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L'économie mozambicaine paralysée par le retour de la guérilla


Une érosion à Nacala, Mozambique

Une érosion à Nacala, Mozambique

A Nhamapaza, dans le centre du Mozambique, une file de 150 véhicules attend patiemment le départ du convoi militaire qui doit les escorter sur la RN1, la principale route du pays. Depuis la reprise des attaques armées de l'opposition sur cet axe, l'économie mozambicaine tourne au ralenti.

Un chauffeur gare son bus rouge rempli de voyageurs dans le convoi. Le pare-brise est criblé de quatre impacts de balles. Une attaque de la Renamo, le parti d'opposition, il y a quelques semaines dans le nord du Mozambique.

"Des hommes de la Renamo sont sortis de la brousse et ont tiré sur le bus. Grâce à Dieu ils ne m'ont pas atteint et je suis toujours là", raconte le chauffeur qui refuse de donner son identité.

Frappé de 1976 à 1992 par une guerre civile sanglante entre la Renamo et le Frelimo, le parti au pouvoir, qui a fait un million de morts, le Mozambique vit depuis 2013 une nouvelle période d'instabilité, depuis que la Renamo a décidé de reprendre les armes pour revendiquer le partage du pouvoir.

Depuis le début de l'année l'opposition a mené de nombreuses attaques sur la route principale dans le centre du pays. Sur les seules deux dernières semaines de mai, le bilan est d'au moins 7 morts et 30 blessés, selon la police.

Relier la capitale Maputo, dans l'extrême sud du Mozambique, au nord du pays 2.000 kilomètres plus loin, est devenu un véritable parcours du combattant, car pour répondre aux attaques l'armée a mis en place des convois militaires qu'il faut obligatoirement suivre sur plusieurs tronçons de l'axe principal du pays.

"Il faut maintenant quatre jours au lieu de deux pour aller à Nampula (nord) depuis Maputo. Il faut prendre deux convois militaires, et on met trois heures pour faire 100 kilomètres", déplore le chauffeur de bus.

Un peu plus loin, un éleveur de poulets prend son mal en patience. Il a passé la nuit à attendre le départ du convoi et devra rouler malgré la chaleur qui menace la santé de ses bêtes.

"Je transporte des poulets vivants et certains vont mourir à cause du soleil. On peut perdre jusqu'à 400 poulets dans un trajet comme celui-ci", soit 40% de la cargaison, affirme à l'AFP Eliseu Nalhwali.

Il est un peu plus de 9h00 à Nhamapaza lorsque deux véhicules militaires remontent enfin la longue file de camions minutieusement alignés pour prendre la tête du convoi.

Deux autres voitures de police ferment le cortège et des militaires entrent dans les véhicules de civils au milieu du convoi pour essayer d'en assurer la sécurité.

Cent kilomètres plus au nord, à Caia, à l'approche du Zambèze, ils feront demi-tour pour escorter les véhicules qui descendent vers le sud. Une routine qu'ils répètent chaque jour depuis des mois.

Une fois le convoi parti, impossible de passer: il faut attendre le suivant, 24 heures plus tard.

Génération sacrifiée

Le pourrissement des denrées alimentaires et le coût des transports qui augmente avec la durée du trajet se répercutent directement sur l'économie du pays.

"Les convois militaires ont entraîné une forte diminution de l'activité économique dans le pays qui dépend fortement des importations. Les produits tardent à arriver, les entreprises ne peuvent plus produire et les gens ne peuvent plus consommer", explique à l'AFP Joao Mosca, analyste économique.

Dans certains villages frappés par la reprise du conflit, les étals des marchés sont vides, les maisons abandonnées.

Les services publics n'existent presque plus dans cette région du centre du Mozambique, un pays déjà classé parmi les plus pauvres au monde.

A Canda, sur la RN1 à 150 km au nord-ouest de Beira, l'hôpital a été pillé et l'école tourne au ralenti. Les enseignants qui ont peur d'habiter au village quittent prématurément l'école chaque jour.

"Lorsque les gens voient les militaires passer dans le village, ils courent pour ramener les enfants chez eux", précise Jafar Estevao, un ancien guide au chômage forcé, depuis qu'il n'a plus de touristes à emmener dans les montagnes du Gorongosa.

"Cette situation va entraîner une différence de développement entre ceux qui auront souffert de la guerre et ceux qui vivent en ville" craint Daviz Simango, le maire de Beira, deuxième ville du pays et principale métropole du centre du Mozambique.

"Dans 20 ou 30 ans, nous aurons des Mozambicains défavorisés qui auront été sacrifiés. Et on ne sait pas s'ils revendiqueront leurs droits pacifiquement ou non", s'inquiète t-il.

Avec AFP

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