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Les violences croissantes des Imbonerakure "pourraient faire basculer le Burundi"


Zeid Ra'ad Zeid al-Hussein, Haut-Commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme, Genève, 16 octobre 2014.

Zeid Ra'ad Zeid al-Hussein, Haut-Commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme, Genève, 16 octobre 2014.

Avertissement mardi du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'Homme Zeid Ra'ad Al Hussein.

Le prince jordanien Zeid Ra’ad Al Hussein a fait part mardi de sa préoccupation face aux actions de plus en plus violentes et menaçantes de la milice pro-gouvernementale au Burundi. Il a exhorté les autorités à prendre des mesures concrètes et immédiates pour la mettre au pas.

"Chaque jour, nous recevons 40 à 50 appels de tout le pays lancés par des gens terrifiés, à la recherche d’une protection ou souhaitant rapporter des abus ", a indiqué le Haut-Commissaire.

"Nous avons aussi recueilli des témoignages inquiétants de réfugiés burundais ayant fui dans les pays voisins, portant sur des violations graves des droits de l’homme qui auraient été commises par une milice rattachée au mouvement pro-gouvernemental connu sous le nom d’Imbonerakure. Ces violations présumées, qui auraient eu lieu à Bujumbura mais aussi dans plusieurs provinces, incluent des exécutions sommaires, des enlèvements, des tortures, des coups, des menaces de morts et d’autres formes d’intimidation", selon les communiqué.

Joint par VOA Afrique, le conseiller spécial de Ban Ki-moon pour la prévention des génocides estime que la situation est préoccupante au Burundi s'il n'y a pas de désescalade de la part des différents protagonistes.

Adama Dieng précise que "les Imbonrakure sont devenus une force sur le terrain. Il faut une enquête des autorités burundaises et un désarmement effectif. Ma grande crainte est que demain, cette crise politique débouche sur une crise ethnique. Le pire pourrait arriver."

Zeid Ra’ad Al Hussein a en partie fondé ses remarques sur le témoignage détaillé de 47 réfugiés interviewés ces dernières semaines par du personnel des droits de l’homme dans des camps de réfugiés situés au Rwanda et en République démocratique du Congo.

Un réfugié de 19 ans, originaire de la province de Makamba, a expliqué que sa maison avait été attaquée et pillée de nuit par des membres des Imbonerakure et que son père avait été poignardé à mort parce qu’il avait refusé de rejoindre le parti au pouvoir, le CNDD-FDD.

Un autre réfugié de la ville de Rugongo, dans la province de Citiboke, a dit au personnel onusien des droits de l’homme avoir été enlevé le 15 avril par quatre membres des Imbonerakure qui l’accusaient de soutenir un parti d’opposition, le FNL. Il a déclaré avoir été emmené dans un bâtiment où il a été torturé par ces quatre hommes, qui l’ont battu avec une tige en fer. Des marques étaient encore visibles sur son corps au moment de l’entretien.

Une réfugiée originaire de la même ville a déclaré qu’elle et son mari avaient également été battus de nuit dans leur maison par des Imbonerakure, qui ont demandé pourquoi son mari ne participait pas aux réunions organisées par le parti au pouvoir, le CNDD-FDD. Son mari a ensuite été kidnappé et son sort reste inconnu.

De nombreux réfugiés ont déclaré que des menaces avaient été écrites sur les portes ou murs de leurs maisons ou sur celles d’autres personnes. Quatre réfugiés se trouvant au Rwanda ont, par exemple, expliqué avoir vu des maisons marquées d’une croix, apparemment pour identifier des personnes devant être prises pour cible ou attaquées, ou afin de semer la terreur.

"Ces rapports sont vraiment effrayants, en particulier dans un pays avec une histoire comme celle du Burundi", a déclaré Zeid Ra’ad Al Hussein, en ajoutant que le personnel des Nations Unies chargé des droits de l’homme dans la région avait reçu des allégations persistantes faisant état de collusion entre des membres de la milice Imbonerakure et les forces de police et de renseignement officielles.

"Nous avons reçu des témoignages concordants indiquant que les membres des Imbonerakure agissent en suivant les instructions du parti au pouvoir et avec le soutien de la police nationale et des services de renseignement, qui leur fournissent des armes, des véhicules et parfois des uniformes", a-t-il dit.

"Si ces allégations sont vraies, ne serait-ce qu’en partie, elles indiquent un effort extrêmement dangereux pour aggraver les peurs et les tensions. Si les autorités étatiques sont en effet en collusion avec une milice violente et sans loi, elles jouent avec l’avenir du pays de la manière la plus irresponsable qui puisse être imaginée."

"Aujourd’hui, plus que jamais, il est essentiel que les autorités burundaises montrent leur engagement en faveur de la paix en se dissociant clairement de leurs partisans violents et en garantissant que justice soit rendue pour tout crime ou toute violation des droits de l’homme qu’ils aient pu commettre", a déclaré le Haut-Commissaire.

Il a aussi demandé aux dirigeants de l’opposition de freiner les éléments violents qui pourraient se former de leur côté.

"Alors que jusqu’à présent, il n’y a eu que très peu d’actes violents commis par des éléments de l’opposition, des signes montrent des tentatives de plus en plus coercitives pour pousser les gens à soutenir activement l’opposition", a déclaré Zeid Ra’ad Al Hussein.

"J’exhorte les dirigeants de l’opposition à faire un énorme effort pour s’assurer que leurs partisans protestent pacifiquement et ne recourent pas à la violence."

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