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Lynchage dans une banlieue française : le procès ouvre sous haute surveillance


Kevin, un étudiant de 21 ans, et Sofiane, un éducateur de 22 ans, les deux jeunes lynchés à Grenoble en 2012.

Kevin, un étudiant de 21 ans, et Sofiane, un éducateur de 22 ans, les deux jeunes lynchés à Grenoble en 2012.

Le déferlement de violences avait ému la France : trois ans après le lynchage de deux jeunes hommes dans un quartier sensible de Grenoble (Alpes), le procès de leur douze agresseurs s'est ouvert lundi sous haute surveillance.

Cheveux ras et vêtements sombres, les accusés, âgés de 19 à 24 ans, ont fait leur entrée encadrés par une importante escorte policière. Les abords du palais de justice étaient sécurisés par une quarantaine de membres de forces de l'ordre et surveillés par une rangée de caméras.

Ils ont pris place derrière un nouveau box vitré, conçu spécialement pour le procès, prévu pour durer six semaines. Les audiences doivent se dérouler à huis clos, deux des accusés étant mineurs au moment des faits.

Les accusés "ne sont pas une horde de sauvages", a déclaré à son arrivée Me Joëlle Vernay, avocat de deux d'entre eux. Elle a toutefois jugé le huis clos bienvenu : "dans cette affaire très particulière, j'ai peur que le quartier de la Villeneuve et le quartier d'Échirolles viennent troubler le débat."

A la suite de différends entre des jeunes de ces quartiers populaires situés dans la banlieue de Grenoble, une rixe mortelle avait éclaté le 28 septembre 2012 dans un parc d'Echirolles.

Un petit groupe, armé de couteaux, marteau, manche de pioche, bouteille de vodka, pistolet à grenailles s'en était pris pendant une vingtaine de minutes à Kevin, un étudiant de 21 ans, et Sofiane, un éducateur de 22 ans, morts sous leurs coups.

Face à l'émotion suscitée par ce drame, le président François Hollande et le Premier ministre Manuel Valls s'étaient rendus sur place trois jours plus tard.

L'enquête a permis d'identifier la plupart des agresseurs mais sans déterminer avec certitude ceux qui ont porté les coups mortels. Les armes du crime n'ont jamais été retrouvées et la plupart des accusés, sauf deux, ont refusé d'enfreindre la règle du quartier selon laquelle "on ne balance pas".

Estimant que chacun d'eux avait contribué à la mort des victimes, la justice a retenu le principe de la "co-action": les douze encourent donc 30 ans de réclusion criminelle.

Un procédé que dénoncent leurs avocats. "Ceux qui ont porté des coups mortels (...) doivent être condamnés sévèrement. Mais la justice ne doit pas condamner des innocents pour satisfaire l'opinion publique", s'insurge Me Bernard Ripert.

Le procès "permettra peut-être de délier les langues" et de mieux établir les responsabilités, espère pour sa part Me Hafida El Ali, avocate des familles de victimes.

Avec AFP

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