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Les contestataires du Rif au Marco démentent être des séparatistes


Les activistes amazighs protestent contre le gouvernement la veille de la célébration du 2967ème nouvel an de l'Amazighé, près du parlement, à Rabat, Maroc, 13 janvier 2017.

"Nous ne sommes pas des séparatistes!", affirme Nasser Zefzafi, le leader de la contestation populaire qui secoue depuis plusieurs mois la région du Rif.

"Nos revendications sont économiques et sociales, il n'a jamais été question de la création d'un Etat indépendant", déclare à l'AFP M. Zefzafi dans sa ville d'Al-Hoceïma (nord), épicentre du mouvement né fin octobre de l'indignation provoquée par la mort d'un vendeur de poisson, broyé dans une benne à ordure.

"Après avoir échoué à nous affaiblir, l'Etat du makhzen (l'Etat central, le pouvoir, ndlr) a sorti cette carte", tranche ce chômeur de 39 ans, devenu le visage d'une contestation qui fait désormais tâche d'huile dans toute la province.

Dans le modeste salon familial, sous le portrait d'Abdelkrim el-Khattabi, vainqueur du colonisateur espagnol et fondateur de l'éphémère république du Rif en 1922, Zefzafi vient de tenir une nouvelle "conférence de presse", une longue tirade en tarifit (berbère rifain) diffusée en direct sur les réseaux sociaux.

"Ils nous ont incité à émigrer vers l'Europe, ils tentent de monter les habitants contre nous, ils nous accusent d'être trafiquants de drogue ou des pions de l'Algérie. Aujourd'hui, ils disent que nous recevons de l'argent de l'étranger. S'il y a des preuves, qu'ils les sortent!", lance en forme de défi M. Zefzafi.

- 'Fils de pauvres' -

"Depuis six mois, nos revendications sont claires, légitimes, dans le cadre de la loi: bâtir des hôpitaux, des universités, des infrastructures, lutter contre les lobbys de l'immobilier, combattre la mafia du port de pêche...", énumère-t-il.

"Nous sommes des fils de pauvres, des gens simples sortis dans la rue pour dire non à la tyrannie. Nous ne demandons rien d'exceptionnel, juste la réhabilitation de notre région aujourd'hui complètement sinistrée".

"Dictature", "tyrannie", "répression"... ces mots reviennent en boucle dans la bouche de M. Zefzafi et des jeunes qui l'entourent.

Comme un leitmotiv, les militants dénoncent la "militarisation" de la région. D'abord en référence à la forte présence policière, ensuite pour exiger le retrait formel d'un décret royal de 1958 proclamant Hoceïma zone militaire, dont l'administration ne cesse d'assurer de son côté qu'il a été annulé en 1959.

La défiance est totale envers les autorités, qui "tentent de faire croire qu'elles dialoguent avec les habitants", comme les élus locaux, "corrompus et en qui nous n'avons plus aucune confiance", affirme Nasser Zefzafi, déplorant qu'"aucun dialogue n'a été engagé directement avec la mouvance populaire".

Al-Hoceïma, dont le gouverneur a été limogé fin mars, a fait l'objet de nombreuses visites ministérielles ces derniers mois, alors que l'Etat annonce l'accélération des projets de développement pour la région.

"Nous voulons des garanties noir sur blanc, des documents signés où l'Etat s'engage formellement à créer des usines, des écoles... pour le Rif et la province", insiste Zefzafi.

"L'Etat a essayé de gagner du temps. Mais le temps joue en notre faveur", sourit-il, prédisant pour bientôt "une marche d'un million de personnes".

Avec AFP

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