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Le Sud-soudanais Riek Machar a prêté serment à Juba


Riek Machar est arrivé à Juba mardia.

Riek Machar est arrivé à Juba mardia.

Le futur vice-président du Soudan du Sud est arrivé pour prendre ses fonctions.

Le chef rebelle sud-soudanais Riek Machar a prêté serment comme vice-président mardi à Juba, dans le cadre de l'accord de paix signé en août 2015 et destiné à mettre fin à plus de deux ans d'une guerre civile dévastatrice, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Je suis pleinement engagé dans la mise en oeuvre de cet accord, afin que le processus de réconciliation et de guérison commence aussi vite que possible, pour que les gens puissent avoir foi dans le pays pour lequel ils se sont battus pendant si longtemps", a déclaré M. Machar au palais présidentiel, lors de la prestation de serment.

Après plusieurs jours d'atermoiements, le chef rebelle sud-soudanais Riek Machar est enfin arrivé mardi à Juba, où il a appelé à l'unité pour que le pays puisse "guérir de ses blessures", avant d'aller prêter serment comme vice-président.

Demande de formation d'une union nationale

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a demandé mardi "la formation immédiate du gouvernement d'union nationale" au Soudan du Sud à la suite du retour à Juba du chef des rebelles.

Ce retour et l'investiture de Riek Machar comme Premier vice-président, a-t-il dit, "marquent une nouvelle étape dans l'application de l'accord de paix" conclu en août 2015 entre les partisans du président Salva Kiir et les rebelles.

L'ambassadrice américaine Samantha Power a elle aussi appelé devant des journalistes à "la formation d'un gouvernement d'union nationale dès que possible".

Elle a expliqué que ce gouvernement devra "continuer sur cette lancée" en réalisant des réformes dans les domaines de l'économie et de la sécurité et a souligné l'importance de lutter contre l'impunité en jugeant les responsables d'exactions. "Il ne peut y avoir de paix que s'il y a de la justice", a-t-elle affirmé.

Le retour de M. Machar "est la meilleure nouvelle au Soudan du Sud depuis longtemps" mais le Conseil doit continuer de faire pression sur les deux camps, a-t-elle estimé.

Son homologue britannique Matthew Rycroft a jugé qu'il s'agissait "d'un moment très important" et a exhorté le futur cabinet de transition à "prendre toutes les mesures nécessaires pour remettre le pays dans le droit chemin".

Le représentant adjoint sud-soudanais Joseph Moum Malok a réaffirmé devant le Conseil "la ferme volonté du gouvernement (sud-soudanais) d'appliquer pleinement l'accord" de paix "malgré les retards".

Il a estimé que le gouvernement d'union pourrait être formé "dans un jour ou deux après des consultations avec les différentes parties dans le pays".

Un moment d'union

"Nous devons rassembler notre peuple pour qu'il puisse s'unir et guérir de ses blessures", a déclaré M. Machar à la presse à l'aéroport de Juba. Vêtu d'une chemise colorée, il a été accueilli par des ministres et des diplomates à sa descente d'avion. Des colombes, symbolisant la paix, ont été lâchées.

La guerre civile "a été cruelle et nous avons perdu beaucoup de gens", a ajouté M. Machar, qui n'avait plus remis les pieds dans la capitale depuis le début du conflit en décembre 2013. "Sans réconciliation nationale et guérison, nous ne pourrons y arriver", a-t-il insisté.

Il est parti dans la foulée au palais présidentiel pour prêter serment. De hauts responsables de l'Union africaine (UA) et l'ancien chef d'Etat botswanais Festus Mogae, qui préside la Commission de surveillance et d'évaluation (JMEC) de l'accord de paix, devaient assister à la cérémonie.

Le retour du chef des rebelles sud-soudanais Riek Machar dans la capitale Juba "doit permettre de commencer véritablement la transition" dans ce pays ravagé par la guerre civile, a estimé mardi un haut responsable de l'ONU.

