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Le procès Hissène Habré ajourné au 7 septembre


Hissène Habré, Dakar, 20 juillet 2015

Hissène Habré, Dakar, 20 juillet 2015

Au lendemain même de son ouverture, le procès de l'ex-président tchadien Hissène Habré, jugé par un tribunal spécial africain à Dakar pour crimes contre l'humanité, a été ajourné mardi au 7 septembre, l'accusé refusant de se défendre devant une juridiction qu'il récuse.

Face à la volonté affichée de Hissène Habré de boycotter un procès qui se veut exemplaire pour la lutte contre l'impunité en Afrique, la Cour s'est résolue à commettre d'office trois avocats sénégalais, auxquels elle a accordé 45 jours pour leur "permettre de s'approprier l'entièreté de ce dossier".

Le président tchadien déchu, 72 ans, en boubou et turban blancs, qui comme la veille avait été conduit de force au palais de justice de Dakar, a aussitôt pavoisé.

Dès l'annonce de l'ajournement, Hissène Habré, qui avait fustigé lundi un tribunal "illégitime et illégal" et "l'impérialisme", s'est levé sous les acclamations de ses partisans, qui ont crié: "Allah akbar!" (Dieu est le plus grand, en arabe). Il leur a souri, a levé le poing, les a salués en serrant les deux mains, et a fait le "V" de la victoire.

Les avocats des parties civiles ont mis en garde le tribunal contre le risque que ce délai de 45 jour ne permette à l'accusé de "prendre en otage ce procès", notamment en récusant ses avocats commis d'office à la reprise des audiences.

Cet ajournement pourrait lui permettre "de saboter, paralyser, asphyxier une justice dont il ne veut pas, tant il redoute le verdict qui le menace", a averti l'avocat français William Bourdon, au nom du collectif de défense des parties civiles.

En détention depuis deux ans au Sénégal, où il avait trouvé refuge après avoir été renversé par l'actuel président tchadien Idriss Deby Itno, Hissène Habré est poursuivi pour "crimes contre l'humanité, crimes de guerre et crimes de torture".

La répression sous son régime (1982-1990) a fait 40.000 morts, selon les estimations d'une commission d'enquête tchadienne. Il encourt entre 30 ans de prison ferme et les travaux forcés à perpétuité.

Mbacké Fall, le procureur général des Chambres africaines extraordinaires (CAE), tribunal spécial créé en vertu d'un accord entre le Sénégal et l'Union africaine (UA), a rappelé que, depuis le début, la ligne de défense du prévenu était "la négation même de la Chambre. Il n'a jamais voulu collaborer à l'oeuvre de justice".

"Il ne lui appartient pas de récuser qui que ce soit", a assuré M. Fall.

Le président du tribunal, le Burkinabè Gberdao Gustave Kam, a expliqué que les avocats commis d'office auraient le devoir de "sauvegarder les intérêts de Hissène Habré, même contre son gré".

"On veut un procès équitable", a souligné le magistrat, précisant qu'il incombait à la Cour d'assurer un procès "impartial, équitable, où les règles de droit et de procédure soient respectées".

Le dispositif de sécurité avait été renforcé par rapport à lundi, alors que les partisans de l'accusé avaient déclenché un incident juste avant l'ouverture du procès, scandant des slogans hostiles à la Cour avant d'être évacués.

Les gendarmes étaient présents en plus grand nombre et les agents pénitentiaires affectés à la sécurité du prévenu avaient pris position non plus du côté du box des accusés, comme la veille, mais dans la salle même, faisant un barrage entre l'assistance et la table à laquelle était installé Hissène Habré, face à la Cour.

Ce procès inédit doit aussi permettre à l'Afrique, où la Cour pénale internationale (CPI) est fréquemment accusée de ne poursuivre que des dirigeants africains, de montrer l'exemple.

Selon le ministre sénégalais de la Justice, Sidiki Kaba, s'exprimant lundi à Dakar lors d'une rencontre internationale sur la création de la CPI, le procès de Hissène Habré marque "un signal très fort" pour la justice internationale. A travers lui, "c'est l'Afrique qui juge l'Afrique".

Plus de 4.000 victimes "directes ou indirectes" se sont constituées parties civiles. Le tribunal spécial a prévu d'entendre 100 témoins.

En cas de condamnation, l'accusé pourra purger sa peine au Sénégal ou dans un autre pays de l'Union africaine.

Avec AFP

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