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Le docteur Mukwege demande une commission d’enquête parlementaire sur les massacres de Beni


Denis Mukwege lors d'une conférence de presse à Stockholm, Suède, 1er novembre 2011. epa/HENRIK MONTGOMERY

Denis Mukwege lors d'une conférence de presse à Stockholm, Suède, 1er novembre 2011. epa/HENRIK MONTGOMERY

Le célèbre chirurgien congolais dénonce les massacres à répétition qui se sont aggravés depuis novembre 2014 dans l'est de la RDC, avec un bilan de plus de 600 morts. Denis Mukwege appelle aussi à un "changement radical" en République Democratique du Congo .

Votre appel pour un changement radical en RDC a été très commenté. Que signifie-t-il ?

Denis Mukwege : "Il faut faire plus qu'un système qui fait couler le sang de ses enfants pendant vingt ans. Il faut changer complètement de système pour que l'homme soit au centre des préoccupations des dirigeants. Il y a des morts qu'on ne sait plus compter et cela n'est pas acceptable.Il faut changer le mode de gouvernance."

La Cour constitutionnelle a validé la prolongation du mandat de Joseph Kabila si les élections n'ont pas lieu avant fin 2016. Qu'en pensez-vous ?

Denis Mukwege : "Les élections étaient prévues. Il n'y a aucune raison aujourd'hui pour dire qu'on ne peut pas être prêt à respecter la constitution. En entrant en fonction, on sait que le mandat de cinq ans se termine le 19 décembre et le 20, il doit y avoir un nouveau président élu. Respecter ce cadre constitutionnel va nous éviter un bain de sang inutile."

Pour vous, il est clair qu'il n'y aura pas de troisième mandat de Joseph Kabila.

Denis Mukwege : "C'est la voie de la responsabilité. Il faut respecter les règles sinon on sait où cela peut nous conduire."

Vous exprimez de plus en plus dans le débat public. A quand votre entrée en politique ?

Denis Mukwege : "Je suis un simple citoyen, pas un politicien. S'exprimer est un droit reconnu par la constitution congolaise. Il faut avoir cette humilité d'accepter que lorsqu'on a commencé quelque chose, il y a une fin et après vous, il y a toujours des gens capables de poursuivre. Il faut avoir des institutions fortes, pas d’hommes forts. Cela devrait être la règle au Congo."

Que pensez-vous de la situation dans l'Est de la RDC ?

Denis Mukwege : "C'est dramatique ce qui se passe à Beni. Les gens sont massacrés de cette façon et cela nous attriste. Tout ce que nous avons connu pendant vingt ans revient à la surface. Malheureusement, cette situation a trop duré y compris dans d'autres villages du Nord-Kivu, du Sud-Kivu ou de l'Ituri. J'aurais bien voulu une commission d'enquête parlementaire sur ces massacres de Beni au lieu de spéculer. Il est difficile de comprendre que ces rebelles (ougandais) viennent agir en RDC et non chez eux. Pour quelle raison le peuple congolais est-il massacré ? Il y aussi les FDRL, etc. Cela m’interroge. Pourquoi ces groupes rebelles viennent-ils commettre ces actes barbares dans notre pays ? Par ailleurs, quelle est aujourd’hui la motivation ou l’idéologie des groupes Maï-Maï ?"

Propos recueillis par Nicolas Pinault

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