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Le lâchage des vétérans est "le début de la fin" pour Mugabe au Zimbabwe


Des milliers de supporters du parti Zanu PF se sont rassemblés autour du siège social du parti pour montrer leur soutien au président Robert Mugabe

Des milliers de supporters du parti Zanu PF se sont rassemblés autour du siège social du parti pour montrer leur soutien au président Robert Mugabe

La charge surprise des anciens combattants du Zimbabwe contre leur président Robert Mugabe donne le signal du "début de la fin" pour le vieux chef, déjà sous pression d'une population exténuée par la crise économique, selon des analystes.

Dans une déclaration sans précédent jeudi, l'Association des vétérans de la guerre de libération du Zimbabwe a dénoncé les "tendances dictatoriales" de M. Mugabe, 92 ans dont 36 au pouvoir, et annoncé qu'elle ne le soutiendrait pas à la prochaine élection présidentielle de 2018, à laquelle il compte se présenter.

"C'est le début de la fin pour Mugabe", estime Takavafira Zhou, professeur de sciences politiques à l'université d'Etat de Masvingo (Zimbabwe). "Les anciens combattants ont compris que Mugabe était en train de sombrer et son régime avec lui. Ils ne veulent pas couler avec le navire".

Les vétérans, qui ont combattu pour la guerre d'indépendance de 1972 à 1979, ont été un des piliers du régime Mugabe et de son parti, la Zanu-PF, rappelle Charles Laurie, analyste chez Verisk Maplecroft.

Mais "la relation entre nous, les vétérans, et le président s'est brisée. Lui et le parti ne nous aiment plus", déclarait la semaine dernière lors d'un meeting le commissaire politique des vétérans, Francis Nhando.

Cause de la discorde, un programme lancé par la Zanu-PF pour récompenser les fidèles du parti en leur accordant des parcelles de terrain à bâtir, programme dont sont exclus les anciens combattants, alors qu'ils étaient toujours prioritaires jusque là.

"Nous sommes très en colère contre ce que fait le président", a déclaré à l'AFP un vétéran, Beta Guvheya. "Il n'y a plus d'argent dans ce pays, pas parce qu'il est pauvre, mais parce que nous n'avons plus de dirigeant. Voilà pourquoi nous disons que Mugabe doit partir."

Pour l'ancien chef des vétérans Jabulani Sibanda, "on a touché le fond". Exclu de la Zanu-PF pour avoir dénoncé l'influence excessive de Grace Mugabe, l'épouse du président, M. Sibanda estime que le pouvoir "a perdu le contact avec la réalité".

La colère gronde

"En retirant leur soutien à Mugabe, les anciens combattants ont infligé un coup dur au dictateur en difficulté", juge Charles Laurie. Leur déclaration "semble témoigner d'une rupture décisive avec le Zanu-PF".

Pour Dumisani Muleya, éditeur du journal privé Zimbabwe Independent, "la prise de position historique des anciens combattants contre Mugabe pourrait un moment politique charnière pour le Zimbabwe, laissant présager une nouvelle époque".

Le gouvernement a réagi samedi, qualifiant de "traîtres" les vétérans frondeurs et annonçant son intention de lancer des enquêtes contre les auteurs de la déclaration anti-Mugabe pour les traduire en justice.

Le ministre des Anciens combattants Walter Tapfumaneyi a appelé les vétérans à "rester loyal au président et au parti, rester disciplinés et se méfier des machinations des détracteurs du Zimbabwe".

Si ces vétérans, qui demeurent des figures respectées dans le pays, rejoignent la fronde nationale menée des associations de la société civile, des dignitaires religieux et des partis d'opposition, le président Mugabe pourrait perdre la bataille, selon M. Muleya.

Le pays a connu ces dernières semaines une série de manifestations et de grèves, un mouvement rare au Zimbabwe, contrôlé d'une main de fer par Robert Mugabe depuis l'indépendance en 1980.

Encore inconnu du grand public il y a quelques mois, le pasteur Evan Mawarire s'est imposé comme le leader d'un nouveau mouvement citoyen protestataire qui dénonce la profonde crise économique au Zimbabwe.

C'est la réforme agraire lancée en 2000 par le président Mugabe qui avait précipité dans l'ornière le Zimbabwe, auparavant grenier de l'Afrique australe, en ruinant son agriculture. Les vétérans avaient joué un rôle clé dans cette réforme, en envahissant, souvent par la force, des exploitations appartenant aux fermiers blancs pour les redistribuer à la majorité noire.

Une bonne partie des terres saisies avait cependant été donnée à des fidèles du pouvoir, notamment des vétérans, sans qualification ni capitaux pour les exploiter. L'économie du Zimbabwe ne s'en est jamais remise.

Avec AFP

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