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La police démantèle une escroquerie téléphonique géante d'Américains en Inde


Un officier de police indien ferme les portes de la prison de New Delhi, Indie, le 11 mars 2013.

Un officier de police indien ferme les portes de la prison de New Delhi, Indie, le 11 mars 2013.

Ils entraînaient leurs employés à prendre l'accent et escroquaient plus d'une centaine de milliers d'euros par jour à des Américains en se faisant passer pour des agents du fisc: la police indienne démantèle actuellement une arnaque téléphonique géante dans l'ouest du pays.

Plus de 70 personnes se trouvent en état d'arrestation après une série de descentes policières ce mois-ci à Bombay, capitale économique de l'Inde. Mais les autorités soupçonnent au moins 2.000 personnes d'être liées, à des degrés divers, à cette opération.

Les suspects se faisaient passer pour des agents de l'Internal Revenue Service (IRS), le fisc des États-Unis, et appelaient des contribuables américains et leur réclamaient de l'argent au nom de faux arriérés d'impôts, selon la police.

La fraude, en place depuis plus d'un an, générait quotidiennement plus de 10 millions de roupies (136.000 euros) d'après les enquêteurs.

"C'est l'une des plus grosses affaires de fraude mise à jour dernièrement à Bombay", a déclaré à l'AFP Parag Manere, vice-commissaire de police de Thane, banlieue de la capitale économique de l'Inde et quartier-général de cette audacieuse escroquerie.

Le 4 octobre, des descentes des forces de l'ordre faites contre plusieurs centres d'appel de Thane ont conduit à l'interpellation d'au moins 700 employés. La plupart ont été relâchés dans l'attente de la suite des investigations.

"Nous avons des raisons de croire que cette fraude s'étend à toute l'Inde", a indiqué à l'AFP Parambir Singh, commissaire de police de Thane.

Une traque est actuellement en cours pour arrêter le cerveau présumé de l'opération, Sagar Thakkar ou "Shaggy", un jeune homme de 23 ans originaire d'Ahmedabad dans l'Etat voisin du Gujarat.

Selon le scénario des enquêteurs, les responsables de cette supercherie formaient leurs employés à parler avec un accent américain avant de les mettre en poste.

"L'embauche était facile. Ils distribuaient des tracts pour des ouvertures de postes et recevaient des candidatures, surtout de personnes en décrochage scolaire", a déclaré à l'AFP M. Manere.

Certaines victimes se voyaient menacées d'aller directement en prison si elles ne payaient pas, soit par virement, soit via l'achat de cartes prépayées dont elles devaient communiquer le numéro.

Le numéro de téléphone duquel les escrocs appelaient était trafiqué de manière à faire apparaître un indicatif américain. Leur technique était si perfectionnée qu'ils étaient même en mesure de communiquer d'authentiques numéros de badge d'employés de l'IRS.

Travail de nuit

L'IRS a mis en garde ces dernières années contre les escroqueries. Selon des médias américains, plusieurs dispositifs dans cette veine opèrent depuis l'Inde.

En janvier, le gouvernement américain avait annoncé avoir connaissance de 5.000 personnes ayant été extorquées de cette manière, qui avaient versé quelque 26,5 millions de dollars (24 millions d'euros) depuis octobre 2013.

Les escrocs de l'organisation en cours de démantèlement travaillaient de nuit pour se caler sur les fuseaux horaires des Etats-Unis. Des messages téléphoniques menaçants étaient parfois laissés sur le répondeur si les victimes ne répondaient pas à leurs appels.

Une partie des employés était chargée de prendre un premier contact, tandis que d'autres n'intervenaient que pour "conclure" la transaction.

Une victime avait confié l'année dernière à la télévision NBC avoir eu "si peur", puis s'être sentie "embarrassée, coupable et honteuse" après avoir réalisé qu'elle s'était fait duper.

A la suite de la descente policière à Thane, d'autres raids ont eu lieu dans diverses villes du Gujarat, a indiqué un responsable policier sous couvert d'anonymat.

En attendant, "Shaggy", le cerveau présumé de l'opération, quant à lui court toujours. La police craint qu'il ait quitté l'Inde, peut-être vers Dubaï.

L'homme ne semblait en tout cas pas vouloir s'arrêter en si bon chemin: "Il comptait ouvrir cinq centres d'appels supplémentaires d'ici décembre", selonun officier de police de la ville d'Ahmedabad.

Avec AFP

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