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Ladsous à VOA Afrique : "Beaucoup d’Africains ont retrouvé, grâce aux Nations unies, une espérance"


Hervé Ladsous répondant aux questions de Jacques Aristide, vendredi 8 janvier 2016 au siège des Nations unies à New York. (Crédit photo: Margaret Besheer/VOA)

Hervé Ladsous répondant aux questions de Jacques Aristide, vendredi 8 janvier 2016 au siège des Nations unies à New York. (Crédit photo: Margaret Besheer/VOA)

Dans une interview exclusive à Jacques Aristide du Bureau de la VOA à New York, Hervé Ladsous, secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, dresse son bilan et revient sur les gros sujets d’actualité en Afrique Centrale et en Afrique de l’Ouest.

Hervé Ladsous, nommé le 2 septembre 2011 secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l'ONU, a tenu d’abord à rassurer les Centrafricains dans cet entretien réalisé, vendredi 8 janvier, au siège des Nations unies à New York. En voici les principaux extraits :

...C’est absolument inadmissible, inacceptable que les Casques bleus qui sont là pour défendre les droits de l’Homme se livrent eux-mêmes à des actes qui sont des violations caractérisées de l’honneur de leur mission...

VOA Afrique : Je vais d’emblée entrer dans le vif du sujet pour parler de la République centrafricaine, qui vient de tenir des élections présidentielle et législatives. Mais ce qui retient également l’attention, c’est l’enquête de l’ONU contre ses propres Casques bleus sur de nouvelles accusations de viols d’enfants dans ce pays. Pouvez-vous nous dire quand sera bouclée cette enquête ? Et si les allégations se vérifient, quelles en seront les sanctions ?

Hervé Ladsous : C’est absolument inadmissible, inacceptable que les Casques bleus qui sont là pour défendre les droits de l’Homme se livrent eux-mêmes à des actes qui sont des violations caractérisées de l’honneur de leur mission. Nous avons une politique extrêmement ferme. Nous suspendons tout de suite les militaires et personnel, parce qu’il n’y a pas que des militaires. Mail il faut bien voir que la charge de l’enquête repose sur les Etats membres, sur les Etats contributeurs de troupes. Nous leur avons fixé des paramètres extrêmement stricts en termes de délai pour réaliser eux-mêmes l’enquête et lancer, s’il y a lieu, les poursuites. Mais il faut vraiment mettre un terme à tous ces actes absolument inacceptables. […] Autrement dit, tolérance zéro mais il faut viser zéro acte.

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En Centrafrique ... il nous faut donc effectivement tenir à bonne date le second tour du scrutin - et je le souhaite beaucoup - dans des conditions aussi apaisées globalement qu’a été la consultation du premier tour...

VOA Afrique : Un deuxième tour de la présidentielle en Centrafrique est prévu le 31 janvier mais une vingtaine de candidats ont déjà exigé l’arrêt du processus électoral et dénoncé une «mascarade». Est-ce à dire que votre présence en RCA est d’autant plus importante afin que le second tour se déroule dans un climat paisible et qu’il n’y ait pas de conflit post-électoral ?

Hervé Ladsous : D’’abord je comprends que cette quinzaine de candidats a changé de position et n’exprime plus cette demande de casser le processus. Il est évident que la République centrafricaine doit sortir de cette transition qui n’a que trop duré. C’est pour ça que tout au long des mois écoulés avec l’appui des pays de la médiation régionale, nous avons tout fait pour que les élections puissent effectivement se tenir. Je crois que le premier tour, après le référendum constitutionnel, s’est passé de manière tout à fait convenable. C’est reconnu par chacun. Il a pu y avoir des erreurs, ici ou là, et même quelques irrégularités notées mais je pense que, pour ce qui est un événement sans précèdent en République centrafricaine, 92% des électeurs potentiels se sont faits enregistrés. Le total des votants, je crois, est de l’ordre de 79% au premier tour. C’est donc tout à fait remarquable. Maintenant il nous faut donc effectivement tenir à bonne date le second tour du scrutin - et je le souhaite beaucoup - dans des conditions aussi apaisées globalement qu’a été la consultation du premier tour.

En RDC.. "il faut effectivement que ce soit géré de manière prudente, c’est-à-dire que nous ne fragilisions pas les résultats qui ont été chèrement acquis au fil des années"...

VOA Afrique : Concernant la RD-Congo, est-ce le bon moment de réduire à nouveau les effectifs de la Monusco, comme l’a recommandé votre patron Ban Ki-moon, alors que le pays se prépare à une présidentielle dans une ambiance tendue et alors même que des groupes armés comme les rebelles ougandais de l’ADF continuent à sévir dans l’Est ?

Hervé Ladsous : D’abord je crois que tout le monde le comprend bien : il nous faut une stratégie de sortie. La Monusco, comme la plupart des opérations de maintien de la paix, n’a pas vocation à se pérenniser indéfiniment. Des progrès incontestables ont été faits dans le renforcement du potentiel des forces de sécurité congolaises qui graduellement assument une part grandissante du fardeau. Ceci étant, il faut effectivement que ce soit géré de manière prudente, c’est-à-dire que nous ne fragilisions pas les résultats qui ont été chèrement acquis au fil des années. Nous sommes en discussion avec le gouvernement de la RDC pour trouver la bonne pente de décélération, en même temps rester en mesure de faire face aux menaces qui subsistent. Vous avez raison de le dire, dans l’Est du Congo, nous avons les rebelles ougandais de l’ADF mais nous avons également des rebelles des FDLR qui, il y a quelques jours, ont probablement assassiné une quinzaine de personnes qu’on aura trouvées mortes, égorgées. Il y a des Maï-Maï de différentes obédiences un peu partout. Nous continuons à y travailler. Il faut trouver la bonne adéquation entre la menace et les moyens d’y faire face.

