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Les grands singes, lourdement pénalisés par le virus à Ebola


La fièvre à virus Ebola frappe également les gorilles (AP)

La fièvre à virus Ebola frappe également les gorilles (AP)

La fièvre à virus hémorragique Ebola a coûté la vie à plus de mille personnes en Afrique de l’Ouest depuis le début de l’année. Mais son impact sur la faune sauvage est également très grave.

En 1996, des gosses d’un village septentrional du Gabon ont ramené chez eux un chimpanzé, découvert mort dans la forêt. Servie aux villageois, sa viande contaminée par le virus à Ebola a déclenché une épidémie qui a fait 21 morts, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS)

Des années plus tard, l’écrivain David Quammen rencontrerait deux survivants. « À l'époque où l’Ebola a frappé leur village, ils ont vu quelque chose d'étrange. Tout près dans la forêt, ils ont vu un tas de gorilles morts – treize en tout ».

Le virus à Ebola avait eu raison des grands singes. Depuis, il continue de frapper et son impact sur les gorilles des plaines occidentales est dévastateur, ajoute M. Quammen.

« Il y a eu une épidémie de décès au sein des populations de gorilles en Afrique centrale, une vague de virus Ebola qui les a tué, tout en frappant également des êtres humains, occasionnellement ».

L’écologiste Peter Walsh de l’université Cambridge étudiait des groupes de gorilles dans un sanctuaire du Congo au début des années 2000, lorsque l’Ebola a frappé – à deux reprise. Entre 90 à 95% des gorilles ont disparu. Selon M. Walsh, jusqu’à 45% des populations de gorilles pourraient être anéanties, victime du virus, en une seule génération.

Dans son livre « Spillover: Animal Infections and the Next Human Pandemic » – un ouvrage sur les infections chez les animaux et la prochaine pandémie chez l’être humain, M. Quammen se penche sur la rapidité croissante avec laquelle les virus passent d’une espèce à l’autre. Rien de bien neuf à cela. La peste bubonique, notamment, avait frappé les rats, contaminés eux-mêmes par des puces, avant de rendre les humains malades. La maladie a tué jusqu’à 60 % de la population de l’Europe au 14ème siècle.

Selon M. Quammen, le processus de contagion s’accélère. « Quelque chose semble différent parce que nous avons vu beaucoup de ces nouvelles maladies, notamment des maladies virales, émerger au cours des cinq ou six dernières décennies. Et cela, bien sûr, soulève la question de savoir pourquoi? Qu’est-ce qui est différent aujourd’hui? »

Il se pourrait tout simplement, ajoute M. Quammen, que l’humanité pénètre toujours plus profondément dans de nouveaux habitats où elle s’expose à de nouvelles créatures. « Nous sommes 7 milliards sur la planète. Nous entrons dans ces différents écosystèmes. Nous coupons des arbres, nous construisons des mines, des villages et des routes. Et nous sommes en contact avec ces animaux. Nous offrons aux virus dont ces animaux sont porteurs la possibilité d’envahir un nouvel hôte, de pénétrer dans les populations humaines ».

Ironie du sort, les êtres humains contaminent également la faune sauvage, souvent sans le savoir. Les virus respiratoires humains sont la principale cause de décès chez les chimpanzés et les gorilles, explique M. Walsh. De surcroit, il faudrait vacciner les grands singes contre d’autres maladies humaines, telles la rougeole, qu’ils seraient susceptibles de contracter.

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