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La CPI met fin aux poursuites contre le vice-président kényan William Ruto


Le vice-président kényan William Ruto sourit avec son avocat lors d'une audience à la Cour pénale internationale, à La Haye, 10 septembre 2013.

Le vice-président kényan William Ruto sourit avec son avocat lors d'une audience à la Cour pénale internationale, à La Haye, 10 septembre 2013.

La CPI annonce, dans un communiqué, qu’elle met fin aux poursuites pour crimes contre l'humanité contre le vice-président kényan suite aux conclusions des juges selon lesquelles le procureur n'avait pas présenté suffisamment d'éléments de preuve pour continuer le procès.

Au vu des éléments de preuve, les juges, à la majorité, "ont convenu d'annuler les charges et de prononcer un non-lieu en faveur des deux accusés", indique le communiqué, soulignant que cette décision est "susceptible d'appel".

"Selon la majorité, cette décision n'empêche pas que soient engagées de nouvelles poursuites à l'avenir, que ce soit devant la CPI ou une juridiction nationale", soutient le procureur.

Le procureur "n'a pas produit des moyens de preuve suffisants pouvant raisonnablement permettre à une chambre de première instance de déclarer les accusés coupables", explique l'un des juges : il a donc estimé qu'il n'y "avait aucune raison de demander à la défense de présenter" son dossier.

William Ruto, 49 ans, et le présentateur de radio Joshua Arap Sang, son co-accusé de 40 ans, sont poursuivis pour des meurtres, persécutions et déportations commises durant les violences qui avaient suivi la réélection contestée du président Mwai Kibaki face à Raila Odinga en décembre 2007, faisant plus de 1.300 morts et 600.000 déplacés, selon l'accusation.

C'est la première fois qu'une demande en vue d'un rejet des charges et d'un acquittement est déposée par la défense en cours de procès, après la présentation par l'accusation des éléments à charge et avant que la défense ne prenne la parole.

L'un des juges a, lui, qualifié les procédures de nulles "car l'on ne saurait ignorer que les failles dans le dossier de l'accusation peuvent être expliquées par les interférences dans la procédure au moyen de pressions exercées sur des témoins et d'ingérences politiques qui étaient raisonnablement susceptibles d'intimider les témoins", affirme la CPI.

MM. Ruto et Sang, dont le procès s'était ouvert en septembre 2013, comparaissent libres et nient toute responsabilité dans ces violences, les pires de l'histoire post-coloniale du Kenya.

Les témoins ont été un des talons d'Achille du dossier de l'accusation. Pas moins de 16 des 42 témoins avaient en effet changé leur témoignage ou refusé de témoigner, citant des menaces, des intimidations ou la peur de représailles.

"Une déception pour les victimes"

Les victimes des violences post-électorales meurtrières de 2007-2008 au Kenya ne cachaient pas leur amertume mardi à l'annonce de la fin des poursuites par la Cour pénale internationale contre le vice-président kényan William Ruto, une décision synonyme de victoire pour ses partisans.

"La décision a été rendue et c'est une décision que nous devons respecter. Bien entendu, il ne fait aucun doute que cette décision va constituer une déception pour les victimes", a déclaré l'avocat des victimes devant la CPI, Wilfred Nderitu, lors d'une conférence de presse à Nairobi.

Il a appelé la procureure de la CPI Fatou Bensouda à "faire appel".

Parmi les victimes, Beth Wambui, 65 ans et Rogers Mwai, 41 ans, interrogés peu après la décision par l'AFP à Nakuru (centre), critiquaient vertement le travail de la CPI.

"Depuis le début, je n'ai jamais eu foi en la CPI", a réagi Mme Wambui, dont la maison avait été incendiée en janvier 2008 et qui depuis vit avec sa famille près de la ville de Nakuru.

"Ce que la CPI aurait dû faire, c'est mettre la pression sur le gouvernement kényan pour qu'il arrête les coupables sur le terrain, qui auraient alors dû révéler qui les avaient financés et commandités", a-t-elle estimé.

Rogers Mwai, charpentier de profession, a lui aussi dû fuir les violences qui secouaient sa ville de Kericho dans la grande Vallée du Rift, épicentre des pires violences de l'histoire post-coloniale kényane.

"Ce que la CPI doit nous dire maintenant, c'est qui était derrière les violences post-électorales. Si ce n'était pas Ruto et si ce n'était pas (l'actuel président kényan) Uhuru Kenyatta, alors qui c'était?", s'est-il emporté.

"Des milliers de Kényans sont morts, beaucoup d'entre nous ont perdu leur maison, leur commerce, leur propriété et huit ans plus tard, nous n'avons vu personne être tenu responsable de tout cela", a ajouté M. Mwai.

En décembre 2014, la CPI avait abandonné, faute de preuves, ses poursuites contre le président Uhuru Kenyatta, inculpé de crimes contre l'humanité.

Dans un communiqué, ce dernier s'est félicité de la décision de la CPI, qui selon lui "met un point final à un cauchemar pour la Nation", appelant tous les Kényans à participer le 16 avril dans le stade de Nakuru à une prière collective de réconciliation et d'unité.

A Eldoret, grande ville de la vallée du Rift et bastion de M. Ruto, des habitants en liesse n'ont pas attendu le 16 avril pour descendre en nombre dans les rues, agitant des pancartes où l'on pouvait lire "Enfin libre" ou égratignant l'ancien procureur de la CPI Luis Moreno Ocampo: "Ocampo est un menteur".

Avec AFP

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