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Le retour de la guérilla au Mozambique terrorise la population


Afonso Dhlakama, leader de la Renamo, principal parti de l'opposition au Mozambique, le 18 octobre 2014.

Afonso Dhlakama, leader de la Renamo, principal parti de l'opposition au Mozambique, le 18 octobre 2014.

Cadavres en décomposition dans la forêt, enlèvements, villages rasés: dans le maquis de Gorongosa au centre du Mozambique, les affrontements entre armée et opposition terrorisent la population, victime d'une guérilla qui ressurgit plus de 20 ans après la fin de la guerre civile.

"Ça fait deux mois que j'ai trouvé ces corps et personne n'est venu les enlever", soupire Donça Sabir en regardant, l'air interdit, les neuf cadavres qui jonchent la forêt à la lisière de son champ, près de Gorongosa.

Habillés en civils, le pantalon baissé au niveau des chevilles et les visages encore figés de douleur, les corps gisent à moins de cent mètres de la route principale qui traverse le pays du nord au sud.

Un peu plus loin, sous un pont, quatre crânes dépassent du sable. Partie émergée d'un charnier d'une dizaine de corps découverts il y a quelques semaines et sommairement enterrés par les autorités locales, sans autopsie.

Autour du site, les villageois parlent d'autres fosses communes de centaines de corps à proximité, mais tous craignent de les montrer. A mots couverts, ils évoquent les escadrons de la mort, qui circulent à bord de pick-up blancs pour éliminer les partisans de la Renamo, le parti d'opposition qui a récemment repris les armes.

"Le gouvernement mozambicain doit nous dire qui sont ces gens, comment ils sont morts et qui a mis leurs corps ici. Je trouve difficile de comprendre comment on peut mener une enquête sans autopsie", estime Zenaida Machado, chercheuse spécialiste du Mozambique pour l'organisation internationale de défense des droits de l'Homme, HRW.

"C'est très inquiétant qu'au lieu de prendre ces découvertes sérieusement, la première réaction des autorités soit de nier", poursuit-elle.

Sur place, les autorités du Frelimo assurent en effet que "tout est calme".

Frappé par une guerre civile sanglante entre les deux partis de 1976 à 1992 qui a fait un million de morts, le Mozambique vit depuis 2013 une nouvelle période d'instabilité, depuis que la Renamo a décidé de reprendre les armes pour revendiquer le partage du pouvoir.

Les incidents s'intensifient depuis quelques mois, mais les deux camps se renvoient la responsabilité des exactions.

"Les escadrons de la mort terrorisent ceux qui critiquent le régime. Les personnes sont enlevées dans leurs maisons et assassinées", assure Ivone Soares, la chef de la Renamo au parlement mozambicain, qui estime que le Frelimo, le parti au pouvoir, impose une "république de la peur".

Selon la police, la Renamo a mené 18 attaques ces deux dernières semaines sur la route principale du pays, faisant 7 morts et plus de trente blessés.

"Les deux parties sont en train de tuer la population innocente, les deux violent les droits de l'homme", explique Daviz Simango, un ancien membre de la Renamo désormais maire de Beira, la grande métropole de la région sous la bannière du MDM, un parti indépendant.

Village fantôme

A 30 km à l'est de Gorongosa, au milieu des champs de maïs sur la petite piste de terre qui mène au village de Vunduzi, dix camions blindés de l'armée contrôlent l'accès à ce bastion de l'opposition.

En arrière-plan, se dresse la luxuriante montagne où se terre le chef de la Renamo, Afonso Dhlakama qui a échappé à plusieurs tentatives d'assassinat ces derniers mois.

Dépité, sur le bord de la route, Joaquim Assais, contemple son village récemment détruit.

"Mon père était assis là lorsque l'armée est arrivée. Ils l'ont attaché, battu, puis ils ont brûlé les maisons", affirme à l'AFP ce fermier qui dort désormais sous un arbre dans la forêt avec le reste de sa famille.

Au bout de la piste, Vunduzi ressemble à un village fantôme. Quelques militaires patrouillent, Kalachnikov au flanc, sur la place du marché quasi déserte où seuls deux ou trois vendeurs de bananes sont encore présents.

L'école est abandonnée et le tableau noir figé dans le temps rappelle que le dernier cours de mathématiques a été donné le 16 mars.

"Ici, c'est la guerre", assure Siwageros Campira, un commerçant qui montre son échoppe criblée de balles. "Dès que le soir arrive on plie tout et on va se cacher dans la forêt. Ces derniers mois il y a eu beaucoup de tirs et beaucoup de personnes ont été capturées et tuées par des soldats" poursuit-il.

"Il suffit d'avoir un frère qui soit de la Renamo et que quelqu'un le sache pour que l'on soit emmené et tué", assure Frederico Mudjeza, un chef de quartier dans le village.

"Comme n'importe quelle guérilla, la Renamo sait se fondre dans la population et mener une vie normale tandis que les forces armées essaient de les empêcher de ravitailler leur leader", souligne le maire de Beira.

Dans la capitale mozambicaine, des tractations ont repris la semaine dernière pour entamer un nouveau processus de paix. A Gorongosa, les villageois espèrent un peu de répit et rêvent d'une paix enfin durable.

Avec AFP

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