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Libreville indignée après l’interpellation du directeur de cabinet d’Ali Bongo


Le président gabonais Ali Bongo Ondimba (archives)

Le président gabonais Ali Bongo Ondimba (archives)

Une manifestation pro-pouvoir encadrée par les forces de l'ordre s'est tenue mardi matin devant l'ambassade de France à Libreville. Une source proche de la présidence gabonaise n'a pas hésité à parler d'"humiliation" pour l'ancienne colonie française.

Me Francis Szpiner, l’avocat du directeur de cabinet du président gabonais Ali Bongo Ondimba, Maixent Accrombessi, a assuré à Paris, à l'issue de son audition que M. Accrombessi repartira "bientôt au Gabon et continuera à exercer ses fonctions".

La manifestions à Libreville a réuni quelques près de 200 personnes, selon le correspondat de VOA Afrique sur place. Pour les manifestants, M. Accrombessi qui est sous examen en France pour une affaire de pot de vin présumé avec la société Marc, entreprise française spécialisée dans la fabrication d’uniforme militaire, est victime d’une campagne de dénigrement orchestrée par certains décideurs français.

"Nous constatons avec récurrence que la République française ne sait pas le Gabon est un pays indépendant et souverain. Ce qu’ils ont fait hier est une récurrence des événements parce qu’hier ils ont arrêté [immobilisé] l’avion du président de la République, aujourd’hui, c’est le directeur de cabinet et nous nous posons la question de savoir à qui le tour [prochainement] ", a réagi à VOA Afrique Hervé Ndong Obiang, le porte-parole des manifestants.

L’opposition et la société civile gabonaise ne voient la situation sous ce même angle.

"Je pense ce petit dossier va ouvrir d’autres grands dossiers que nous soupçonnons… Il va falloir qu’au niveau internatinal, la justice internationale fasse son travail pour que les prédateurs des pays [africains] cessent de se réfugier en Occident", a déclaré pour sa part Marc Ona, leader du mouvement Casuffit comme ça !.

La présidence gabonaise prévient que M. Accrombessi n'a pas été mis en examen. "Donc il n'y a pas de raison qu'il quitte son poste de directeur de cabinet", a confirmé la source proche de la présidence gabonaise.

Les enquêteurs cherchent à savoir si M. Accrombessi "a perçu de l'argent de la société Marck", une entreprise française spécialisée dans la fabrication d'uniformes militaires "en échange de l'attribution fin 2005 d'un marché public de sept millions d'euros au Gabon", selon une source proche du dossier.

D'origine béninoise et naturalisé gabonais, Maixent Accrombessi, 50 ans, était au moment de la passation du contrat avec Marck l'un des conseillers d'Ali Bongo, ministre de la Défense de son père Omar Bongo de 1999 à 2009.

Devenu directeur de cabinet du président, cet ancien agent immobilier est devenu la cible des opposants, qui l'accusent de piller les caisses de l'Etat et de pratiquer le vaudou (d'origine béninoise), assimilé par certains à de la sorcellerie.

Le 12 avril, des manifestants avaient incendié l'ambassade du Bénin après l'annonce du décès du principal opposant André Mba Obame, qui avait contesté la victoire en 2009 à la présidentielle d'Ali Bongo Ondimba. Ils accusaient le régime, notamment M. Accrombessi, de l'avoir empoisonné.Très discret, cet homme clé du régime d'Ali Bongo gère directement depuis la présidence les portefeuilles stratégiques comme le Pétrole et le Budget de l'Etat, selon la très informée Lettre du Continent, qui n'hésite pas à le qualifier de "gourou".

- 'Justice spectacle' -

Maixent Accrombessi avait été interpellé lundi vers 07H00 GMT à l'aéroport parisien de Roissy alors qu'il s'apprêtait à rentrer à Libreville.

Il n'était pas en possession d'un ordre de mission du Gabon et "ne bénéficiait donc pas d'une immunité diplomatique qui aurait interdit toute mesure coercitive à son encontre", a relevé une source judiciaire. Il a alors été placé en garde à vue pour corruption d'agent public étranger et blanchiment.

Cependant, la présidence gabonaise a transmis quelques heures plus tard au ministère français des Affaires étrangères un document indiquant qu'il se trouvait en France "dans le cadre d'une mission officielle" et le parquet l'a libéré.

"La justice (française) aurait pu émettre une convocation en bonne et due forme, et M. Accrombessi se serait présenté (...) Mais aller l'arrêter devant tout le monde à l'aéroport, cela ressemble à de la justice spectacle (...) Au-delà de la personne et de la fonction, c'est le pays qu'on cherche à humilier", a estimé la source proche de la présidence gabonaise.

Mardi matin, environ 200 partisans du régime acheminés dans des bus loués pour l'occasion se sont rassemblés devant l'ambassade de France pour protester contre "la séquestration arbitraire" de Maixent Accrombessi.

Ce n'est pas le premier incident diplomatique entre Libreville et Paris: fin février, un boeing 777 du Gabon avait été saisi à Orly en raison de huit millions de dollars d'impayés à la société suisse Travcon, spécialisée dans le transport de VIP.

Dans l'affaire concernant M. Accrombessi, une enquête préliminaire avait été ouverte en 2007 par le parquet de Paris après un signalement de Tracfin, la cellule de renseignement anti-blanchiment du ministère français de l'Economie.

L'organisme s'interrogeait sur "un virement de plus de 300.000 euros émis en juin 2006 par Marck sur le compte monégasque d'une société de droit gabonais, dirigée par un homme d'affaires proche de M. Accrombessi", selon une source proche du dossier.

Six autres virements de 2 millions d'euros au total effectués par Marck au bénéfice d'une société domiciliée au Bénin, et gérée par Maixent Accrombessi, suscitent également des interrogations.

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