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Les réseaux sociaux, porte-voix des jeunesses africaines


Un groupe de jeunes prennent un selfie avec une perche à selfie près de Khartoum au Soudan, le 22 mai 2015.

Un groupe de jeunes prennent un selfie avec une perche à selfie près de Khartoum au Soudan, le 22 mai 2015.

La jeunesse africaine s'est saisie en quelques années des réseaux sociaux comme mode privilégié d'expression et de mobilisation, à la grande inquiétude des régimes autoritaires désormais prompts à couper internet à la première crise politique aiguë, souligne une étude.

"Le nombre de coupures de l'accès à Facebook, voire à l'internet, au cours des derniers mois en Afrique subsaharienne, est la preuve de l'importance prise par les réseaux sociaux dans la circulation de l'information", note cette étude menée à l'initiative de CFI, l'agence publique française d'aide au développement des médias du Sud.

L'étude sur "la citoyenneté numérique" en Afrique a recensé 4.000 "cyberactivistes" dans sept pays (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, RD Congo, Ghana, Madagascar, Sénégal). Une quarantaine ont été interrogés pour cerner un phénomène échappant largement aux statistiques officielles.

L'enquête révèle qu'en dépit de bandes passantes médiocres, des centaines de communautés dialoguent, collaborent ou contestent, dans l'écrasante majorité des cas sur Facebook et WhatsApp.

"Pas besoin d'un ordinateur ni d'une adresse email pour ouvrir un compte Facebook, un numéro de téléphone suffit", souligne un des auteurs de l'étude, Philippe Couve, rappelant qu'un smartphone chinois s'acquiert à partir de 50 dollars en Afrique.

L'accès à une version allégée et mobile de Facebook est souvent gratuit en Afrique, la société de Mark Zuckerberg ayant conclu des accords en ce sens avec des opérateurs télécoms d'une vingtaine de pays, pour mieux s'imposer dans ce continent aux allures d'Eldorado (moins d'un tiers de son milliard d'habitants a accès à internet aujourd'hui).

"Chez nous Facebook est plus qu'un réseau social, c'est devenu un média car tout le monde y a accès", explique le Sénégalais Cheikh Fall, fondateur du réseau panafricain de cyberactivistes africtivistes.org (150 membres dans 35 pays).

Facebook héberge ainsi les groupes "Jeunesse consciente" qui débat de l'actualité en RD Congo (190.000 membres), "Police secours" en Côte d'Ivoire (41.000 membres autour des accidents de la route, de la corruption policière), ou "Méritocratie malienne" (36.000 membres contre le piston et pour le recrutement au mérite).

L'autre nouveau tamtam africain, c'est WhatsApp, rebaptisé familièrement "Wazzap". "Avec Whatsapp, des personnes illettrées dans des villages reculés peuvent partager des fichiers audio", explique M. Fall, invité à la présentation de l'étude de CFI.

Danger de manipulation

A 35 ans, Cheikh Fall, aujourd'hui cadre supérieur dans un grand groupe de médias sénégalais, fait figure de doyen de la blogosphère africaine. Son fait d'armes: avoir mobilisé 150 "e-observateurs" pour veiller à la régularité de l'élection présidentielle de 2012 au Sénégal (#Sunu2012), s'inspirant de ce qu'avait fait dès 2008 le site pionnier Ushahidi au Kenya.

Depuis, une nouvelle génération de cyberactivistes a pris le relais. A l'instar de la Béninoise Mylène Flicka, 20 ans, fondatrice du site webTV IrawoTalents.com de promotion des jeunes talents béninois.

Cette diplômée de l'École nationale d'administration et de magistrature de Cotonou a également participé à la collecte de près de 500 propositions citoyennes et à l'organisation de LiveTweets avec des candidats à l'élection présidentielle de mars 2016 au Bénin.

Cette "féministe pure et dure" regrette d'être une des rares femmes cyberactivistes et se console en assurant que "(sa) génération de femmes va faire une révolution de +oufs+."

En attendant, deux dangers guettent les réseaux sociaux africains. La manipulation, comme l'a montré la dernière campagne électorale au Bénin où "WhatsApp et Facebook sont devenus des armes pour désinformer, lancer des rumeurs contre des candidats", selon Mylène Flicka.

Et la censure. Les coupures d'internet se sont multipliées à chaque crise politique cette année en Afrique (Congo, Tchad, Gabon, Éthiopie).

Africtivistes a dû exfiltrer quatre de ses membres de leur pays d'origine en 2016. Et ce réseau de blogueurs consacre désormais une bonne partie de son temps à partager les bonnes pratiques de cryptage et de sécurisation des échanges, afin d'éviter piratage et écoute clandestine.

"On en a fini avec la période bénie où les autorités ne comprenaient pas bien ce que nous faisions", soupire M. Fall.

Avec AFP

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