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La rupture du jeûne à la mode soudanaise


Le président Omar Hassan el-Béchir du Soudan et les membres de la communauté soudanaise orthodoxe prennent art à un repas de rupture du jeûne, Iftar, à la fin du Ramadan annuel à Khartoum, au Soudan, 23 août 2010. EPA / PHILIP DHIL

Le président Omar Hassan el-Béchir du Soudan et les membres de la communauté soudanaise orthodoxe prennent art à un repas de rupture du jeûne, Iftar, à la fin du Ramadan annuel à Khartoum, au Soudan, 23 août 2010. EPA / PHILIP DHIL

Alors que le soleil se couche sur le village Al-Nuba, Ibrahim déroule des tapis en bordure de l'autoroute menant à Khartoum et ses amis y déposent plats et boissons pour la rupture du jeûne.

Quelques minutes plus tard, ils sont rejoints par des villageois dont la mission est d'arrêter, par tous les moyens, les voitures et les camions sur la voie rapide. Les mains en l'air, ils hèlent chaque voiture, n'hésitant pas à se mettre en travers de leur chemin.

L'un d'entre eux parvient à stopper un bus, d'autres villageois accourent dans sa direction, le conducteur n'a d'autre choix que de se garer.

"Venez rompre le jeûne. C'est l'heure de l'iftar", lance un habitant à l'adresse des passagers du bus.

Une poignée de villageois ont disposé sur les tapis les plats de légumes, de viandes, les assiettes de fromage, d'olives et de tomates, les galettes de sorgho --céréale de base au Soudan--, ainsi que de l'eau et des jus de fruits.

Vingt minutes plus tard, rassasiés, les voyageurs regagnent le bus qui quitte ce village situé à une cinquantaine de km au sud de Khartoum.

Les musulmans du monde entier observent depuis début juin le jeûne du ramadan, mois sacré durant lequel ils ne peuvent ni manger ni boire du lever au coucher du soleil.

La rupture du jeûne est souvent un moment de partage en famille, mais dans l'Etat d'Al-Jazira elle prend une forme un peu différente.

Comme à Al-Nuba, les habitants des autres villages qui bordent l'autoroute de 160 km reliant Wad Madani, chef-lieu de cet Etat, à la capitale forcent conducteurs et voyageurs à s'arrêter et à rompre le jeûne avec eux.

"Organiser des iftars collectifs est une vieille tradition", confie Ibrahim Abdelrahim, un médecin d'Al-Nuba. "Lorsque c'est l'heure de l'iftar, nous essayons de stopper tous les véhicules qui passent par notre village et pressons les conducteurs de rompre le jeûne avec nous".

Des volontaires hommes distribuent aux voyageurs le repas pendant que les femmes rompent le jeûne à quelques mètres de là.

Une générosité risquée

Les personnes chargées d'arrêter les véhicules risquent parfois de se faire renverser ou de causer des accidents lorsque les voitures mordent la chaussée en essayant de les éviter.

Mais pour les villageois, cette tradition est un objet de fierté et un devoir religieux. "Les habitants d'Al-Nuba sont connus pour leur hospitalité", se targue Ibrahim.

"Ils pensent que c'est leur devoir d'arrêter les voyageurs qui traversent le village pour l'iftar, qu'ils le veuillent ou non".

Pour les musulmans, le ramadan n'est pas seulement un mois de privation, c'est aussi un moment de prière, de charité et de pardon. Offrir un repas aux voyageurs durant ce mois est considéré comme un acte sacré.

Selon les hadiths -- les paroles attribuées au prophète Mahomet -- qui offre un iftar sera récompensé au paradis.

Avec un ramadan qui tombe cette année en été, et donc plus de 15 heures sans boire ni manger sous des températures dépassant les 45 degrés Celsius, beaucoup de voyageurs ne se font pas prier pour rompre le jeûne avec Ibrahim et les autres villageois.

"Pendant le ramadan, c'est bien connu que les gens d'Al-Jazira arrêtent tout voyageur qui traverse leur région au moment de l'iftar", témoigne Abdallah Adam, content d'avoir été l'un d'eux.

"Nous prenons des risques en essayant d'arrêter les voitures", admet un volontaire d'une vingtaine d'années, "mais peu importe. Nous sommes les habitants généreux d'Al-Jazira".

Avec AFP

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