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Le jihadiste accusé d'avoir détruit des mausolées de Tombouctou fixé sur son sort mardi


Ahmad Al Mahdi Al Faqi assis au tribunal lors de sa comparution initiale devant la Cour pénale internationale à La Haye, Pays-Bas, 30 septembre 2015.

Ahmad Al Mahdi Al Faqi assis au tribunal lors de sa comparution initiale devant la Cour pénale internationale à La Haye, Pays-Bas, 30 septembre 2015.

La Cour pénale internationale (CPI) doit rendre mardi un jugement historique contre un jihadiste malien ayant reconnu avoir détruit des mausolées protégés à Tombouctou, une décision qui pourrait envoyer un "message fort" contre la destruction de biens culturels à travers le monde.

Alors que 55 sites sont officiellement classés "en danger" par l'Unesco à travers le monde et que de nouveaux sont régulièrement détruits, notamment en Irak ou en Syrie, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a appelé cette semaine les Etats à protéger leurs "trésors de l'humanité".

"Les combattants qui attaquent des trésors culturels veulent endommager non seulement ces biens, mais ils cherchent aussi à déchirer le tissu social", a-t-il affirmé, quelques jours après la réinstallation à Tombouctou de la "porte secrète" de la mosquée Sidi Yahia, qui avait été détruite par les jihadistes.

Ban Ki-moon espère en outre que ce jugement, le premier à la CPI pour destruction de biens culturels, mettra "fin à l'impunité".

Des dunes du Sahara à celles de la mer du Nord, au pied desquelles se dresse la CPI, le Touareg Ahmad Al Faqi Al Mahdi est accusé de crime de guerre pour avoir "dirigé intentionnellement des attaques" contre neuf des mausolées de Tombouctou (nord du Mali), et contre la porte de la mosquée Sidi Yahia entre le 30 juin et le 11 juillet 2012.

Après avoir plaidé coupable à l'ouverture de son procès, cet homme aux petites lunettes avait demandé pardon à son peuple, assurant être "plein de remords et de regrets". Disant avoir été à l'époque "sous l'emprise" de groupes jihadistes, il avait appelé les musulmans du monde entier à résister "à ce genre d'actions".

La procureure affirme que l'accusé, né vers 1975, était un membre d'Ansar Dine, l'un des groupes jihadistes liés à Al-Qaïda qui ont contrôlé le nord du Mali pendant environ dix mois en 2012, avant d'être en grande partie chassés par une intervention internationale déclenchée en janvier 2013 par la France.

En tant que chef de la Hisbah, la brigade islamique des moeurs, il aurait ordonné et participé aux attaques contre les mausolées, détruits à coups de pioche, de houe et de burin.

Pour ses avocats, l'accusé est pourtant "un homme honnête" qui, à un moment donné, "s'est trompé". "C'est un homme qui voulait construire quelque chose de mieux", avait affirmé son avocat Jean-Louis Gilissen lors de sa plaidoirie.

9 à 11 ans de prison requis

Ce procès a vu une avalanche de premières pour la Cour : premier accusé à reconnaître sa culpabilité, Ahmad Al Faqi Al Mahdi est le premier jihadiste présumé à être jugé à La Haye et le premier accusé dans le cadre du conflit malien.

L'accusation avait requis entre neuf et onze ans de détention, soit une peine reconnaissant à la fois la gravité du crime et la collaboration de l'accusé. La défense s'était engagée à ne pas interjeter appel si la peine décidée par les juges se trouve effectivement au sein de cette échelle.

Pour Carrie Comer, de la Fédération internationale des droits de l'homme, la peine ne peut pas être "trop légère": "il ne s'agit pas d'un crime sans victimes et il est important d'envoyer le message que la destruction de biens culturels est un crime et que celui-ci sera puni".

Fondée à partir du Ve siècle par des tribus touareg, tirant sa prospérité du commerce caravanier, la ville de Tombouctou est devenue un grand centre intellectuel de l'islam et a connu son apogée au XVe siècle.

Les personnages vénérés enterrés dans les mausolées valent à Tombouctou son surnom de "Cité des 333 saints" qui, selon des experts maliens de l'islam, sont considérés comme les protecteurs de la ville, susceptibles d'être sollicités pour des mariages, pour implorer la pluie ou lutter contre la disette, etc...

Ce sont ces rites, contraires à leur vision rigoriste de l'islam, que les jihadistes ont tenté d'éradiquer, d'abord par la sensibilisation, avant d'en venir à la destruction des mausolées, selon l'accusation.

Même si la liste des sites en danger ne cesse de s'allonger, d'autres poursuites ne seront pas évidentes. Ni l'Irak, ni la Syrie n'ont signé le Statut de Rome, le traité fondateur de la CPI : sans décision de l'ONU, aucune enquête n'est possible.

Avec AFP

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