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La douloureuse lutte des chiites libanaises pour garder leurs enfants


Jeune fille chiites lors d'une manifestation devant l'ambassade d'Arabie Saoudite à Beyrouth, Liban , 11 octobre 2016.

Rita Choukair, après son divorce, ne peut voir son fils que trois heures par semaine en vertu d'une décision d'un juge au Liban, où le statut personnel est du ressort des tribunaux religieux.

Le combat de cette jeune femme pour obtenir la garde de son enfant est emblématique de celui mené par des centaines de musulmanes chiites du pays, où la société, considérée au niveau des moeurs comme l'une des plus libérales du monde arabe, mais avec une législation largement conservatrice.

Agée de 24 ans et divorcée depuis deux ans, Rita Choukair veut coûte que coûte récupérer son fils unique de quatre ans, Adam, pour dit-elle lui éviter le calvaire qu'elle a vécu en étant privée elle-même très jeune de sa mère.

En s'appuyant sur des hadith (recueil des actes et paroles du prophète Mahomet) et le Coran qui stipulent que c'est au père de subvenir aux besoins de ses enfants, le tribunal chiite au Liban autorise la mère à garder son fils jusqu'à l'âge de deux ans, et la fille jusqu'à sept ans.

La garde est le droit de Rita et de toute mère" ou "Nos enfants sont privés de nous, de quel droit et au nom de quelle religion"!

"Nous suivons l'interprétation du Conseil suprême de Najaf", ville sainte d'Irak, dirigé par le Grand Ayatollah Ali Sistani, a expliqué à l'AFP Ali Makki, chef du tribunal religieux chiite du Liban.

La même règle s'appliquait aux sunnites mais après une mobilisation des femmes de cette communauté, les mères ont obtenu en 2011 la garde des enfants jusqu'à l'âge de 12 ans.

En cas de refus, la mère peut perdre tous ses droits à une pension alimentaire et pire encore parfois aller en prison.

Rita Choukair raconte avoir pu garder son garçonnet jusqu'à l'âge de quatre ans, avant que son père ne le prenne il y a quelques mois.

Au départ, elle s'était résignée à l'idée de voir son fils au compte-goutte, mais rapidement la jeune femme a accusé son mari et sa famille de violences contre elle et son fils et a engagé des poursuites auprès d'un tribunal civil pour violences domestiques.

Ce dernier l'a autorisée à avoir son fils trois heures chaque samedi, en attendant le verdict d'un autre procès qu'elle a intenté devant le tribunal religieux chiite pour la garde de l'enfant.

- 'De quel droit'? -

Dans le cadre d'une campagne de soutien à ces femmes privées de leurs enfants, Rita Choukair et des dizaines d'autres mères ont observé récemment un sit-in devant le siège du Conseil supérieur chiite à Beyrouth, accompagnées de militants de la société civile.

"La garde est le droit de Rita et de toute mère" ou "Nos enfants sont privés de nous, de quel droit et au nom de quelle religion"! pouvait-on lire sur des banderoles.

Zeina Brahim, qui dirige la campagne, explique à l'AFP que "le combat se poursuit depuis quatre ans", même si le Conseil supérieur chiite considère "le sujet clos".

Rita Choukair veut lutter "jusqu'au bout" mais elle ne se fait guère d'illusions.

Il y a 20 ans, sa mère, Rima, avait lutté en vain pour obtenir la garde de ses deux enfants. "Je connais la souffrance car moi-même je fus un enfant privé de mère et aujourd'hui je suis une mère privée de son enfant".

Les ONG jugent discriminatoires à l'égard des femmes les lois religieuses gérant le statut civil au Liban, où par ailleurs les femmes ne peuvent même pas transmettre leur nationalité à leurs enfants.

- 'Juste voir mon fils' -

D'autres manifestantes ont raconté leur frustration.

Fatima Hamza, une enseignante de 32 ans, a été emprisonnée en novembre 2016 pendant six jours pour avoir refusé de rendre Ali (4 ans) à son père, comme le lui avait intimé le tribunal religieux.

Elle a été libérée après une vague de solidarité mais elle refuse toujours de laisser partir son fils malgré les menaces d'une nouvelle arrestation.

"Le tribunal a ajouté à l'injustice en m'emprisonnant", dit la jeune femme, qui ne baisse pas les bras. "Les mères osent aujourd'hui s'opposer à la justice, le mur de la peur a été brisé. Finie l'oppression et les larmes".

Darine Salmane, 36 ans, a, elle, passé il y a un an, 27 jours en prison. Elle n'a été libérée qu'après avoir remis son fils de six ans à son ex-mari, un Koweïtien. "Le juge avait même refusé de m'autoriser à me défendre".

"Je ne veux pas mes droits, je veux juste voir mon fils".

Avec aFP

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