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L'opposant Jean-Pierre Fabre en tournée nationale pour exiger la réforme constitutionnelle


Jean-Pierre Fabre, président de l'ANC, lors de la manifestation de Lomé de l'opposition, 12 décembre 2014

Jean-Pierre Fabre, président de l'ANC, lors de la manifestation de Lomé de l'opposition, 12 décembre 2014

L'infatigable opposant togolais Jean-Pierre Fabre a débuté une tournée nationale de "sensibilisation et d'explication" pour défendre le projet de réformes constitutionnelles, toujours au point mort et qui porte notamment sur le nombre de mandats présidentiels.

A la tête du CAP 2015 (Combat pour l'alternance politique) - une coalition de quatre partis d'opposition qui l'a soutenu lors de la présidentielle d'avril 2015 - M. Fabre a décidé de quitter Lomé, où il bénéficie de l'essentiel de son soutien, pour parcourir toutes les régions rurales du pays.

"C'est une tournée de sensibilisation, d'explication et de relance de la mobilisation pour obtenir les conditions de l'alternance politique. Et la condition essentielle de l'alternance politique, ce sont les réformes", a-t-il expliqué à l'AFP, avant de se rendre à sa première réunion populaire à Sokodé, à 300 km au nord de Lomé.

Face à un système taillé dans le roc, celui que les Togolais surnomment désormais "le marcheur" ne fatigue pas, persuadé d'aller un jour "jusqu'au succès": remplacer la famille Gnassingbé à la tête du pays depuis près de 50 ans (1967).

Après la présidentielle de 2010, le chef de l'opposition et président de l'Alliance nationale pour le changement (ANC) était descendu dans les rues de Lomé chaque semaine pendant 4 ans.

Malgré ses échecs répétés aux présidentielles, M. Fabre a décidé de renouer avec cette stratégie. Depuis quatre mois, ses partisans redescendent dans la rue pour inciter le pouvoir à réformer la Constitution, tel que le prévoit l'Accord politique global (Apg).

Cet accord a été signé en août 2006 à la suite des violences post-électorales de 2005 qui avaient fait 400 à 500 morts, selon l'ONU.

L'opposition togolaise réclame depuis dix ans que la Constitution - modifiée en 2002 - soit révisée, notamment afin d'y réintroduire une limitation des mandats (10 ans au plus). Elle exige également un mode de scrutin à deux tours, une recomposition de la Cour constitutionnelle et de la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

Un projet de loi prévoyant ces réformes a été déjà rejeté en juin 2014 par le Parlement, dominé par le parti au pouvoir avec 62 sièges sur 91.

'Libérer le peuple togolais'

"10 ans que nous avons signé l'Apg, le bilan est totalement négatif", fustige l'opposant à la stature imposante, en lançant qu'il veut "libérer le peuple togolais de ce système qui (nous) régente depuis plus de 50 ans".

Porté au pouvoir par l'armée à la mort de son père, le général Gnassingbé Eyadéma qui a gouverné le Togo d'une main de fer pendant 38 ans, Faure Gnassingbé a remporté les élections de 2005, 2010 et 2015, dont les résultats ont été rejetés par l'opposition.

"Les réformes constitutionnelles et institutionnelles sont d'autant plus importantes qu'elles sont de nature à renforcer et consolider les principes démocratiques et de l'Etat", confie ainsi Pasteur Edoh Komi, président du Mouvement Martin Luther King (MMLK), une ONG très active au Togo.

Plusieurs débats ont déjà eu lieu au Parlement à ce sujet, mais sans résultats tangibles.

"Le véritable obstacle au consensus en vue de faire les réformes: c'est le parti de M. Fabre", a accusé le 28 août à la télévision nationale Christophe Tchao, président du groupe parlementaire du parti au pouvoir, renvoyant la responsabilité du statu quo dans le camp de son adversaire.

En juillet, plus de 150 acteurs politiques et de la société civile ont participé à un atelier de réflexion sur les réformes, discussions boycottées par l'ANC.

C'est sans doute sur ce point que Jean-Pierre Fabre devra s'expliquer pendant ses rencontres avec le peuple togolais, et redonner ainsi du souffle à la rue.

Avec AFP

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