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Le Nigeria fait appel à des mercenaires contre Boko Haram


Opération contre Boko Haram près de Gambaru (Reuters)

Opération contre Boko Haram près de Gambaru (Reuters)

Selon un diplomate basé à Abuja, la capitale nigériane, des mercenaires sud-africains seraient appuyés par des soldats originaires de l'ex-Union soviétique.

JOHANNESBURG/DAKAR (Reuters) - Le Nigeria a fait venir des centaines de mercenaires originaires d'Afrique du Sud et d'anciennes républiques soviétiques pour appuyer son offensive contre la secte islamiste Boko Haram, a-t-on appris de sources sécuritaires et diplomatiques.

Les rumeurs sur la présence de mercenaires ont pris de l'ampleur depuis la publication il y a une semaine sur Twitter d'une photo d'un homme blanc habillé en kaki et portant un gilet pare-balles à bord d'un véhicule blindé circulant dans les rues de Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria.

Un journaliste de Reuters qui connaît bien la ville, dont Boko Haram veut faire la capitale de son "califat" islamique, a pu confirmer que la photo y a bien été prise et des détails, comme la présence d'affiches électorales, montrent qu'il s'agit d'un cliché récent. Des sources diplomatiques et sécuritaires contactées par Reuters ont confirmé la présence de mercenaires sur le sol nigérian, et estimé leur nombre bien plus élevé que la centaine évoquée jusqu'alors.

Un porte-parole du gouvernement nigérian a refusé de faire le moindre commentaire, renvoyant les journalistes vers un porte-parole de l'armée qui a à son tour refusé de répondre.

Mercredi dernier, le président Goodluck Jonathan, qui sollicite un nouveau mandat présidentiel, a déclaré dans un entretien accordé à Voice of America que deux entreprises fournissaient des "instructeurs et techniciens" à l'armée nigériane, sans préciser leur nom, leur nationalité ou leurs effectifs. Une source sécuritaire ouest-africaine et une source militaire sud-africaine ont cependant déclaré que les soldats étrangers étaient liés aux dirigeants d'une ancienne société sud-africaine de sécurité, Executive Outcomes, connue pour son implication dans la guerre civile qui a déchiré l'Angola de 1975 à 2002 et dans la lutte contre la rébellion en Sierra Leone en 1995.

La société a été dissoute en 1998 sous la pression de Pretoria qui cherchait à débarrasser l'Afrique du Sud de son imposant secteur de la sécurité privée. La source ouest-africaine évalue à plusieurs centaines le nombre de mercenaires impliqués dans les combats contre Boko Haram pour un salaire quotidien d'environ 400 dollars (375 euros).

Une source sud-africaine précise que la date de leur déploiement correspond à celle de l'annonce du report de six semaines de l'élection présidentielle nigériane, initialement prévue pour la mi-février.

Selon un diplomate basé à Abuja, la capitale nigériane, les mercenaires sud-africains seraient appuyés par des soldats originaires de l'ex-Union soviétique et équipés de matériel de même provenance. "Cela ressemble à un stratagème de dernière minute pour obtenir quelques succès sur le terrain en six semaines et obtenir un coup de pouce électoral", dit le diplomate, qui évalue entre 200 et 400 le nombre de mercenaires déployés.

Leur impact réel sur le déroulement des combats reste difficilement quantifiable, même si la campagne militaire menée contre Boko Haram commence à porter ses fruits depuis quelques semaines. Elle a pris une nouvelle dimension depuis la décision du Cameroun, du Tchad, du Niger et du Bénin de mobiliser des milliers d'hommes pour aider le Nigeria à venir à bout de l'insurrection.

L'annonce de la présence au Nigeria d'instructeurs sud-africains n'a pas été du goût du gouvernement de Pretoria, dont la ministre de la Défense Nosiviwe Mapise-Nqakula a fait part de son mécontentement et rappelé que la loi sud-africaine interdit l'utilisation de mercenaires. "Ce sont des mercenaires, qu'ils entraînent, apportent leur savoir-faire ou fassent du repérage. Il n'ont rien à faire là bas", a-t-elle déclaré aux médias sud-africains.

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