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"Majesté, un selfie !" Quand "Momo" rencontre son roi Mohammed VI


Le roi du Maroc Mohammed VI, le 14 février 2000.

Le roi du Maroc Mohammed VI, le 14 février 2000.

L'image est bien peu conventionnelle, à des années lumière du traditionnel décorum de la monarchie chérifienne: les dernières photos du roi Mohammed VI, prises au hasard de ses rencontres en France avec des Marocains ou admirateurs anonymes, ont fait le tour du web au Maroc.

Souriant et décontracté, le souverain y apparaît en chemise de jean ou teeshirt flashy, donnant l'image d'un roi "cool", selon une stratégie de communication visiblement bien maîtrisée.

Anonyme en plein Paris, il prend aimablement la pose devant les smartphones au côté de compatriotes rencontrés sur les Champs-Elysées. Là, il discute avec un fan à casquette du club PSG. Ici, l'un de ses admirateurs en bleu de travail lui baise l'épaule en signe de respect.

Pas de garde du corps ou le moindre signe d'un dispositif de sécurité sur ces images aux allures de banals selfies entre amis.

"Nous faisions des courses en famille sur les Champs-Elysées quand j'ai vu le roi dans un 4X4", a raconté "Momo" sur les réseaux sociaux. "J'ai crié avec émotion 'Sidna' (majesté). Il a eu la gentillesse de s'arrêter, de venir nous saluer et de prendre ma petite fille Serene dans ses bras pour une photo".

Le cliché, pris le 1er septembre et partagé le jour-même sur Facebook avec le témoignage de "Momo", a reçu 19.000 "Like" en une semaine.

"Rarement chef d'Etat aura été autant 'partagé' sur les réseaux sociaux que Mohammed VI dont la propension à poser de bonne grâce devant les objectifs improvisés de ses compatriotes semble sans limite", souligne l'hebdomadaire Jeune Afrique dans un article titré "Mohammed VI, roi des selfies".

'Coordination'

Le phénomène n'est pas nouveau. Dans son pays, et surtout à l'étranger, le souverain est coutumier de ce genre de clichés qui tranchent avec sa grande distance envers les médias classiques. Et cela plaît manifestement aux Marocains, à l'exception de rares critiques sur le coût de ses vêtements de marque.

La méthode détonne aussi: en pleine psychose des attentats jihadistes, avec un roi qui défend un islam modéré. Et alors que nombre de chefs d'Etat ne se montrent plus en public que derrière d'imposants cordons de sécurité.

Comme celle de "Momo", la quasi-totalité des photos, prises lors des déplacements privés du souverain, sont diffusées via un compte Facebook intitulé "Roi du Maroc: Mohammed 6".

Ce compte, qui affiche 3,5 millions d'abonnés, est administré d'une ville voisine de Rabat par un certain Soufiane el-Bahri, un playboy de 25 ans à la mèche gominée et au sourire éclatant.

Connu dans le petit monde de la jet-set marocaine, Soufiane el-Bahri est réputé cultiver la discrétion avec les médias étrangers. Sollicité par l'AFP via Facebook, il n'a pas répondu. Il est l'administrateur de trois autres pages Facebook au nom des autres membres de la famille régnante, et gère parallèlement sa propre page, inondée de photos de sa personne.

Beaucoup au Maroc se demandent comment il fait pour se procurer aussi vite tous ces clichés, avec en prime le témoignage ravi des protagonistes. Et surtout, ce qu'en dit l'entourage royal, habituellement très sourcilleux dès qu'il s'agit de la vie privée du monarque.

Dans une récente interview à CNN en arabe, Soufian el-Bahri, clamant son "admiration folle" pour Mohammed VI, affirme ne l'avoir jamais rencontré, mais reconnaît "travailler en coordination" avec son cabinet.

L'inverse de son père

"Bien sûr que ces photos sont diffusées avec l'aval du Palais. Le contraire est impensable", estime l'historien français Pierre Vermeren. "Ces images procèdent d'une politique de communication bien pensée".

"Il y a une évidente volonté de montrer la proximité du roi avec son peuple, ceci vis-à-vis des Marocains, de l'Europe, mais aussi d'autres pays arabes", décrypte M. Vermeren, interrogé par l'AFP.

"Tous les Marocains ont en tête le souvenir d'Hassan II", le précédent roi à qui Mohammed VI a succédé en 1999, selon lui. "De telles photos étaient alors impensables, car Hassan II suscitait la peur et avait peur de son peuple".

"Depuis le début de son règne, son fils a voulu prendre le contre-pied de cette image", souligne M. Vermeren. "Il est intéressant de voir que presque 20 ans après, il garde cette volonté de montrer (...) sa capacité à rencontrer son peuple".

Avec AFP

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