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Le roi de la rumba, le chanteur congolais Papa Wemba, est décédé à l'âge de 66 ans


Papa Wemba, photographié à Paris en 2004, est décédé à l'âge de 66 ans.

Papa Wemba, photographié à Paris en 2004, est décédé à l'âge de 66 ans.

Dimanche matin, le manager de Papa Wemba, Marie- Laure Yaone, a annoncé la triste nouvelle à la presse.

Le chanteur était sur scène, en pleine prestation, quand il a été pris d'un malaise dans la nuit de samedi à dimanche. Il donnait un concert lors du Festival des Musiques urbaines d'Anoumabo (Femua) à Abidjan, en Côte-d'Ivoire.

Hier soir, sur sa page facebook, il avait annoncé son concert.

Lors de la deuxième journée des prestations à Anoumabo à la faveur du FEMUA 9, l'artiste Papa Wemba très attendu par une foule immense ce samedi, a donné un spectacle à la hauteur de l'artiste jusqu'à 5h28 avant de s'écrouler sur la scène.

C'est dans une panique totale que ses 6 danseuses se sont retrouvées autour de lui pour tenter de le réanimer. Constatant que l'artiste ne reprenait pas connaissance, la Croix-Rouge, accompagnée des sapeurs pompiers suivi des policiers, sont montés sur la scène. Sur l'estrade, les journalistes-photographes et cameras chassaient leurs images au moment où la sécurité leur a sommé manu militari d’arrêter de filmer.

Certains se sont vus bousculés, giflés, et dépossédés de leur appareils de reportage. Tandis qu'on transportait la star congolaise sur une civière, le commissaire général A'Salfo, tout désemparé a suivi le cortège tout en prenant l'état de santé auprès des secouristes. A'Salfo de Magic System est aussi resté auprès de lui, selon les sources de notre journaliste Roger Muntu.

Le "père" de la rumba congolaise a connu ces dernières années quelques ennuis de santé, selon des sources proches des organisateurs du festival.

La ville de Korhogo (nord), proche des frontières du Burkina et du Mali, deux pays victimes d'attaques jihadistes, aurait dû accueillir les festivaliers ce dimanche, dernier jour de la manifestation. Un programme annulé en raison de la mort surprise de l'artiste.

Un musicien hors-pair

Papa Wemba, de son vrai nom Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, est né le 14 juin 1949 à Lubefu dans le Kasaï-Oriental en République Démocratique du Congo. Papa Wemba tenait sa passion du chant de sa mère, une "pleureuse" qu'il accompagne aux veillées funèbres alors que son père préfèrerait le voir devenir avocat plutôt que musicien.

Voix haut perchée et personnalité flamboyante, le "rossignol" Papa Wemba était une des grandes figures de la rumba congolaise et le prince de la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes), mouvement dont il a été l'un des initiateurs au Zaïre dans les années 70 et qui se caractérise par les plus grandes audaces vestimentaires.

C'est l'un des artistes qui propulsera la rumba à l'échelle internationale. Il participera tout de même aux débuts du soukous. La rumba reste sa référence malgré les autres styles arborés comme le rock, ndombolo, la world music et d'autres.

Après des débuts dans des chorales religieuses, où il forge sa voix haute, très caractéristique, il arrive à Kinshasa à la fin des années 60 où, influencé comme toute sa génération par la culture anglo-saxonne, il prend le pseudonyme de "Jules Presley".

Il participe, en 1969, à la création d'un des principaux groupes zaïrois des années 70, Zaïko Langa Langa, qui dépoussière la rumba traditionnelle (style né à la fin des années 40, qui combine rythmes afro-cubains et chants congolais) en y introduisant des rythmes rock et des sonorités électriques.

Papa Wemba crée le groupe Viva La Musica en 1977. C'est alors une star en Afrique centrale. Il fonde le village de Molokaï, près de Kinshasa, dont il s'autoproclame chef coutumier.

Avec Peter Gabriel

Dans les années 80, avec l'émergence de la "world music", les producteurs européens s'intéressent à lui. Ses séjours en France sont de plus en plus fréquents. Au Zaïre, sa musique est un exutoire pour la jeunesse, même s'il refuse de jouer tout rôle politique.

Papa Wemba s'installe en France en 1986 alors que sa renommée touche même le Japon, emballé par ce dandy africain qui s'habille chez les grands couturiers.

Il commence à toucher un public élargi, grâce notamment à un album "world music" produit par le Français Martin Meissonnier en 1988 qui marie sonorités africaines et occidentales.

Au début des années 90, il se lie avec Peter Gabriel (ex-chanteur de Genesis, qui a lancé son label RealWorld), dont il assure les premières parties.

Papa Wemba sort trois disques sur le label RealWorld, élaborés pour le public occidental, alors que, parallèlement, il publie d'autres oeuvres plus ciblées sur la communauté africaine. Il ne rencontre cependant pas le succès d'autres stars africaines en Europe ou aux Etats-Unis, comme par exemple le Sénégalais Youssou N'Dour.

Brève carrière au cinéma

Il est l'acteur principal du film belgo-zaïrois "La vie est belle" de Ngangura Dieudonné Mweze et Benoît Lamy en 1987. Il compose une bonne partie de la musique originale de ce film.

Il apparaît également en 1997 dans "Combat de fauves" de Benoît Lamy.

En 2012, il a eu un petit rôle dans le film dramatique belge "Kinshasa Kids".

Démêlés avec la justice

En 2003, Papa Wemba est suspecté d'être au cœur d'une affaire de trafic de visas et d'aide à l'immigration clandestine, à travers ses tournées musicales entre son pays, la République démocratique du Congo, la France et la Belgique.

Une centaine de Congolais se seraient ainsi rendus en France et en Belgique. Des écoutes téléphoniques ont montré que pour ce passage en Europe, Papa Wemba fixait le tarif a « 3 000 dollars par personne jusqu’à la fin 2002, prix augmenté ensuite à 4 500 dollars fin 2003 ».

Le 17 février 2003, il est interpellé à Paris et maintenu en détention pendant trois mois et demi. Le 16 novembre 2004 le tribunal correctionnel français de Bobigny le condamne à 30 mois de prison, dont quatre fermes déjà purgés en 2003.

Il doit également réglé 10 000 € d’amende pour « aide au séjour irrégulier de clandestins sous couvert de ses activités musicales ».

Sur twitter, les hommages se succèdent

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