la fracture FMI-UE ressurgit sur la dette


La Grèce a connu de violentes manifestations en rapport avec la crise de la dette, 20 octobre 2011.

La Grèce a connu de violentes manifestations en rapport avec la crise de la dette, 20 octobre 2011.

L'unité de façade n'aura duré que quelques heures: à peine annoncé l'accord sur la Grèce, le FMI et les Européens ont de nouveau étalé leurs divergences sur les mesures d'allègement de la dette au profit d'Athènes.

Après plusieurs mois de tractations, les pays de la zone euro ont certes accepté dans la nuit de mardi à mercredi de débloquer 10,3 milliards d'euros pour éviter un défaut de paiement grec, en puisant dans le plan d'aide qu'ils ont accordé au pays à l'été dernier.

Le Fonds monétaire international (FMI), qui a participé aux tractations, a donné son assentiment à ce versement vital pour Athènes mais reste encore extrêmement réservé sur la stratégie des Européens.

Depuis plusieurs mois, le Fonds répète que leur plan est irréaliste et menace de ne pas y participer financièrement si Bruxelles n'accorde pas un allègement de dette massif à Athènes, notamment en lui permettant de suspendre tout remboursement des intérêts et du principal jusqu'en 2040 au plus tôt.

Et l'institution a tenu à de nouveau mettre les points sur les "i" mercredi, en assurant ne pas avoir été totalement entendue. Les Européens se sont pour le moment simplement engagés à alléger la dette grecque à partir de 2018.

"Nous ne sommes pas dans une situation où le FMI peut dire +nous sommes prêts à aller de l'avant+", a déclaré à la presse un haut responsable du Fonds, sous couvert de l'anonymat.

Selon lui, le FMI a certes fait des "concessions" pour éviter à la Grèce, plongée en récession depuis 2008, de connaître de nouvelles secousses un an après avoir été tout prés d'être expulsée de la zone euro.

L'institution a ainsi renoncé à son exigence de voir les Européens s'engager à réduire "au préalable" la dette grecque qui tourne autour de 180% de son produit intérieur brut (PIB). Mais elle n'a pas pour autant signé de chèque en blanc.

"Nous n'avons pas cédé sur le fait que nous avons besoin des garanties suffisantes sur l'allègement de la dette", a indiqué le haut responsable, jugeant par ailleurs irréalisable l'objectif européen d'un excédent budgétaire primaire grec (hors charge de la dette) de 3,5% du PIB en 2018.

Si la zone euro précisait davantage ses intentions sur la dette, le FMI pourrait décider de s'engager de nouveau financièrement en Grèce "d'ici à la fin de l'année," a néanmoins espéré le responsable de l'institution.

- Courroux allemand -

Première économie de la zone euro, l'Allemagne a toutefois de nouveau émis les plus grandes réserves sur l'ampleur du rééchelonnement de la dette réclamé par le FMI alors qu'Athènes bénéficie déjà de conditions de remboursement très favorables.

"Une maturité de plus de 30 ans (...) si vous l'étendez de 20 ans supplémentaires, alors expliquez-moi en quoi ce n'est pas un +haircut+ (effacement de dette, ndlr). On pourrait accorder une période de grâce de 1.000 ans", a ironisé le ministre des Finances allemand Wolfgang Schaüble, devant la presse mercredi.

"Vous savez ce qui arrivera alors? Tous les Le Pen du monde entier auront gagné et pourront dire +laissez tomber ces politiciens, ils vous prennent pour des idiots+", a-t-il ajouté alors que des élections générales sont prévues en Allemagne en 2017.

Berlin est dans une situation paradoxale: les Allemands ont en horreur tout allègement de dette en faveur de la Grèce, renflouée trois fois depuis 2010, mais exige en même temps la présence du FMI, gage de sérieux et d'intransigeance.

Balayant les réserves du Fonds, M. Schaüble a d'ailleurs assuré que la participation financière de l'institution au plan grec ne faisait aucun doute. "Le FMI participera avec un programme de trois à quatre ans", a-t-il même assuré.

Signe que les tensions sont vives avec le FMI, le ministre s'est par ailleurs permis une petite pique à l'adresse de la directrice générale du Fonds, Christine Lagarde, qui était absente de la réunion sur la Grèce en raison d'un déplacement au Kazakhstan.

"Cela aurait pu être utile que la directrice générale soit présente. Cela nous aurait sans doute fait gagner plusieurs heures", a taclé M. Schaüble. Contacté par l'AFP, le FMI s'est refusé à tout commentaire.

Comment sortir de l'impasse? Une option, de plus en plus discutée, permettrait de faire descendre le niveau de dette grecque sans passer par un allègement de dette trop politiquement coûteux: que les Européens rachètent les titres détenus par le FMI, dont les taux d'intérêts sont plus élevés.

Cela fait partie des mesures "significatives" qui pourraient être prises à moyen terme, a suggéré mercredi l'agence de notation Fitch.

Avec AFP

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