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L'Ethiopie met les violences sur le compte d'"ennemis extérieurs"


Getachew Reda, le ministre de la Communication,, lors d'une conférence de presse à Addis Abeba, en Ethiopie, 2016.

Getachew Reda, le ministre de la Communication,, lors d'une conférence de presse à Addis Abeba, en Ethiopie, 2016.

L'Ethiopie a accusé lundi des "ennemis extérieurs", tels que l'Egypte ou l'Erythrée, d'être à l'origine des violences sans précédent depuis un quart de siècle qui agitent le pays et ont conduit le gouvernement à déclarer l'état d'urgence pour six mois.

"Il y a une menace renouvelée venant de différentes directions, des ennemis extérieurs (qui sont déterminés à) détruire le pays tout entier", a déclaré le ministre de la Communication, Getachew Reda, lors d'une conférence de presse à Addis Abeba.

"Ces éléments anti-éthiopiens utilisent les manifestants pour remettre en cause toutes les réussites de l'Ethiopie ces 15 ou 20 dernières années", a-t-il ajouté.

L'Ethiopie est actuellement en proie à un mouvement de contestation antigouvernementale qui a commencé en région oromo (centre et ouest) en novembre 2015, et s'est étendu depuis l'été à la région amhara (nord).

La répression menée par le gouvernement a fait plus de 500 morts, selon les organisations de défense des droits de l'Homme.

Cette révolte est sans précédent depuis la chute de la dictature communiste de Mengistu Hailé Mariam en 1991, renversé par le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), aujourd'hui accusé de monopoliser les postes-clés au sein du pouvoir.

Getachew Reda, qui est aussi porte-parole du gouvernement, a pointé du doigt l'ennemi traditionnel, l'Erythrée, et l'Egypte, leur reprochant d'orchestrer les troubles.

Il a accusé l'Egypte de financer et d'entraîner militairement le Front de libération Oromo (OLF), un mouvement rebelle indépendantiste, qualifié par le gouvernement éthiopien de groupe terroriste.

"Nous savons pour sûr que le groupe terroriste OLF a reçu toutes sortes de soutiens de la part de l'Egypte", a-t-il affirmé. "Ses dirigeants étaient par le passé à Asmara (en Erythrée), maintenant ils sont au Caire."

Le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, a pour sa part fait le lien avec une querelle avec l'Egypte sur l'accès à l'eau du Nil. "Les pays mécontents de notre détermination à construire le barrage Grande renaissance avec nos propres ressources ont depuis longtemps conspiré avec la diaspora extrémiste pour déstabiliser notre pays", a-t-il dit au Parlement.

"Le coupable (...) est l'OLF et certaines institutions égyptiennes déterminées à empêcher la construction du barrage Renaissance", a-t-il ajouté.

L'Ethiopie construit depuis 2012 un immense barrage hydro-électrique sur le Nil, dont l'Egypte, qui tire du fleuve environ 90% de son eau, craint qu'il en affecte le débit.

Le ministère égyptien des Affaires étrangères a réagi en affirmant le "respect absolu" de son pays pour la souveraineté de l'Ethiopie.

- Un possible remaniement ministériel -

Getachew Reda s'en est également pris à l'Erythrée. "Le gouvernement érythréen a infiltré toutes sortes de terroristes" dans le nord de l'Ethiopie, a-t-il affirmé.

L'Erythrée a obtenu son indépendance de l'Ethiopie en 1991 après trois décennies de guerre. Une nouvelle guerre les a opposés de 1998 à 2000. Depuis, les deux voisins s'accusent mutuellement de tentatives de déstabilisations en soutenant des mouvements rebelles.

Les autorités éthiopiennes n'ont toutefois divulgué aucun élément permettant d'accréditer leurs accusations, qui pourraient n'être qu'une tentative de diversion, le mouvement de contestation apparaissant essentiellement spontané et surtout structuré sur les réseaux sociaux.

Les violences ont redoublé la semaine passée après la mort le 2 octobre d'au moins 55 personnes selon le bilan officiel (bien plus, selon les opposants), lors du festival religieux oromo Ireecha à Bishoftu (centre).

Le drame, qui a causé une vive émotion dans la communauté oromo, a été provoqué par une bousculade déclenchée par des tirs de gaz lacrymogènes de la part de la police.

Les manifestations de la semaine écoulée, qui ont visé des intérêts étrangers et des bâtiments publics jusqu'en périphérie d'Addis Abeba, ont poussé le gouvernement à décréter dimanche l'état d'urgence pour six mois.

"Le gouvernement a la responsabilité de restaurer l'ordre (public)", a justifié Getachew Reda, estimant que seule cette mesure permettait de faire face aux "menaces auxquelles nous sommes confrontés".

Le ministre a évoqué la possibilité que certaines concessions soient faites aux manifestants, promettant "d'élargir l'espace politique" et faisant allusion à un possible remaniement ministériel.

Mais nombre d'observateurs envisagent plutôt un durcissement du régime. "Je pense qu'il n'y a plus d'espace pour le dialogue. La psychologie politique du régime, c'est de gagner la bataille à tout prix, en déployant l'armée", a ainsi estimé pour l'AFP Henok Gabisa, chercheur à l'université américaine Washington and Lee.

Des experts du Haut-commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme ont demandé lundi à l'Ethiopie d'autoriser une "commission internationale indépendante" à enquêter sur les allégations de recours "systématique" aux violences contre les manifestants.

Avec AFP

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