Ce retour plusieurs fois reporté "doit ouvrir un chapitre nouveau pour le pays", a ajouté devant le Conseil de sécurité Hervé Ladsous, patron des opérations de maintien de la paix de l'ONU.

Riek Machar avait déjà occupé le poste de vice-président entre juillet 2011 - date de l'indépendance - et juillet 2013, quand il avait été démis de ses fonctions par le président Salva Kiir.

Pour Ladsous, la situation reste précaire

M. Ladsous a cependant averti que "la situation sécuritaire au Soudan du Sud reste précaire, avec des combats intermittents dans différentes régions du pays", malgré la signature de l'accord de paix en août 2015 entre le gouvernement du président Salva Kiir et les rebelles.

La situation humanitaire s'est elle aussi "aggravée, en ampleur et en urgence", a-t-il souligné. Après deux ans et demi de conflit, "plus de la moitié de la population a besoin d'aide humanitaire".

M. Ladsous a "exhorté le Conseil de sécurité à exiger des parties qu'elles respectent leurs obligations humanitaires internationales".

Il a une nouvelle fois déploré "les restrictions imposées par le gouvernement" sud-soudanais aux activités de la mission de l'ONU au Soudan du Sud et des travailleurs humanitaires.

Un retour plusieurs fois repoussé

M. Machar était initialement attendu le 18 avril à Juba, où il doit former un gouvernement de transition avec son rival M. Kiir, conformément à l'accord de paix signé le 26 août 2015.

Mais son retour a chaque jour été repoussé, la rébellion et le gouvernement ne parvenant pas à s'accorder sur des détails comme la quantité d'armes que la garde rapprochée de M. Machar pouvait emporter avec elle dans la capitale.

Devant l'insistance des partenaires internationaux, consternés par ces querelles, un accord a finalement été scellé, débouchant sur l'arrivée lundi à Juba du chef d'état-major de la rébellion, Simon Gatwech Dual, accompagné d'une centaine de soldats.

"Nous sommes ici pour mettre en oeuvre l'accord de paix", avait déclaré en sortant de l'avion M. Gatwech, qui venait de Gambella, dans l'ouest de l'Ethiopie. M. Machar a fait le même trajet mardi.

Le Soudan du Sud a plongé dans la guerre civile en décembre 2013 quand des combats ont éclaté au sein de l'armée nationale, minée par des dissensions politico-ethniques alimentées par la rivalité entre les deux hommes.

Le conflit, notamment marqué par des massacres à caractère ethnique, des viols et des tortures, a fait des dizaines de milliers de morts (le bilan exact reste inconnu) et plus de 2,3 millions de déplacés.

Tension à Juba

Même si le retour de M. Machar à Juba est considéré comme une condition sine qua non à la mise en oeuvre de l'accord de paix, il est loin de tout régler. Le feuilleton des derniers jours montre à quel point la défiance est grande entre les deux camps.

M. Mogae a ainsi déjà averti que "la formation d'un nouveau gouvernement ne serait pas en soi la panacée". Le ressentiment entre MM. Machar et Kiir est évident. Et l'un comme l'autre ne maîtrisent pas complètement les éléments les plus radicaux de leur propre camp.

Malgré la signature de l'accord de paix, les affrontements n'ont jamais cessé. Les combats opposent aussi de nombreux groupes armés aux intérêts souvent locaux et qui ne s'estiment pas soumis aux accord écrits.

La tension est grande à Juba, que le moindre incident pourrait enflammer. La rébellion y a récemment fait revenir 1.370 soldats et policiers armés, qui font désormais face aux 3.420 hommes du gouvernement, selon les termes de l'accord de paix.

Le reste des troupes, gouvernementales et rebelles, n'est pas autorisé dans un rayon de 25 km autour de la capitale.

Washington avait fait pression dimanche sur MM. Kiir et Machar. "Le monde entier attend d'eux qu'ils respectent leur parole et qu'ils mettent en oeuvre l'accord qu'ils ont signé en août dernier", a déclaré l'envoyé spécial américain au Soudan du Sud Donald Booth.

Avec AFP

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