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Le cerveau du double attentat de Kampala en 2010 jugé coupable


L’Ougandais Edris Nsubuga, à gauche, et ses co-accusés quittent la Haute Cour de Kampala après leur jugement, à Kampala, en Ouganda, 16 septembre 2011.

L’Ougandais Edris Nsubuga, à gauche, et ses co-accusés quittent la Haute Cour de Kampala après leur jugement, à Kampala, en Ouganda, 16 septembre 2011.

La justice ougandaise a reconnu coupable de "terrorisme et meurtres" Edris Nsubuga, le cerveau du double attentat de juillet 2010 à Kampala, qui avait fait 76 morts et été revendiqué par les shabaab somaliens affiliés à Al-Qaïda.

Cette attaque avait constitué la première action d'envergure des shebab en dehors des frontières de la Somalie. Elle avait été perpétrée, selon le groupe islamiste somalien, en représailles au déploiement dès 2007 des troupes ougandaises au sein de la force de l'Union africaine en Somalie (Amisom).

Le 11 juillet 2010, en pleine retransmission de la finale de la Coupe du monde de football entre les Pays-Bas et l'Espagne, des engins explosifs avaient ravagé un bar et un restaurant de la capitale ougandaise, faisant 76 morts.

"L'accusation a prouvé au-delà du doute raisonnable que Issa Ahmed Luyima a planifié l'attentat à la bombe de 2010 et par conséquent, il est reconnu coupable de terrorisme", a déclaré le juge Alfonse Owiny-Dollo de la Haute Cour de Kampala.

Sur les 13 accusés, de nationalités kényane, ougandaise et tanzanienne, sept ont été reconnus coupables de terrorisme, meurtres et tentatives de meurtre. Cinq autres, poursuivis pour ces mêmes qualifications, ont été acquittés. Un treizième accusé, qui devait répondre de complicité, a également été acquitté.

Selon l'accusation, le "cerveau", de nationalité ougandaise, avait quitté l'Ouganda la veille des attentats pour échapper à une arrestation. Le téléphone qu'il avait utilisé pour organiser l'attaque avait été retrouvé par la police dans des latrines où le suspect l'avait jeté.

La lecture du jugement, qui a duré plus de six heures, s'est déroulée dans une Haute Cour placée sous haute sécurité, les routes et les commerces environnants ayant été fermés au public.

Kampala, avant Westgate et Garissa

Les accusés jugés coupables de terrorisme encourent la peine de mort. Le prononcé de leur peine fera l'objet d'une audience distincte que le magistrat a fixé à vendredi.

Leur procès avait été retardé après l'assassinat en mars 2015 de la procureure en chef Joan Kabezi, tuée par balles par des hommes à moto alors qu'elle rentrait chez elle en voiture avec ses trois enfants.

Par ailleurs, deux hommes avaient déjà été jugés coupables en 2011 pour leur rôle dans les attaques de 2010.

Edris Nsubuga avait échappé à la peine de mort car il avait plaidé coupable de terrorisme et exprimé des regrets "sincères", selon la cour. Il avait ensuite été condamné à 25 ans de prison, son coaccusé écopant de cinq ans pour conspiration en vue de commettre des actes terroristes.

Le double attentat de Kampala avait marqué un tournant dans l'histoire des shebab, apparus en Somalie en 2006 : il s'agissait de la première attaque d'envergure en dehors de Somalie, qui plus est dans un pays sans frontière commune avec le leur.

Le fait qu'aucun des accusés du procès de Kampala ne soit Somalien est révélateur de la capacité dont ont fait preuve les shebab à s'implanter et recruter dans les pays de la région.

Après Kampala, les shebab avaient perpétré des attentats de grande envergure au Kenya voisin, dont l'armée a intégré l'Amisom en 2011.

Ils ont ainsi revendiqué l'attaque contre le centre commercial Westgate de la capitale kényane Nairobi, qui avait fait au moins 67 morts en 2013, et celle contre l'université de Garissa (est du Kenya) en avril 2015, dans laquelle au moins 148 personnes, dont 142 étudiants, avaient été froidement abattus.

Les shebab ont juré la perte du gouvernement central de Somalie, soutenu à bout de bras par la communauté internationale et défendu par l'Amisom, forte de 22.000 hommes.

Confrontés à la puissance de feu supérieure de l'Amisom, déployée à partir de 2007, les shebab ont été chassés de Mogadiscio en août 2011. Ils ont ensuite perdu l'essentiel de leurs bastions, mais ils contrôlent toujours de vastes zones rurales d'où ils mènent leurs opérations de guérilla et autres attentats suicide, souvent jusque dans la capitale Mogadiscio.

Avec AFP

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