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Le président sud-africain renonce à bloquer la sortie d'un rapport sur la corruption


Des militants du Congrès national africain chantent un slogan lors de la campagne du président Jacob Zuma dans un quartier de Pretoria, Afrique du sud, le 5 juillet 2016.

Des militants du Congrès national africain chantent un slogan lors de la campagne du président Jacob Zuma dans un quartier de Pretoria, Afrique du sud, le 5 juillet 2016.

Le président sud-africain Jacob Zuma a retiré mercredi son recours devant la justice pour empêcher la publication d'un rapport sur la corruption potentiellement très embarrassant au moment où se multiplient les appels à sa démission.

La volte-face du président ouvre la voie à la sortie prochaine de ce document très attendu. Le rapport concerne principalement des soupçons d'influence de la sulfureuse famille d'hommes d'affaires Gupta sur le président Zuma au point de lui imposer la nomination de certains ministres pour favoriser leurs intérêts.

Il a été rédigé par la médiatrice de la République, Thuli Madonsela juste avant qu'elle ne quitte son poste, mi-octobre.

Le chef de l'Etat avait alors saisi en urgence la justice pour bloquer sa publication, suspendant de fait la sortie du document.

Joint par VOA Afrique affirmme que cette affaire pourrait bien etre le scandale de trop pour le président sud-africain.

Mais mercredi, son avocate Anthea Platt a créé la surprise en annonçant avoir reçu comme instruction "de retirer le recours".

Les avocats des partis d'opposition qui contestaient ce recours du président ont, dans la foulée, demandé à la justice d'ordonner la publication "immédiate" du rapport.

Le texte est pour l'heure conservé dans un coffre-fort au sein des bureaux de la nouvelle médiatrice, Busisiwe Mkhwebane, qui a d'ores et déjà annoncé qu'elle se plierait à la décision de la justice.

Mercredi, plusieurs milliers de personnes issues des principaux partis d'opposition et de la société civile manifestaient dans les rues de Pretoria pour réclamer la démission de Jacob Zuma.

"Si j'en crois les évènements de cette semaine, les choses ne vont pas si bien pour les mauvaises personnes. Oui, notre pays est attaqué mais détrompez-vous, les bons sont en train de gagner", a lancé Mmusi Maimane, le leader de l'Alliance démocratique (DA), le principal parti d'opposition, à la foule.

"J'ai passé la nuit ici (...) pour réclamer la démission de Zuma et le départ des Gupta du pays", a déclaré à l'AFP Dominic Khulube, un militant des Combattants pour la liberté économique (EFF), un parti d'opposition de gauche radicale.

Guerre politique

La marche arrière du président constitue le deuxième revirement juridico-politique de la semaine en Afrique du Sud.

Lundi, le parquet avait soudainement abandonné des poursuites très controversées contre le ministre des Finances Pravin Gordhan, soupçonné de fraude.

Rejoint par l'opposition et de nombreux analystes, M. Gordhan avait jugé ces accusations sans fondements et dénoncé une manoeuvre politique du camp de M. Zuma, auquel il s'oppose sur la gestion des entreprises publiques et la lutte anticorruption.

Ces multiples affaires nourrissent une véritable guerre politique au sein du même parti au pouvoir en Afrique du Sud, le Congrès national africain (ANC), où s'affrontent le camp du président Zuma et celui des frondeurs mené par le ministre des Finances.

La publication du rapport sur la corruption risque de fragiliser un peu plus le chef de l'Etat.

Si Jacob Zuma a survécu à de nombreux scandales depuis sa prise de fonctions en 2009, il est aujourd'hui de plus en plus critiqué depuis le revers historique de l'ANC lors des élections municipales d'août.

Mardi, dans une charge inédite, la très respectée fondation Nelson Mandela, a ainsi appelé, mardi à mots couverts, au départ du chef de l'Etat.

L'un des principaux syndicats de la fonction publique, Nehawu, allié historique de l'ANC, a également demandé sa démission.

Bien que le contenu du rapport soit encore tenu secret, quelques éléments ont déjà fuité dans la presse sud-africaine.

Ce weekend le Sunday Times a affirmé que David van Rooyen, alors député du parti au pouvoir, s'était rendu à sept reprises chez les Gupta dans la semaine précédant sa nomination surprise en décembre 2015 au ministère des Finances.

Cette nomination avait provoqué la panique des marchés et contraint le président Zuma à rappeler, au bout de quatre jours seulement, le très respecté Pravin Gordhan.

Avec AFP

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