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L'Afrique du Sud encore sous la menace d'une dégradation de sa note financière


Le siège de l'Organisation de notation de crédit Standard & Poor à New York

L'agence de notation financière Standard & Poor's doit publier vendredi sa note actualisée pour l'Afrique du Sud qui, si elle a été jusque-là épargnée, reste sous la menace d'une dégradation en raison de la tempête politique qui souffle sur le pays.

La semaine dernière, Fitch puis Moody's ont provisoirement accordé le bénéfice du doute à la première économie du continent, fragilisée par une croissance en berne, mais l'ont pressée de se réformer rapidement pour éviter leur sanction.

Standard and Poor's doit à son tour rendre son verdict vendredi, probablement à la clôture des marchés financiers.

Si l'agence abaissait d'un cran sa note actuelle (BBB-), l'Afrique du Sud tomberait dans la catégorie peu enviée des investissements dits "spéculatifs", c'est-à-dire fortement déconseillés.

Cette revue de détail intervient alors que le pays est balayé depuis maintenant des mois par de violentes bourrasques politiques qui menacent son président Jacob Zuma, embourbé dans une interminable série de scandales de corruption.

Le week-end dernier, le chef de l'Etat, dont le second mandat doit s'achever après les élections générales de 2019, a été la cible d'une fronde sans précédent dans les rangs mêmes de son parti, le Congrès national africain (ANC).

Inquiets des conséquences électorales potentiellement désastreuses de ces affaires, plusieurs ministres ont réclamé sa démission. M. Zuma a survécu à cette nouvelle tentative de putsch en battant in extremis le rappel de ses troupes, mais son parti semble plus divisé que jamais.

La bataille, au couteau, pour sa succession devrait durer au moins jusqu'à la conférence nationale de l'ANC programmée en décembre 2017 pour choisir son successeur à la tête du parti.

Cette instabilité constitue le coeur des inquiétudes exprimées la semaine dernière par les agences Fitch et Moody's.

"Les risques politiques liés à la gouvernance ont augmenté et resteront élevés (...) avec des conséquences négatives sur les résultats macroéconomiques", a estimé la première.

La seconde a déploré les "luttes politiques internes qui favorisent l'incertitude et entravent les réformes".

- 'Instabilité' -

Depuis des années, la machine économique sud-africaine, basée notamment sur l'exploitation des mines, tourne au ralenti, victime notamment de la chute des cours des matières premières. Après +1,3% en 2015, la croissance de son produit intérieur brut (PIB) ne devrait guère dépasser 0,5% cette année.

Vingt-deux ans après la fin officielle de l'apartheid, le pays reste perclus d'inégalités, avec un taux de chômage au plus haut depuis treize ans qui frappe 27,1% de sa population active.

Mais, aux yeux des analystes, la relance urgente de l'économie risque fort d'être la principale victime du climat politique délétère qui règne sur le pays.

"Cette situation n'est bonne ni pour le gouvernement, ni pour le pays", a déploré Azar Jammine, de l'institut Econometrix, dans une tribune au site d'information News24. "Elle va perpétuer des tensions politiques qui ne peuvent aboutir qu'à une dégradation de la note du pays au statut spéculatif", a-t-il pronostiqué.

Lui-même à couteaux tirés avec le chef de l'Etat, le ministre des Finances Pravin Gordhan, très apprécié des milieux d'affaires, a multiplié les initiatives pour rassurer les marchés et éviter une sanction des agences de notation.

Mardi encore, il s'est efforcé de minimiser les risques que l'agitation politique fait peser sur son pays.

"Il faut me dire dans quel pays l'incertitude politique n'existe pas", a-t-il dit devant la presse. "Il y a des mouvements positifs dans l'économie, même s'ils ne sont pas encore mesurables."

Malgré ces propos délibérément rassurants, Peter Montalto, économiste à la banque Nomura, n'est guère optimiste pour l'année à venir et anticipe deux scénarios tout aussi menaçants.

"Soit la poursuite du statu quo sans réformes réelles, des résultats économiques mauvais, un chômage en hausse (...), soit une politique de la terre brûlée qui verrait le président Zuma reprendre la main en causant encore plus de dégâts", a-t-il résumé.

Avec AFP

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