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Le Haut-Ogooué, fief des Bongo, au coeur de la polémique sur la présidentielle au Gabon


Le président et candidat Ali Bongo, à Libreville, le 27 août 2016. (VOA/Idriss Fall)

Le président et candidat Ali Bongo, à Libreville, le 27 août 2016. (VOA/Idriss Fall)

La province du Haut-Ogooué (sud-est), fief de la famille Bongo au pouvoir depuis près de 50 ans au Gabon, se retrouve au coeur de la polémique sur les résultats de la présidentielle à un tour du 27 août et de la réélection violemment contestée du chef de l'Etat sortant, Ali Bongo Ondimba.

"Manoeuvre grossière" selon l'opposition, "anomalie évidente" pour les observateurs de l'Union européenne (UE): les critiques pleuvent de toutes parts sur les résultats annoncés la semaine dernière dans le Haut-Ogooué, où le président Ali Bongo à obtenu plus de 95% des voix avec un taux de participation de 99,93%.

De fait, le score obtenu dans cette province rurale, frontalière du Congo, a permis au président sortant de rattraper un retard d'environ 60.000 voix sur son principal rival Jean Ping, et de finalement l'emporter d'une très courte tête au niveau national (moins de 6.000 voix), déclenchant des émeutes et des pillages massifs dans le pays.

"Même en Corée du Nord, ils n'osent pas annoncer des chiffres pareils!", ne cesse de dénoncer le camp de l'opposant Jean Ping, qui s'est proclamé "président élu" dès l'annonce des résultats provisoires attribuant la victoire à M. Bongo.

"A chaque élection, les résultats du Haut-Ogooué arrivent en dernier à la Cénap (Commission électorale nationale): c'est la variable d'ajustement", accuse un proche de l'opposant.

La mission d'observation de l'UE parle d'"une anomalie évidente" dans la province, où "les résultats n'ont pas été annoncés publiquement" contrairement au reste du pays. Elle souligne aussi que la participation est "nettement supérieure" à la moyenne "estimée à 48%" dans les huit autres provinces.

Défense du président Bongo: c'est "la compagne honteuse de M. Ping, qui a stigmatisé les populations du Haut-Ogooué, qui nous a insultés, qui a fait en sorte qu'il y ait une réponse massive, une mobilisation sans précédent" le jour du scrutin, a-t-il assuré mercredi sur RFI.

A Libreville, des habitants originaires du Haut-Ogooué et membres de l'ethnie Téké comme le président (très minoritaire dans le pays), confient leur "malaise" face à certains compatriotes. "On est associés malgré nous au scandale alors qu'on y est pour rien", explique sous couvert d'anonymat l'un d'eux à l'AFP.

Fief familial des Bongo, le Haut-Ogooué compte même une commune baptisée "Bongoville", où est né le défunt Omar Bongo, qui a dirigé le Gabon pendant 41 ans avant que son fils ne lui succède en 2009.

47 abstentions

Le bras de fer entre MM. Bongo et Ping devrait en tous cas trouver son épilogue devant la Cour constitutionnelle, où l'opposition a déposé jeudi un recours, affirmant avoir pu récupérer les procès-verbaux (PV) de 174 bureaux de vote (sur 297) de la province.

Le récit du convoyage de ces PV originaux depuis Franceville (chef-lieu du Haut-Ogooué) jusqu'à la capitale (plus de 700 km) est en soi rocambolesque. "Il a fallu faire croire qu'on les acheminait par la route", assure Pascal Oyougou, qui coordonnait la campagne de M. Ping dans la province.

"Lors d'un arrêt, nous avons discrètement échangé des mallettes. Celle qui contenait les PV est finalement partie par avion et se trouve désormais en lieu sûr", affirme-t-il. Des affirmations impossibles à vérifier mais qui nourrissent un peu plus les tensions entre les deux camps.

D'après ces documents, il y aurait au moins 10.000 abstentions alors que, selon les chiffres annoncés par le ministre de l'Intérieur le 31 août, seules 47 personnes sur plus de 71.000 Altogovéens inscrits ne sont pas déplacées pour aller voter.

Dans sa requête à la Cour constitutionnelle, l'opposition réitère sa principale revendication: le recomptage des voix bureau de vote par bureau de vote pour le Haut-Ogooué, en présence de représentants de la majorité et de l'opposition "à parité égale", mais aussi d'"experts internationaux".

Le camp d'Ali Bongo a finalement renoncé à saisir la Cour contre M. Ping, bien qu'il l'accuse en retour "d'avoir fraudé sur l'ensemble du territoire".

"Ce n'est pas au vainqueur d'initier un recours", affirme à l'AFP son porte-parole, Alain-Claude Bilie-By-Nze: "mais nous allons répondre et montrer l'ampleur des tricheries orchestrées par M. Ping" dans au moins trois provinces.

Avec AFP

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