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..."nous avons 20.000 Casques bleus en RDC, à 30km de Bujumbura. Donc l’un des scenarios possibles – et ce sera au Conseil de sécurité d’en décider -, ça serait de provisoirement, et dans une situation d’extrême urgence, relocaliser plusieurs bataillons de la Monusco pour faire face à des tâches prioritaires autour de la capitale, de l’aéroport, et commencer à faire de la protection des civiles en attendant qu’une force, sans doute africaine, prenne le relais. Mais tout cela est en cours de réflexion"...

Hervé Ladsous répondant aux questions de Jacques Aristide avec Chuck Forcucci de VOA New York. (Crédit photo: Margaret Besheer/VOA)

Hervé Ladsous répondant aux questions de Jacques Aristide avec Chuck Forcucci de VOA New York. (Crédit photo: Margaret Besheer/VOA)

VOA Afrique : Au Burundi, le président Pierre Nkurunziza a promis de répondre par la force si l’Union africaine envoie ses troupes. Pourtant la crise est loin d’être finie. Le dialogue entre le pouvoir burundais et l’opposition n’a pas repris le mercredi 6 janvier comme l’avait demandé la médiation ougandaise. Est-il temps pour l’ONU et ses partenaires d’envisager sérieusement un déploiement de forces de maintien de la paix au Burundi si le pays se dirige vers un génocide à la rwandaise ?

Hervé Ladsous : …vers un génocide ou une guerre civile, car il y a aussi des problèmes politiques internes à certaines des communautés. Chacun prend la mesure de la gravité des évolutions en cours au Burundi. Dans ce contexte, le Conseil de sécurité m’a demandé de faire une planification, une prospective que nous avons déjà bien entamée, avec évidemment toute une série de paramètres. Est-ce que nous serions amenés à intervenir en prévention ou, au contraire, en réactions à des événements ? Est-ce que nous serions amenés à intervenir avec le consentement du gouvernement burundais ou sans son consentement ? Est-ce que nous serions amenés à intervenir en appui à cette force de protection africaine, la Maprobu, que - comme vous le notez - le président Nkurunziza n’accepte pas pour le moment. Un des paramètres pour nous, c’est évidemment la réalité qui est que nous avons 20.000 Casques bleus en RDC, à 30km de Bujumbura. Donc l’un des scenarios possibles – et ce sera au Conseil de sécurité d’en décider -, ça serait de provisoirement, et dans une situation d’extrême urgence, relocaliser plusieurs bataillons de la Monusco pour faire face à des tâches prioritaires autour de la capitale, de l’aéroport, et commencer à faire de la protection des civiles en attendant qu’une force, sans doute africaine, prenne le relais. Mais tout cela est en cours de réflexion.

..."Vous savez, on peut toujours critiquer mais je crois qu’il faut voir la réalité qui est que beaucoup d’Africains ont retrouvé, grâce aux Nations unies, une perspective, une espérance – la perspective d’une vie meilleure"...

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VOA Afrique : L’ONU et ses forces de maintien de la paix en Afrique font régulièrement l’objet de vives critiques, vos détracteurs parlant même d’échec de certaines missions. Cela fait un peu plus de quatre ans que vous dirigez les opérations de maintien de la paix. Face aux impératifs budgétaires, aux humeurs politiciennes et aux incompréhensions populaires, quel bilan pouvez-vous dresser depuis que vous êtes à la tête de ce département important de l’ONU et comment voyez-vous son évolution, surtout par rapport à l’Afrique ?

Hervé Ladsous : Je crois qu’il ne faut pas voir tout en gris ou en noir. En réalité, regardez la Côte d’Ivoire et souvenez-vous de la situation dans ce pays il y a cinq ans. Aujourd’hui les élections présidentielles se sont passées de manière absolument correcte. On peut même dire exemplaire. Les institutions sont stables ; la sécurité règne, même s’il y a ici ou là quelques incidents. Mais après tout dans quel pays y en n’a-t-il pas ? Je crois qu’au contraire la situation en Côte d’Ivoire, dont nous allons sans doute nous retirer en tant qu’opérations de maintien de la paix d’ici un an, ou quinze mois, seize mois – on va voir. Le Liberia, pareil. Nous attendons les élections présidentielles qui sont prévues en octobre 2017. […] Et puis regardez la Centrafrique. Où en étions-nous il y a deux ans et demi ? Où en sommes-nous aujourd’hui ? Rien n’est parfait. Il y a énormément de travail à faire. Mais je crois que la sécurité est revenue ; les ethnies, les différentes confessions se parlent. Souvenez-vous de la visite du Pape à Bangui il y a deux mois. […] Vous savez, on peut toujours critiquer mais je crois qu’il faut voir la réalité qui est que beaucoup d’Africains ont retrouvé, grâce aux Nations unies, une perspective, une espérance – la perspective d’une vie meilleure. Mais c’est vrai qu’il y a le Soudan, le Sud-Soudan, là où subsiste des situations dramatiques et inacceptables.

Cette interview d’Hervé Ladsous, secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l'ONU, sera diffusée dans Washington Forum jeudi 14 janvier.

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