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Le gouvernement d'union libyen rallie des soutiens


Fayez Serraj, à droite, à son arrivée à Tripoli, en Libye, le mercredi 30 mars 2016.

Fayez Serraj, à droite, à son arrivée à Tripoli, en Libye, le mercredi 30 mars 2016.

Le gouvernement d'union nationale en Libye a réussi à rallier des soutiens, dont celui de milices et de villes, suscitant l'espoir que cette autorité appuyée par la communauté internationale puisse sortir le pays du chaos.

Le chef de ce gouvernement Fayez al-Sarraj est apparu vendredi pour la première fois en public dans une mosquée de la capitale, après avoir débarqué mercredi d'un navire militaire libyen dans la base navale de Tripoli.

Cette arrivée a suscité l'ire du gouvernement et du Parlement non reconnus installés à Tripoli et liés à la coalition de milices de Fajr Libya, qui l'ont sommé de partir ou d'en assumer les conséquences.

M. Sarraj a néanmoins déjoué les pronostics en recevant de multiples soutiens, malgré la fermeture de certaines routes et des tirs dans la capitale, faisait craindre aux habitants de nouvelles violences.

Portant un coup aux autorités liées à Fajr Libya qui contrôlent Tripoli et les villes de l'ouest libyen depuis août 2014, des milices de la capitale ont fait allégeance à M. Sarraj, de même que les autorités de dix villes de l'ouest jeudi.

M. Sarraj a également reçu le soutien des gardes des principales installations pétrolières. Et quelque 300 Libyens, défiant le déploiement sécuritaire, ont manifesté à Tripoli, aux cris de "Le peuple veut le gouvernement d'union! Dégage Ghweil!", en allusion au chef du gouvernement non reconnu Khalifa al-Ghweil.

Dans un communiqué, les municipalités de dix villes situées entre Tripoli et la frontière tunisienne, dont Sabratha, Zawiya et Zouara, ont appelé à "soutenir le gouvernement d'union".

'Pas de cash'

Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi tué après une révolte en 2011, les milices font la loi dans le pays sur fond de luttes de pouvoir et de violences sanglantes qui ont favorisé l'émergence du groupe jihadiste Etat islamique (EI) responsable d'atrocités et d'attentats meurtriers en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Occident.

Les soutiens à M. Sarraj semblent s'expliquer par la lassitude des Libyens du chaos et par l'espoir que suscite son gouvernement qui a promis, avec l'aide de la communauté internationale, d'unifier le pays, de bâtir une armée forte et d'améliorer l'économie exsangue marquée par une profonde crise de liquidités.

Pour Hussein Dawwadi, chef de la municipalité de Sabratha, "la situation est mauvaise, la vie est devenue beaucoup trop chère, il n'y pas de cash".

"Nous estimons qu'il est temps de soutenir ce gouvernement. Il ne va pas changer les choses immédiatement mais nous sommes confiants qu'il commencera au moins à régler les problèmes un à un", a-t-il dit vendredi.

"Désormais, les recettes de l'exportation du pétrole par les principales installations (de l'est du pays) iront au nouveau gouvernement", a déclaré un porte-parole des gardes des installations à l'AFP.

Depuis des mois, la communauté internationale appelle de ses voeux à une autorité unifiée avec laquelle elle peut travailler pour stopper l'influence jihadiste, la crise migratoire et relancer la production pétrolière.

Vendredi, M. Sarraj est sorti pour la première fois de la base navale où des personnalités politiques et économiques dont le gouverneur de la Banque centrale étaient venues le rencontrer.

Le Premier ministre et des membres du gouvernement d'union "s'adonnent à la prière du vendredi dans la mosquée de Mizrane dans le centre de la capitale Tripoli", indiquait la page Facebook de M. Sarraj et des photos prises par des fidèles ont rapidement fait le tour du web, notamment sur Twitter.

Depuis des semaines, les habitants de Tripoli, confrontés à une cherté de vie d'un niveau inégalé, font la queue devant les banques pour retirer un montant d'argent limité.

'Effet d'entraînement'

"C'est l'effet d'entraînement que beaucoup espérait", a dit Mattia Toaldo de l'European Council on Foreign Relations, pour expliquer les ralliements successifs au gouvernement. Ce dernier et "les forces (locales) qui le soutiennent ont réussi à convaincre une grande partie de ce qui formait Fajr Libya de le rejoindre".

"Mais des temps difficiles demeurent. Le défi immédiat est de mettre fin à la crise des liquidités. Pour le moment, le gouvernement d'union semble avoir prouvé qu'il est le seul (choix) réaliste", a-t-il poursuivi.

Pour aider son protégé, l'Union européenne a imposé jeudi des sanctions à des responsables liés à Fajr Libya mais aussi au président du Parlement rival de Tobrouk (est), Aguila Saleh.

Les Etats-Unis ont jugé nécessaire de soutenir ce gouvernement face à l'EI. Et la France a estimé que la communauté internationale devrait l'aider s'il le demande, y compris militairement.

Ce gouvernement a été mis en place après un accord signé fin 2015 sous l'égide de l'ONU par des députés des deux Parlements rivaux et ce malgré l'opposition des chefs de ces institutions. Pour être investi, le gouvernement devait obtenir la confiance du Parlement de Tobrouk mais faute de quorum, il a finalement annoncé son entrée en fonction le 12 mars sur la base d'un communiqué de soutien d'une centaine de parlementaires.

Avec AFP

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