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Le Conseil de sécurité de l'ONU, à Juba, demande à Salva Kiir d'accepter la "force de protection"


Un véhicule blindé de l'ONU stationné dans un camp de réfugiés à Juba, Soudan du Sud, 25 juillet 2016.

Un véhicule blindé de l'ONU stationné dans un camp de réfugiés à Juba, Soudan du Sud, 25 juillet 2016.

Les ambassadeurs du Conseil de sécurité ont discuté samedi à Juba avec plusieurs des ministres-clés du président Salva Kiir pour les convaincre d’accepter le déploiement d'une force africaine "de protection" au Soudan du Sud.

Le Conseil de sécurité de l'ONU, en mission au Soudan du Sud, bénéficie du soutien des autorités religieuses face aux fortes réticences du gouvernement sud-soudanais quant au projet de déploiement d'une force africaine dans ce pays meurtri par une guerre civile.

Les 15 ambassadeurs onusiens ont, de source diplomatique, parlé d'une seule voix pour justifier la nécessité de l'envoi de ces 4.000 Casques bleus supplémentaires sur le terrain. Les ministres de la Défense, Justice, Pétrole étaient parmi les membres du gouvernement sud-soudain présents aux discussions.

Les ministres sud-soudanais "ont, je pense, été surpris de voir que le Conseil de sécurité parlait d'une seule voix. Ils ont été surpris par le ton de la Russie, et celui de la Chine qui s'est exprimée comme quelqu'un qui a perdu deux Casques bleus", a déclaré à l'AFP l'un des diplomates sous couvert de l'anonymat.

La Chine et la Russie s'étaient abstenues lors du vote le 12 août autorisant le déploiement de la force de protection, dotée d'un mandat plus robuste que l'actuelle Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss - 13.000). La Minuss a été décriée pour son incapacité à protéger les civils lors des combats de juillet à Juba.

Pendant ces affrontements à l'arme lourde, qui avaient opposé les troupes du président Kiir et celles loyales à l'ex-chef rebelle Riek Machar, une base de l'ONU avait été touchée par des tirs d'artillerie et deux Casques bleus chinois avaient péri.

A l'issue de leur réunion, ministres sud-soudanais et diplomates onusiens se sont montrés prudemment optimistes devant la presse.

"Je veux assurer au peuple sud-soudanais que la rumeur selon laquelle les Nations unies sont venues s'imposer et confisquer notre liberté en envoyant des troupes étrangères dans notre pays n'est pas fondée", a déclaré Martin Elia Lomoro, ministre sud-soudanais des Affaires gouvernementales.

Interrogé sur l'éventuel déploiement de la nouvelle force, il a ajouté: "nous sommes en train de discuter des modalités".

Remettre le pays 'sur les rails'

L'ambassadrice américaine Samantha Power a jugé pour sa part la rencontre "utile", estimant qu'elle avait permis "de tordre le cou aux mythes qui sont apparus sur les intentions du Conseil de sécurité".

Le président Salva Kiir et son vice-président Taban Deng Gai ont, ces dernières semaines, dit leur hostilité au déploiement de ces nouveaux Casques bleus, estimant que leur mandat sapait la souveraineté nationale.

Le Conseil de sécurité doit rencontrer M. Kiir dimanche après-midi et ni le président, ni le vice-président - auxquels revient le dernier mot - ne participaient à la rencontre de samedi.

Les combats de juillet, qui ont fait plusieurs centaines de morts, ont mis en péril un fragile accord de paix signé en août 2015 pour mettre un terme à une guerre civile déclenchée 18 mois plus tôt et qui a fait plusieurs dizaines de milliers de morts.

Dans la foulée des affrontements de juillet, Riek Machar a dû fuir Juba. Il a ensuite été évincé du gouvernement d'union nationale et remplacé au poste de vice-président par son ancien allié Taban Deng, au grand dam des partisans de M. Machar désormais réfugié à Khartoum.

Sur ce point, les ministres sud-soudanais ont souligné samedi que son départ et la nomination de Taban Deng "avaient permis au gouvernement d'agir de façon coordonnée".

Auparavant, le Conseil de sécurité avait reçu le soutien des principales autorités religieuses du pays - catholique, protestante et musulmane - qui ont appelé au déploiement rapide de la force de protection.

"Cette force devrait venir et elle devrait venir maintenant. Je pense que cette force nous aidera à avancer dans la mise en œuvre de l'accord" de paix, a plaidé à l'AFP l'archevêque catholique de Juba, Paulino Lukudu Loro.

"En tant que pays, nous n'avons pas les moyens de régler ce bazar, nous ne pouvons remettre le pays sur les rails tout seuls", a ajouté l'archevêque.

L'Église, catholique ou protestante, est une autorité morale respectée et influente dans ce pays majoritairement chrétien. C'est dans les églises que se réfugient souvent les Sud-Soudanais fuyant les combats, comme ce fut le cas en juillet dans la capitale.

En cas d'obstruction du gouvernement au déploiement de la nouvelle force, le Conseil de sécurité a déjà brandi la menace d'un embargo sur les armes.

Avec AFP

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