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La Turquie dans une voie dangereuse sur les libertés selon le Conseil de l'Europe


Nils Muiznieks, commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, lors d'une interview à Nicosie, Chypre, décembre 2015

La Turquie s'est engagée dans une voie très dangereuse avec l'adoption de mesures non justifiées pour restreindre la liberté d'expression, a mis en garde mercredi le Conseil de l'Europe dans un nouveau rapport très critique envers Ankara.

"Ni la tentative de coup d'Etat, ni les menaces terroristes pesant sur la Turquie ne sauraient justifier des mesures qui portent si gravement atteinte à la liberté des médias et à l'Etat de droit", a dénoncé Nils Muiznieks, commissaire aux droits de l'Homme, dans un mémorandum consacré à la liberté d'expression et à la liberté des médias en Turquie.

"En appliquant trop largement les notions de +propagande terroriste+ et de +soutien à une organisation terroriste+, y compris à des déclarations et à des personnes qui, de toute évidence, n'incitent pas à la violence, et en ayant recours de manière excessive aux dispositions punissant la diffamation, la Turquie s'est engagée dans une voie très dangereuse", a-t-il averti.

M. Muiznieks a effectué deux visites dans le pays, en avril et septembre 2016.

L'instauration de l'état d'urgence confère des pouvoirs discrétionnaires pratiquement illimités à l'exécutif turc et lui permet d'appliquer des mesures radicales, y compris à l'encontre des médias et des ONG, sans avoir à produire de preuves ni à attendre de décision judiciaire, sur la seule base d'allégations d'accointances avec une organisation terroriste, souligne le Commissaire. Quelque 158 médias (journaux, télévisions, radio, agences) ont été fermés, et 151 journalistes sont incarcérés, rappelle-t-il.

Le commissaire demande aux autorités turques de "lever l'état d'urgence" et "de faire cesser les nombreuses atteintes inacceptables à la liberté d'expression, notamment à la liberté des médias et à la liberté académique".

Il recommande en outre de "réformer en profondeur le Code pénal et la loi antiterroriste afin que les textes et les pratiques soient compatibles avec la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme".

Avec AFP

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