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Le président rwandais Paul Kagamé fête déjà sa victoire


Les résultats de la présidentielle du 9 août sont encore partiels. Selon la Commission électorale, le no1 rwandais est crédité de 92,9% des voix. Mais ses partisans et lui-même n’ont pas attendu pour fêter leur victoire.

Le président Paul Kagamé sollicite un nouveau mandat de 7 ans à la tête du Rwanda. « C’est la victoire du peuple du Rwanda » a-t-il lancé à ses partisans.

Le scrutin du 9 août est qualifié de « mascarade » par l’opposition radicale, écartée de la course. Cette opposition rappelle que Mr. Kagamé avait face à lui trois candidats « fantoches » qui l’avaient soutenu lors de la première présidentielle post-génocide de 2003 et qu’ils avaient repris peu ou prou cette année dans leurs programmes les idées phares du FPR, le Front patriotique rwandais, le parti au pouvoir de Mr. Kagamé. L’un de ses challengers, Jean Damascène Ntaywukuriryayo du Parti Social démocrate, le PSD a recueilli 4,9% des voix.

Une élection sans surprise qui a abouti dans un climat délétère, selon des observateurs et défenseurs des droits de l’Homme: les arrestations et assassinats arbitraires d’opposants, de journalistes et de militaires se sont multipliés depuis des mois. L’opposant et candidat à ce scrutin, Bernard Ntaganda, leader du PSI, le Parti Social-Imberakuri a été arrêté fin juin. Victoire Ingabiré Umuhoza, présidente des Forces démocratiques unifiées (FDU) a été arrêtée en avril, accusée de « négationnisme ». Elle est toujours sous contrôle judiciaire. Quant au no2 du Parti démocratique vert, André Kagwa Rwisereka, critique du président Kagamé, il a été trouvé mort dans un marais.

Le président rwandais Paul Kagamé fête déjà sa victoire

Le président rwandais Paul Kagamé fête déjà sa victoire

« Nous vivons dans un pays qui est sorti du génocide, qui est préoccupé avant tout par son unité et sa reconstruction et qui donc doit éviter les extrémismes de tout bord», a dit à la VOA, Venuste Karambizi, politologue à Kigali.

Reporters sans frontières dénonce aussi la répression contre la presse : assassinat du rédacteur en chef du bimensuel indépendant « Umuvugizi » Jean-Léonard Rugambage. D’autres journalistes ont été contraints à l’exil après avoir reçu des menaces de mort. A cela s’ajoute : l’interdiction par le Haut conseil d’une trentaine de médias dont La Voix de l’Amérique.

Certains journalistes ont une part de responsabilité, estime le professeur Karambizi qui insiste : au Rwanda il existe un contre-pouvoir. « Certains journalistes ne sont pas professionnels et n’ont aucune envie de l’être. Ils voudraient à la place des médias jouer un jeu fantaisiste mais destructeur. Alors, quand le régime en place s’oppose au nom de l’intérêt général, ces médias saisissent l’opinion internationale et prétendent être persécutés », conclut-il.

Du côté de l’armée, plusieurs haut gradés – la plupart issus du premier cercle du FPR- ont été évincés pour corruption et mauvaise conduite, ou contraints à l’exil, à l’instar du colonel Patrick Karegeya qui a fui en Afrique du Sud en 2007. Ou encore le général Faustin Kayumba Nyamwasa, victime le 19 juin d’une tentative d’assassinat à Johannesburg.

Le Général Kayumba Nyamwasa.

Le Général Kayumba Nyamwasa.

Le président Paul Kagamé nie toute implication des services de renseignement rwandais. Et il promet la guerre à ses adversaires qui tenteraient de déstabiliser le pays. « Ceux qui veulent la guerre, ils auront la guerre », a-t-il mis en garde lors de la campagne électorale.

Paul Kagamé défend plutôt un bilan impressionnant : une économie prospère, axée notamment sur les services, les nouvelles technologies et la modernisation du secteur agricole. Une corruption jugée « négligeable » par l’ONG de référence, Transparency International. Paul Kagamé - qui préside aux destinées de ce petit pays d’Afrique centrale de quelque 11 millions d’habitants – promet d’en faire le Singapour du continent d’ici 2020.

Pour le professeur Venuste Karambizi, politologue « Le système politique rwandais se reconstruit depuis le génocide de 1994. Il y a des faiblesses comme dans tout système, notamment aux Etats-Unis en France ou en Allemagne ».

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