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La teinture à l'indigo de Kano, menacée par l'insurrection de Boko Haram


Un teinturier traditionnel de Kano, au Nigéria (Reuters)

Un teinturier traditionnel de Kano, au Nigéria (Reuters)

Mis à part l’insécurité, Kano souffre également de la concurrence des tissus importés, bien meilleur marché, qui ont entrainé la fermeture de nombre d’usines à Kano.

La teinture artisanale, qui a fait la richesse de Kano, la deuxième ville du Nigeria, menacée par l’insurrection islamiste de Boko Haram. Au cœur de cette teinturerie, on colore les tissus indigo selon un savoir-faire qui n'a pas changé depuis plus de 500 ans. Mais aujourd’hui, le secteur souffre de l’insécurité croissante, face aux des djihadistes.

Mamuda Abubakar est assis au milieu d’une fosse remplie d’eau, d’indigo, de cendres et de potassium. Il en retire un habit bleu, qui sera vendu dans la vieille ville de Kano, ou les teinturiers exercent leur métier depuis des centaines d’années. Cela fait des décennies qu’Abubakar travaille sur les lieux, de même que sa famille, qui s’y trouve installée depuis plus d’un siècle. Mais les temps ont bien changé, dit-il.

Les clients étaient nombreux autrefois, explique Abubakar. On en voit moins aujourd’hui, à cause de la révolte de Boko Haram, qui intimide à la fois les touristes et les investisseurs. Les ambassades étrangères installées à Abuja déconseillent à leurs ressortissants de se rendre à Kano.

Alhaji Audu Uba, émir des teinturiers, explique que l’insécurité dans le nord du Nigéria affecte les affaires. Dans le passé, les étrangers accouraient à Kano pour observer les opérations de teinture, et acheter des tissus, mais on ne les voit plus, dit-il. Jusqu’à récemment, on recensait 144 puits d’indigo appartenant à des familles qui se les transmettaient de génération en génération. Aujourd’hui, nombre d’entre eux sont abandonnés et remplis d’ordures. S’ils reviennent, les propriétaires devront tout nettoyer et repartir à zéro.

Certains critiques font valoir que les puits d’indigo sont désuets.

« Ils considèrent cela comme un boulot local, mais ce travail, c’est important. S’ils le prennent au sérieux, alors il repartira », explique Abubakar Inuwa.

Mis à part l’insécurité, Kano souffre également de la concurrence des tissus importés, bien meilleur marché, qui ont entrainé la fermeture de nombre d’usines à Kano.

L’insurrection de Boko Haram s’est aggravée depuis 2009. Seule la paix pourrait redonner sa chance aux teinturiers de Kano, en permettant le retour des visiteurs et des acheteurs.

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