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L'âge d'or est fini pour les expatriés en Arabie saoudite


Le roi Salman d'Arabie saoudite, Riyad, Arabie Saoudite, le 10 novembre 2015. (AP Photo/Hasan Jamali)

Le roi Salman d'Arabie saoudite, Riyad, Arabie Saoudite, le 10 novembre 2015. (AP Photo/Hasan Jamali)

Dix-sept ans après avoir posé le pied en Arabie saoudite, Dominic Steck a renvoyé ses deux chats et est reparti en Allemagne avec son épouse et ses deux enfants qui connaissent à peine leur pays. Et il est loin d'être le seul expatrié dans ce cas.

Les temps ont changé en Arabie Saoudite: comme l'économie du pays ralentit, le royaume donne de plus en plus la priorité à une force de travail locale et les effectifs de cadres expatriés à salaire élevé comme M. Steck se réduisent à la vitesse grand V.

Depuis la mi-2014, le premier exportateur mondial de brut, qui est aussi la première économie du monde arabe, doit composer avec des revenus pétroliers substantiellement plus bas qu'auparavant. Et les mesures d'austérité et de réduction des coûts ici et là affectent les travailleurs expatriés.

D'autant que l'emploi des Saoudiens dans le secteur privé est privilégié, dans le cadre d'un ambitieux programme de diversification de l'économie lancé l'an dernier, appelé Vision 2030.

"Les gens partent parce qu'il n'y a pas assez d'activité pour que leurs contrats soient renouvelés", explique le directeur étranger d'une entreprise électronique dont le chiffre d'affaires est en baisse de 10%.

"Les marges sont sous pression, il n'y a pas un seul secteur qui aille bien", souligne cet homme qui préfère conserver l'anonymat.

La situation devrait même empirer en juillet quand le gouvernement saoudien introduira comme il a prévu de le faire une taxe sur les travailleurs étrangers avec des personnes à charge.

Cette taxe devrait être fixée au départ à 100 riyals (25 euros) par mois, mais quadrupler d'ici 2020, à 400 riyals (100 euros) par mois, selon un document gouvernemental vu par l'agence Bloomberg.

- 'Si cher' -

Le directeur étranger de l'entreprise d'électronique interrogé par l'AFP affirme que son entreprise compte faire en sorte que les quelque 300 expatriés qu'elle emploie, principalement des Indiens, des Pakistanais et des Philippins paient eux-mêmes cette taxe.

Or la plupart d'entre eux gagnent moins de 10.000 riyals (2.500 euros) par mois et cette mesure pourrait les forcer à renvoyer leur famille au pays ou à partir, laissant la place au recrutement de Saoudiens, dit-il.

Selon le document vu par Bloomberg, le gouvernement prévoit également d'alourdir l'imposition des entreprises qui font davantage appel à des étrangers qu'à des Saoudiens.

Abdulrahman al-Zamil, président du groupe saoudien Zamil qui emploie des milliers d'étrangers, justifie cette approche en soulignant que le gouvernement "doit être juste pour le pays" et garantir des emplois aux locaux.

Les nouvelles taxes s'ajoutent à l'augmentation des factures d'eau et d'électricité notamment, liée à la baisse des subventions d'Etat, relève un diplomate étranger. "Le coût pour faire des affaires devient si cher..."

Des expatriés occidentaux, souvent bien mieux payés que leurs homologues asiatiques ou arabes, estiment être en mesure d'absorber les nouvelles taxes. Mais ils soulignent que les conditions financières très avantageuses qui les ont attirés en Arabie saoudite (allocation logement, bourses scolaires, voyages annuels...) sont en train de fondre, leurs entreprises peinant à les maintenir en l'état. Il n'y a pas d'impôt sur le revenu en Arabie saoudite.

Selon M. Steck, pour réduire les coûts, ses employeurs ont décidé de "faire partir les Occidentaux". "Je dois avouer qu'ils vont beaucoup économiser", ajoute ce cadre d'une filiale d'une multinationale allemande, reparti dans son pays début février.

- 'On m'a licencié' -

"Les budgets sont de plus en plus serrés et je ne pense pas que ce soit aussi lucratif que ça l'a été" pour des expatriés, dit un ingénieur australien, venu en Arabie saoudite à la fois pour l'aventure et pour les avantages financiers.

Trois ans plus tard, il rentre chez lui. "On m'a licencié, mais j'allais partir quoi qu'il arrive", ajoute-t-il.

Cet Australien part avec des sentiments partagés: il s'est fait de bons amis et a bien profité du complexe résidentiel avec piscine où il a vécu à Ryad, tout en déplorant le caractère austère de la vie en Arabie saoudite et les restrictions imposées aux femmes, même pas autorisées à conduire.

Un gestionnaire de fonds étranger, qui a passé plusieurs années dans le royaume, estime lui aussi que la belle époque est révolue pour les travailleurs occidentaux à salaire élevé. "Dans 10 ans, je pense qu'il y aura plus d'expatriés", dit-il.

Les expatriés qui sont partis ont souvent été remplacés par "des Européens moins chers comme des Portugais, des Grecs" et de plus en plus d'Arabes, confirme le diplomate étranger.

M. Steck, qui a lui-même été remplacé par un Arabe, avait prévu de rester un an de plus pour profiter des avantages offerts par son entreprise et mettre davantage d'argent de côté.

"Je suis content de partir", dit-il finalement. Mais il redoute le salaire qui l'attend en Allemagne.

Avec AFP

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