Liens d'accessibilité

L'ancien président brésilien Lula s'en prend à ses détracteurs


Face à des accusations de corruption menaçant de briser son rêve d'un troisième mandat en 2018, Luiz Inacio da Silva dénonce "une haine des élites" qui veulent tout faire pour mettre fin à sa carrière.

L'ex-président brésilien Lula, icône de la gauche latino-américaine, a attribué jeudi les graves accusations de corruption à son encontre à la volonté des "élites" de "détruire" sa vie politique, comme dernier chapitre à la destitution controversée de sa dauphine Dilma Rousseff.

Si l'ex-syndicaliste et métallurgiste, devenu l'ancien chef d'Etat le plus populaire du pays, était condamné, il ne serait plus en mesure de se présenter à un troisième mandat en 2018.

"Comme dans un feuilleton, ils ont créé un épilogue: ils ont élu (Michel) Temer, destitué Dilma Rousseff (...) et maintenant ils veulent détruire la vie politique de Lula", a clamé l'ex-président (2003-2010) lors d'une conférence de presse.

Prouvez ma corruption et j'irai à pied me livrer à la police".

Mercredi, le procureur de Curitiba (sud), Deltan Dallagnol, 36 ans, l'avait désigné comme le "chef suprême" du gigantesque réseau de corruption au sein de la compagnie publique pétrolière Petrobras.

Entouré d'un grand nombre de militants et de grosses pointures de son Parti des travailleurs (PT, gauche) qu'il a fondé, et plus acide que d'habitude, Lula s'est dit "indigné" par ce qui "se passe dans ce pays".

Emu jusqu'aux larmes et la voix rauque, l'ancien dirigeant de 70 ans a nié une fois de plus les accusations.

Le président intérimaire du Brésil Michel Temer (au c.) assiste à un défilé militaire à Brasilia, le 7 sept. 2016.

Le président intérimaire du Brésil Michel Temer (au c.) assiste à un défilé militaire à Brasilia, le 7 sept. 2016.

Lula s'est dit victime de la "haine des élites" face au succès de ses politiques sociales qui ont sorti près de 30 millions de Brésiliens de la misère.

"Mon échec n'aurait pas provoqué tant de haine contre le PT", a-t-il souligné.

Lula a accusé le nouveau gouvernement Temer (centre droit) de vouloir "livrer au capital étranger" les grandes entreprises d'Etat, dont Petrobas, compagnie-phare du Brésil.

Mercredi, l'avocat de Lula avait déjà réagi en qualifiant la charge du procureur de "tour de prestidigitation" et de "farce".

Le procureur Dallagnol a transmis au juge Sergio Moro le dossier d'inculpation de Lula, pour corruption et blanchiment d'argent.

C'est à ce juge, ennemi notoire de Lula et chargé du dossier sur les enquêtes de "l'Opération Lavage rapide" (portant sur le scandale Petrobras) qu'il reviendra de décider s'il accepte ou non l'inculpation de l'icône de la gauche brésilienne.

M. Dallagnol a affirmé que dans le cadre de cette affaire, Lula avait reçu 3,7 millions de réais (1,1 million de dollars au taux actuel) sous forme de pots-de-vin versés par l'entreprise de BTP OAS, en vue de refaire un appartement triplex, entre autres.

OAS est l'une des principales entreprises impliquées dans le réseau de corruption. Les sommes totales détournées de trois contrats Petrobras-OAS s'élèveraient à 87 millions de réais, selon le procureur Dallagnol.

Dilma Rousseff, destituée en août 2016 pour maquillage de fonds publics à des fins politiques...

Dilma Rousseff, destituée en août 2016 pour maquillage de fonds publics à des fins politiques...

Lula a toujours rejeté les accusations à son encontre, affirmant notamment ne jamais avoir été propriétaire de cet appartement.

Ses ennuis judiciaires représentent un nouveau coup dur pour la gauche brésilienne, après la destitution par les sénateurs de Dilma Rousseff pour maquillage des comptes publics.

Elle a été remplacée le 31 août par son ancien vice-président Michel Temer, jusqu'à la fin de son mandat fin 2018.

Pour l'avocat de Lula, Cristiano Zanin Marins, l'accusation s'était "perdue dans un spectacle déplorable" dont la "nature est politique" et vise uniquement à retirer Lula de la course présidentielle de 2018.

L'éditorial du journal Folha soulignait jeudi cet écart entre une accusation large mais des éléments de preuve minimes: "Pour le moment, on a l'impression que sans réussir à présenter des preuves plus robustes contre Lula, le ministère public fédéral tente de combler les lacunes avec la rhétorique".

Lula avait déjà été inculpé le 29 juillet de tentative d'entrave à la justice. Le 26 août, la police brésilienne avait formulé à son encontre, toujours dans ce dossier, des accusations de corruption passive et de blanchiment d'argent.

Avec AFP

XS
SM
MD
LG