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L'ONU s'attaque au problème des abus sexuels commis par des Casques bleus


Photo d’archives (11 février 2016) : Ces trois enfants, vivant dans le camp M’Poko pour déplacés internes à Bangui en RCA, allèguent avoir été victimes ou témoins d'abus sexuels sur mineurs commis par des soldats de l'opération française Sangaris.

Photo d’archives (11 février 2016) : Ces trois enfants, vivant dans le camp M’Poko pour déplacés internes à Bangui en RCA, allèguent avoir été victimes ou témoins d'abus sexuels sur mineurs commis par des soldats de l'opération française Sangaris.

Le Conseil de sécurité des Nations unies doit adopter vendredi une résolution qui prévoit de rapatrier des contingents entiers de Casques bleus soupçonnés d'abus sexuels, un problème récurrent dans les missions de l'ONU en Centrafrique ou en République démocratique du Congo.

Les 15 pays membres du Conseil ont prévu de voter vendredi à 15H00 locales (20H00 GMT) sur cette résolution d'inspiration américaine, la première du genre.

L'Egypte, la Russie ou le Sénégal ont émis des réserves sur ce texte mais celles-ci ne devraient pas bloquer son adoption, selon des diplomates.

Cette initiative fait suite à un récent rapport du secrétaire général Ban Ki-moon recensant 69 cas d'abus sexuels qui auraient été commis par des Casques bleus en 2015, une "nette augmentation" par rapport à 2014.

Deux des 16 missions de maintien de la paix de l'ONU dans le monde cumulaient la moitié des cas: celles en Centrafrique (Minusca) et en RDCongo (Monusco). Le rapport nommait pour la première fois 21 pays dont sont originaires les Casques bleus mis en cause.

Ce problème endémique ne date pas d'hier et ne semble pas s'améliorer puisque depuis le début de l'année 26 nouvelles accusations d'abus ou d'exploitation sexuels ont déjà été recensées.

Mais seuls les pays fournisseurs de soldats aux missions sont habilités à sanctionner pénalement les coupables et ils le font avec beaucoup de réticence.

- 'punition collective' -

Il s'agit donc de faire pression sur ces pays afin qu'ils enquêtent rapidement et qu'ils punissent sévèrement leurs brebis galeuses.

"La justice exige que les pays membres assument leur responsabilité", a affirmé jeudi Ban Ki-moon lors d'un débat sur le texte au Conseil. "Nous attendons d'eux qu'ils imposent des sanctions proportionnelles à la gravité du crime".

La résolution permettra de rapatrier des unités entières de Casques bleus "quand il existe des preuves crédibles" d'abus sexuels répandus de la part de ces unités, comme l'ONU l'a déjà fait pour des unités de République démocratique du Congo et du Congo-Brazzaville opérant en Centrafrique.

Les soldats de RDCongo sont finalement rentrés fin février dans leur pays. Mais entretemps, a souligné jeudi l'ambassadrice américaine Samantha Power, huit nouvelles accusations d'abus sexuels avaient fait surface, dont sept concernant des enfants.

Les Etats-Unis financent 28% de l'énorme budget annuel des opérations de maintien de la paix (8,3 milliards de dollars) mais ne déploient sur le terrain que quelques dizaines d'hommes.

En outre, la résolution autorise le secrétaire général à "remplacer toutes les unités militaires et/ou de police" d'un pays fournisseur de troupes, si ce dernier ne prend aucune mesure pour traduire en justice les responsables d'abus.

Les "forces non ONU" mais mandatées par l'ONU sont également mentionnées dans le projet de texte, une concession à la Russie.

On demande à ces forces étrangères qui ne sont pas sous commandement onusien -- comme la force française Sangaris déployée en Centrafrique -- de "prendre des mesures adéquates afin de prévenir et combattre l'impunité" parmi leur personnel en cas d'abus ou d'exploitation sexuels.

Des soldats français de Sangaris sont accusés de viols d'enfants en Centrafrique et ont fait l'objet d'une procédure judiciaire en France.

Mais au delà de l'indignation générale de principe, le débat au Conseil jeudi avait montré que le texte suscitait des réserves. Ainsi la Russie et l'Egypte ont estimé que ce problème devait être traité par l'Assemblée générale et non par le Conseil.

L'Egypte, de même que le Sénégal, s'est aussi déclarée "opposée à une politique de punition collective", estimant que ce problème "ne concerne que quelques dizaines de cas" parmi les quelque 125.000 Casque bleus déployés.

Avec AFP

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