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L'ONU rend au Liberia le contrôle de sa sécurité


Ellen Johnson Sirleaf avec Barack Obama, Maison Blanche, Washington, DC, le 15 avril 2015. (REUTERS/Gary Cameron)

Ellen Johnson Sirleaf avec Barack Obama, Maison Blanche, Washington, DC, le 15 avril 2015. (REUTERS/Gary Cameron)

La sécurisation du Liberia a été assurée depuis 2003 par la Minul, la Mission des Nations unies qui doit officiellement céder jeudi ses responsabilités aux forces libériennes, suscitant des craintes quant aux capacités de l'Etat à payer et équiper policiers et militaires.

Pourquoi le déploiement de la Minul ?

En août 2003, un "accord général de paix" a été signé au Liberia (4,3 millions d'habitants), qui a mis fin à 14 ans de guerres civiles impliquant forces loyalistes et mouvements rebelles. Le conflit a fait 250.000 morts, poussé des milliers d'habitants à fuir et ruiné l'économie.

En septembre 2003, l'ONU a décidé la création de la Minul comme "force de stabilisation", se disant préoccupée notamment "par les conséquences dramatiques de la prolongation du conflit" pour les civils, mais aussi "par le fait que les milices rebelles armées, les forces gouvernementales et d'autres milices ont recours à des enfants comme soldats".

Elle a notamment reçu pour mandat d'appuyer l'application du cessez-le feu et de "sécuriser les infrastructures publiques de base, notamment ports et aéroports".

Les débuts de la Minul

Les premiers hommes de la Minul - dont les effectifs ont culminé à 15.000 - ont commencé à être déployés le 1er octobre 2003, avec le transfert de contingents de la force ouest-africaine Ecomil sur le terrain depuis août 2003 et qui gardait la capitale Monrovia.

La Minul s'est lancée dans une campagne de désarmement marquée par des protestations violentes impliquant ex-combattants des différents camps, qui ont obligé les Casques bleus à un exercice de porte-à-porte en quête d'armes.

Que sont devenus les anciens policiers et militaires libériens ?

Elue présidente en 2005 à l'issue de près de deux ans de transition et investie début 2006, Ellen Johnson Sirleaf a dissous l'armée, alors composée de miliciens, d'ex-rebelles et d'un nébuleux réseau d'unités spéciales, héritage du pouvoir de Charles Taylor. Ce dernier, ex-chef de guerre et ex-président (1997-2003), a été condamné par la justice internationale pour des crimes commis durant le conflit en Sierra Leone voisine (1991-2001).

Comment ont été créées les nouvelles forces libériennes ?

La première promotion des Forces armées du Liberia (AFL), dont la formation a été financée par les Etats-Unis, est sortie en novembre 2006. Les enseignements étaient délivrés par une société privée américaine, DynCorp International. La Minul a commencé à entraîner des policiers en 2004.

De leur création jusqu'à début 2014, les AFL ont été dirigées par des généraux nigérians. Le 11 février 2014, le général de brigade Daniel Dee Ziankhan a pris leur tête, devenant le premier Libérien à ce poste depuis la fin du conflit.

Quelle est la situation aujourd'hui ?

Mi-février 2016, les forces libériennes comptaient 5.170 policiers et 2.050 militaires, selon un rapport du chef de l'ONU. A la même date, la Minul comptait 3.371 militaires, 1.155 policiers et 1.302 civils, des effectifs appelés à se réduire progressivement.

L'ONU estime que la situation en matière de sécurité est généralement "stable", même si "les institutions libériennes continuent à éprouver des difficultés à intervenir avec rapidité et efficacité en cas d'atteinte violentes à l'ordre public".

Sans avoir les mêmes moyens et équipements que l'ONU, le Liberia devra désormais sécuriser ses aéroports, les transferts de fonds, ses prisons, des personnalités mais aussi inspecter les armes du circuit officiel, faire les patrouilles maritimes et neutraliser des explosifs en cas de besoin, autant de tâches relevant auparavant de la Minul.

Que sont devenus les anciens combattants ?

Depuis 2004, les Nations unies ont désarmé environ 103.000 Libériens, ex-membres de groupes rebelles ou de milices pro-gouvernementales qui étaient des tueurs aguerris. Mais, selon des experts, ONG et opposants, peu d'entre eux ont bénéficié des aides promises pour leur réinsertion. Ces ex-combattants, souffrant de stress post-traumatique, d'addiction à la drogue entre autres maux, mènent une nouvelle guerre contre la pauvreté. Beaucoup sont sans emploi.

Les défis pour la sécurité du Liberia

Les contraintes budgétaires sont sévères. La Minul a un budget annuel de près de 344,7 millions de dollars (plus de 310 millions d'euros), soit près de quatre fois plus que celui prévu par le Liberia au budget de l'Etat pour sa sécurité pour l'année 2016-2017, qui est de près de 90,8 millions de dollars (plus de 81,6 millions d'euros).

Autre défi majeur: éviter une politisation de ses forces, alors que le pays doit organiser une présidentielle en 2017.

Avec AFP

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