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Le pape à Ciudad Juarez : la prison n'est pas la seule solution à "l'insécurité"


Le pape François reçoit une croix faite par un détenu à la prison CERESO n. 3, à Ciudad Juarez, Mexique, 17 février 2016.

Le pape François reçoit une croix faite par un détenu à la prison CERESO n. 3, à Ciudad Juarez, Mexique, 17 février 2016.

Le pape a déclaré mercredi que la prison n'était pas la seule solution à "l'insécurité" lors de la visite d'un centre pénitentiaire mexicain accueillant 3.000 détenus, qui fut jadis l'un des plus dangereux d'Amérique latine.

"Il semblerait parfois que les prisons se proposent de mettre les personnes dans l'incapacité de continuer de commettre des délits, plus que de promouvoir les processus de réhabilitation (...). Il faut intervenir pour faire face aux causes structurelles et culturelles de l'insécurité", a déclaré le pape François.

"La réinsertion commence avant, au dehors, dans les rues de la ville (...) par la création d'un système que nous pourrions qualifier de santé sociale, c'est-à-dire, d'une société qui cherche non pas à rendre malade en polluant les relations dans le quartier, dans les écoles, sur les places, dans les rues, dans les maisons", a souligné Jorge Bergoglio.

Cette visite de François dans un établissement carcéral mexicain survient quelques jours après la tuerie (49 morts) entre détenus de bandes rivales dans une prison à Monterrey, au nord-est du pays.

Devant plusieurs centaines de détenus réunis dans la cour, le pape a exhorté: "Celui qui a affronté la douleur jusqu'au plus haut point et dont nous pourrions dire +il a vécu l'enfer+ peut devenir prophète dans la société. Travaillez pour que cette société qui utilise et jette ne continue pas à faire des victimes".

Plusieurs détenus sont montés sur scène, à tour de rôle, pour lui serrer la main. L'un d'entre eux lui a offert une longue croix en bois.

Messe transfrontalière inédite

Le pape a été accueilli par une foule enthousiaste à Ciudad Juarez, au cinquième et dernier jour de son voyage au Mexique, avant de rejoindre en papamobile la prison "Cereso 3".

François visite très souvent des prisons, pour rappeler la parole de Jesus Christ rapportée dans l'Evangile: "j'étais en prison et tu m'as visité".

Dans l'après-midi, Jorge Bergoglio devait plaider pour la sécurité et l'accueil des immigrés sur le continent nord-américain, et se recueillir symboliquement à la frontière qui sépare le Mexique du Texas, en pleine campagne pour l'élection présidentielle américaine.

Une immense scène a été installée près de la clôture qui sépare les deux pays où le pape célébrera une messe transfrontalière inédite qui devrait être suivie par plus de 200.000 personnes.

Côté américain, à El Paso, un écran géant a été installé dans un stade pouvant accueillir 50.000 personnes.

De nombreux fidèles sont arrivés très tôt le matin, portant des tee-shirts "J'aime le pape". Certains "latinos" sont venus des États-Unis pour assister à la messe.

"J'ai vécu des années dans la peur de me faire attraper mais j'ai finalement accompli mon rêve", expliquait Conchita Somosa, une Mexicaine de 60 ans venu de Nogales en Arizona (sud des Etats-Unis), qui avait franchi clandestinement cette frontière vingt ans plus tôt, avant finalement d'obtenir la nationalité américaine.

Lors de la messe, le pape doit prier pour les victimes des différentes formes de violences au Mexique. Un groupe de familles des 43 étudiants enlevés et tués sera notamment présent.

Pape 'très politique' selon Trump

François a plaidé sans cesse depuis le début de son pontificat pour que les immigrants qui fuient leurs pays en raison de la misère, de la guerre, des persécutions religieuses ou politiques reçoivent une seconde chance dans les pays d'accueil.

Sa visite à Ciudad Juarez sera observée attentivement depuis les Etats-Unis, l'immigration étant undes thèmes clivants de labataille pour la Maison Blanche.

"Je pense que le pape est quelqu'un de très politique" a déclaré la semaine dernière Donald Trump, le promoteur immobilier candidat à l'investiture républicaine. "Je ne suis pas sûr qu'il mesure le danger que représente (pour nous) cette frontière ouverte avec le Mexique", a ajouté le milliardaire, qui a promis que s'il était élu il ferait construire un mur entre les Etats-Unis et le Mexique.

AFP

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